Flottille pour Gaza : la Tunisie et Kaïs Saïed maintiennent les « quatre de la Sumud » en prison
Sat, 26 Sep 2026 11:31:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalArrêtés en mars 2026, Wael Naouar, Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi sont toujours en détention provisoire dans les geôles de Kaïs Saïed. Sous pressions américaines et israéliennes, le régime resserre l'étau autour des militants engagés pour dénoncer le génocide à Gaza. Solidarité avec les camarades ! Libération immédiate des quatre militants de la Sumud Flotilla !

En 2025, alors qu'un mouvement international de solidarité avec la Palestine se met en route, quatre militants tunisiens — Wael Naouar, Nabil Chennoufi, Ghassen Henchiri et Ghassen Boughdiri — prennent part à la Global Sumud Flotilla pour tenter de briser le blocus colonial de Gaza. Le 2 octobre, avant que la flottille n'atteigne l'enclave, les forces israéliennes interceptent ses embarcations et arrêtent plus de 450 militants. Parmi eux, neuf Tunisiens sont arrêtés à bord du « Deir Yassine », dont les quatre militants. Ils seront détenus en Israël avant d'être expulsés vers la Tunisie.
Kaïs Saïed, toujours frileux face à la radicalité des Tunisiens, n'a pas hésité à déployer son arsenal répressif dès que l'occasion s'est présentée. En mars 2026, plusieurs organisateurs de la Global Sumud Flotilla sont arrêtés, notamment par la police antiterroriste du régime. Quatre d'entre eux sont toujours en détention provisoire et viennent de voir celle-ci prolongée de quatre mois supplémentaires. Pour justifier ces poursuites, le pouvoir s'appuie sur des accusations financières autour de la gestion des dons collectés pour la flottille - des accusations fallacieuses qui masquent mal la volonté de Saïed de mettre au pas des militants radicaux et de s'en servir comme exemple pour discipliner les travailleurs et les classes populaires.
Pour protester contre l'acharnement judiciaire et leur maintien en détention provisoire, Wael Naouar entame le 16 août une grève de la faim depuis la prison de Mornaguia. Le 10 septembre, ses trois camarades Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi le rejoignent dans une grève de la faim illimitée, exigeant leur libération et l'abandon des poursuites.
Au fil des semaines, l'état de santé de Wael Naouar s'est gravement dégradé. Après un mois de grève de faim, il avait perdu 21 kilos avec un état vital très critique, selon le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme. Le 23 septembre, après plusieurs transferts à l'hôpital et 38 jours de grève de la faim, il finit par suspendre son mouvement face aux inquiétudes de sa famille, de son comité de défense et de plusieurs organisations de la société civile. Il appelle alors ses trois camarades, toujours en grève, à faire de même afin de préserver leur santé.
À travers Wael Naouar et ses camarades, c'est aussi toute une histoire des luttes sociales tunisiennes, aujourd'hui intimement liée au combat pour la Palestine, que le pouvoir cherche à museler. Communiste et militant infatigable depuis près de vingt ans, Wael Naouar a connu les prisons et la répression dès le régime de Ben Ali et a été une figure de la jeunesse radicalisée en 2011. C'est aujourd'hui contre ces militants aguerris comme Naouar, Henchiri, Boughdiri et Chennoufi, que s'abat la répression du régime. Mais en voulant discipliner ces militants le pouvoir prend le risque de produire l'effet inverse, en transformant cette répression en un nouveau point de cristallisation de la colère d'une population qui subit de plein fouet la misère sociale sous Al Said.
Face à cette situation, les Tunisiens ont pris la rue ce samedi 19 septembre à Tunis pour exiger la libération des « quatre de la flotille ». Plusieurs centaines de manifestants ont défilé jusqu'à l'avenue Habib-Bourguiba, brandissant les portraits des quatre détenus et des drapeaux palestiniens, scandant : « Soutenir le droit palestinien n'est pas un crime » et « Criminaliser la solidarité avec la Palestine est une haute trahison ». Autour de cette mobilisation s'est constitué un front dépassant largement les seuls organisateurs de la flottille, avec notamment l'UGTT, l'Ordre national des avocats, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, le Syndicat national des journalistes tunisiens et plusieurs organisations de la société civile. Une mobilisation qui montre que, loin d'avoir réussi à isoler les quatre militants, leur détention est devenue à son tour un point de ralliement pour une partie de la contestation sociale et démocratique tunisienne.
Mais l'arrestation des militants de la flottille dépasse la seule volonté de Kaïs Saïed, ce dernier a obéit aux pressions étasuniennes et israéliennes qui tentent de criminaliser tout mouvement de solidarité à l'échelle internationale. En mars 2026, plusieurs organisations tunisiennes dénonçaient ainsi des pressions étasuniennes exercées sur les autorités pour emprisonner les quatre militants. En 2023, alors que le Parlement devait examiner un projet de loi criminalisant la normalisation avec Israël, Saïed avait brusquement fait marche arrière. Un député tunisien avait alors mis en cause des menaces de sanctions économiques et militaires transmises par l'ambassadeur des États-Unis à Tunis. Dans un État dont l'armée reste largement formée et équipée par les États-Unis, cet épisode avait déjà mis à nu les contradictions entre la rhétorique hypocrite pro-palestinienne du régime et son asservissement aux impérialistes.
Alors qu'Israël poursuit ses atrocités et expansions coloniales à Gaza, Cisjordanie, Sud du Liban et la Syrie, toujours soutenu par les puissances impérialistes et les régimes arabes complices, la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine est devenue l'un des relais de cette offensive. Face à cette criminalisation, la solidarité internationale avec Gaza s'étend aussi à toutes celles et ceux qui sont réprimés pour leur engagement aux côtés du peuple palestinien. La campagne pour la libération des quatre camarades tunisiens en est une illustration : leur combat a trouvé un écho bien au-delà de la Tunisie, avec des mobilisations et des initiatives de solidarité dans plusieurs pays. En France, plusieurs rassemblements ont été organisés dans le cadre de la campagne Free the Sumud 4 France pour exiger la libération des 4 militants réprimés et dénoncer la criminalisation de la solidarité avec la Palestine. Depuis le 7 octobre 2023, les mobilisations en soutien à la Palestine ont été confrontées à une offensive autoritaire sans précédent, alors que le gouvernement Macron faisait de la criminalisation de la solidarité avec Gaza et du déploiement de son arsenal répressif, un véritable exemple qui a inspiré beaucoup de pays complice.
Capture d'écran Africanews