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États-Unis-Chine : les tensions derrière la « stabilité contrôlée » de Trump et Xi Jinping

Sat, 26 Sep 2026 16:15:47 CEST

Révolution Permanente

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À Washington, Donald Trump a déroulé le tapis rouge à Xi Jinping. Derrière les sourires et les déclarations en faveur d'une « stabilité contrôlée », le sommet sino-américain n'a réglé aucun des conflits structurels entre les deux puissances, de la guerre commerciale aux terres rares, en passant par l'IA, Taïwan et l'Amérique latine.

Le rapport de force a ses excentricités. Donald Trump a accueilli en personne le président chinois Xi Jinping à la base militaire d'Andrews avec une curieuse marque de bienvenue : sur la piste d'atterrissage, il a déployé un somptueux tapis rouge de 30 mètres jusqu'à la porte de l'avion d'Air China.

En politique, comme dans d'autres domaines, la symbolique a son importance. Les Chinois ont apprécié ce geste de respect et ne semblaient pas gênés par les survols à basse altitude des bombardiers B-2 Spirit accompagnés de chasseurs F-16 et F-22.

La dernière fois qu'un dirigeant américain avait accueilli ainsi un chef d'État remontait à 1962, lorsque John F. Kennedy avait reçu Harold Macmillan, alors Premier ministre du Royaume-Uni. À l'époque, il s'agissait d'un allié docile. Cette fois-ci, le faste a été réservé au plus grand rival des États-Unis dans un monde capitaliste secoué par la « polycrise ».

« Depuis mon élection en 2016, le président Xi et moi avons noué une amitié, une amitié véritablement grande, en réalité, fondée sur le respect mutuel et les intérêts vitaux de nos peuples », a déclaré Trump. Xi s'est montré plus incisif, affirmant que les intérêts chinois et américains sont « profondément imbriqués » et que la « concurrence doit être saine et rester dans des limites raisonnables ».

Cette rencontre a grandement rappelé les réunions bilatérales en Corée du Sud et à Pékin. Aucune avancée structurelle majeure n'a été actée, les conflits fondamentaux restant totalement irrésolus. Ni Trump ni Xi n'ont trouvé de levier décisif pour modifier en profondeur le système d'équilibre de l'adversaire. La principale conclusion du sommet s'est résumée à une simple « stabilité contrôlée » - tout en mettant en place des barrières de contention pour empêcher que la rivalité ne dégénère en conflit ouvert.

Comme on pouvait s'y attendre, la Chine n'a pas répondu aux appels insistants de l'administration Trump à ce qu'elle use de son influence sur l'Iran, pour le contraindre à accepter les conditions des États-Unis. De l'autre côté, Trump a refusé de mettre fin à l'escalade tarifaire demandée par Pékin, acceptant seulement de prolonger de deux mois une trêve commerciale qui devait expirer le 10 novembre.

Malgré cela, le tapis rouge est le signe que Trump est conscient de ses désavantages relatifs. La Chine dispose non seulement d'un avantage hégémonique sur le commerce des terres rares, mais elle assiste également de près à l'affaiblissement de Trump après la défaite militaire subie dans la guerre impérialiste menée contre l'Iran.

L'un des échecs flagrants de la stratégie de Trump est sa politique tarifaire visant à endiguer l'afflux de produits chinois. Les échanges de biens et de services entre les deux pays ont chuté de 25 % en 2025. Pourtant, les exportations chinoises vers le reste du monde ont continué à monter en flèche. Les panneaux solaires, les batteries et les véhicules électriques, les minerais et les circuits intégrés continuent d'entrer aux États-Unis via d'autres pays. Cette année, la Chine est en passe de dépasser son excédent commercial record de 1,19 billion de dollars et, comme l'écrit Adam Posen dans Foreign Affairs, alors que la Chine possède ce dont les États-Unis ont besoin, ces derniers n'ont pas réussi à accroître la dépendance chinoise vis-à-vis de ce qu'ils exportent eux.

Les terres rares font depuis longtemps l'objet de tensions. La Chine est la puissance hégémonique mondiale dans le secteur des terres rares, contrôlant environ 60 % à 70 % de la production minière et plus de 90 % de la capacité mondiale de raffinage et de fabrication d'aimants permanents. Ces minerais doivent être traités avant d'être transformés en aimants et autres matériaux utilisés dans la fabrication d'armes, d'automobiles, d'ordinateurs et d'une multitude d'autres produits. Toutes les estimations indiquent que la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine se poursuivra tout au long des années 2030. Leur besoin constant d'importations met en évidence la position de négociation fragile de Trump face à Xi, ainsi que la complexité plus générale liée à la création d'une industrie des terres rares à partir de zéro, après que les États-Unis ont pratiquement abandonné ce secteur à la fin du XXe siècle.

C'est dans cette perspective que Xi Jinping invoque l'expression « stabilité stratégique » pour décrire les relations entre la Chine et les États-Unis. Cette expression est tirée de la doctrine des armes nucléaires : l'état d'équilibre dans lequel aucune des puissances n'a intérêt à lancer une première frappe, reposant sur la dissuasion mutuelle et la prévisibilité. Dans cette optique, Xi a insisté sur le fait que les deux pays doivent s'efforcer d'éviter le « piège de Thucydide » – la théorie selon laquelle une puissance émergente et une puissance établie ont de fortes chances d'entrer en guerre, à l'instar d'Athènes et de Sparte lors de la guerre du Péloponnèse. La Chine associe souvent cette idée à une autre : « des changements majeurs, sans précédent depuis un siècle, s'accélèrent », des mots qui décrivent sa perception du déclin de Washington.

La concurrence technologique est un thème central de l'affrontement entre les deux puissances. Dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, Trump a plaidé en faveur d'une accélération du développement de l'intelligence artificielle (qu'il a rebaptisée « superintelligence ») aux États-Unis face à la concurrence chinoise. « Nous avons actuellement une longueur d'avance considérable sur la Chine et sur tous les autres, et nous allons continuer ainsi… Celui qui dominera la superintelligence dominera tout ». En réalité, le leadership technologique est moins évident et plus diffus. Les nombreuses entreprises du secteur – OpenAI, Anthropic, Alphabet, Alibaba, Huawei, DeepSeek – dépendent des puces de pointe de Nvidia grâce auxquelles l'entraînement de modèles de langage avancés est possible, ainsi que de la production de pointe réalisée à Taïwan, qui, par l'intermédiaire de TSMC, concentre 90 % de la production de semi-conducteurs haut de gamme. De plus, le discours de Trump intervient quelques jours après le scandale international lié à l'agent d'intelligence artificielle d'OpenAI, qui a réussi à s'échapper de l'environnement de test isolé de l'entreprise et à s'introduire dans les systèmes de Hugging Face, une plateforme regroupant des outils et des modèles d'IA.

La dynamique de la concurrence structurelle entre la Chine et les États-Unis tend à pousser à l'extrême la course à la domination dans ce domaine, inévitablement liée à l'extraction de plus-value et à l'extractivisme écocide dans les activités minières et de transformation. Trump et Xi considèrent la course technologique comme un défi existentiel et réfléchissent naturellement à la meilleure façon de développer les dispositifs d'IA en les subordonnant aux intérêts capitalistes de leurs puissances respectives. Xi Jinping a déclaré que « l'IA doit être sous contrôle humain ». Mais elle ne sera pas sous le contrôle des forces sociales qui l'élaborent et pourraient réellement en avoir besoin tant qu'elle sera soumise aux intérêts des grands capitalistes étasuniens et chinois. Il ne fait aucun doute que les technologies n'ont d'autres objectifs que ceux de leurs propriétaires, qui, dans le monde capitaliste, utilisent les machines les plus avancées – qui concentrent une grande partie de l'intellect général humain – pour mener des guerres et surexploiter la main-d'œuvre. Retirer l'IA des mains des capitalistes revient à s'attaquer aux forces sociales que Trump et Xi représentent.

Lors de la rencontre de mai, Taïwan avait été le sujet principal pour la Chine. Xi avait averti Trump, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu'une mauvaise gestion de la question taïwanaise pourrait provoquer « des heurts, voire des conflits, mettant ainsi l'ensemble des relations [entre eux] en grand danger ». Comme l'avait alors rapporté le journal officiel Xinhua, « Préserver la paix et la stabilité dans le détroit [de Taïwan, ndlt] est le plus grand dénominateur commun entre la Chine et les États-Unis, a déclaré Xi, soulignant que “l'indépendance de Taïwan” et la paix dans le détroit sont aussi inconciliables que le feu et l'eau ». Il en a été de même cette fois-ci. Pékin a averti les États-Unis de faire preuve d'une extrême prudence sur la question taïwanaise. En coulisses, Xi a fait pression sur Trump pour qu'il mette fin aux ventes d'armes à Taïwan en s'appuyant sur les Six Garanties de 1982, qui dispensent Washington de consulter Pékin au sujet du commerce d'équipements militaires destinés à l'île. En décembre 2025, Trump avait annoncé la vente d'armes d'une valeur d'environ 11,1 milliards de dollars à Taïwan, comprenant notamment des lance-roquettes avancés, des obusiers automoteurs et divers missiles.

Il est possible que l'Amérique latine n'ait pas figuré parmi les grands thèmes abordés, mais elle revêt une importance pour les deux gouvernements. Pékin a de nombreux intérêts dans le Cône Sud, allant de l'extraction de minerais stratégiques et de l'importation de matières premières agricoles à la construction d'infrastructures ferroviaires et portuaires, en passant par le contrôle des réseaux de transport d'électricité. Au Brésil, des entreprises chinoises telles que CMOC et Equinox Gold ont acquis d'importantes exploitations d'or, de fer, de niobium et de phosphate dans l'État de Goiás ; au Chili, la société publique de cuivre Codelco a conclu un partenariat avec China Minmetals, et des entreprises chinoises comme Tianqi Lithium détiennent 24 % du conglomérat chilien SQM, l'un des plus grands producteurs mondiaux de lithium.

Au Pérou, China Southern Power Grid contrôle l'intégralité de la distribution d'électricité dans la région métropolitaine de Lima. En Argentine, la Chine exploite la station Espacio Lejano (Station de l'espace lointain), une base de suivi spatial située dans la province de Neuquén, renforçant ainsi sa capacité à combler les lacunes de la couverture mondiale en matière de suivi spatial.

Trump ne souhaite pas que cette situation perdure ; il a donc lancé l'initiative « Bouclier des Amériques » dans le cadre de sa stratégie de sécurité nationale, visant à la reprise sous sa coupe de l'hémisphère occidental et à l'endiguement de l'influence chinoise. Le pillage des ressources pétrolières et minières du Venezuela, et la transformation de ce pays en un protectorat américain (avec l'aide active du chavisme incarné par Delcy Rodríguez), a perturbé les affaires chinoises, ce qui conduit à des conflits de fond pour savoir quelle puissance tirera le plus d'avantages de l'Amérique latine. L'ingérence dans les processus politico-électoraux, comme cela s'est produit en Argentine avec l'aide financière apportée à la campagne de Milei, est l'une des tactiques de Washington, dont les traces sont également perceptibles dans les élections prochaines au Brésil, gouverné aujourd'hui par une politique relativement hostile à la domination unilatérale des Etats-Unis (malgré l'amabilité diplomatique dont il a fait preuve envers Trump depuis 2023, Lula a été contraint d'adopter un discours plus conflictuel à l'ONU). Des politiques de cette nature empiètent sur les intérêts structurels de la Chine dans la région, ce qui laisse présager une intensification des frictions dans ce domaine.

Jusqu'à présent, Trump n'a pas trouvé le moyen d'exploiter les faiblesses du déséquilibre économique chinois, qui mise sur la surcapacité de production, l'expansion des marchés et le renforcement du système industriel et exportateur ébranlé après la chute de Lehman Brothers. Trump a en effet parié sur le fait que le ralentissement économique de la Chine - marqué par la crise prolongée du secteur immobilier, l'endettement des collectivités locales et la faiblesse de la consommation intérieure - mettrait Xi Jinping au pied du mur et le rendrait beaucoup plus disposé à céder dans le cadre d'accords commerciaux de grande envergure. Il a poursuivi la politique de Biden consistant à utiliser la dépendance chinoise vis-à-vis des exportations et du marché américain comme levier, en faisant pression sur Pékin pour qu'il ouvre son marché intérieur et limite les subventions industrielles d'État. Rien de tout cela n'a porté ses fruits, et cela a même révélé à la Chine les avantages comparatifs dont elle dispose.

Il reste à voir si l'administration Trump sera capable de renverser l'avantage acquis par Pékin, renforcé par la défaite étasunienne au Moyen-Orient.

Compte officiel X de la Maison Blanche

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