Manque de moyens, 8h-18h, parcoursup… : la colère explose dans les lycées des quartiers populaires
Fri, 25 Sep 2026 13:01:47 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLancée depuis un lycée de Créteil, la mobilisation se répand comme une traînée de poudre dans le 93, 94, 95. Les lycéens dénoncent les conditions d'études particulièrement dégradées et le manque total de perspectives d'avenir. Alors que cette explosion de colère très politique est violemment réprimée, soutenons nos élèves mobilisés !

Tout a commencé lundi au lycée Saint-Exupéry à Créteil (94). Alors que les personnels de l'établissement dénonçaient à la rentrée le manque de moyens et les classes surchargées, des élèves, constatant l'absence de réponse du rectorat, ont décidé de prendre les choses en main. Reprenant les revendications de leurs enseignant-es, et y ajoutant leurs propres revendications, ils organisent un blocus. Rapidement, les vidéos du blocus ont fait le tour des réseaux sociaux, avec une phrase qui résonne dans les lycées des quartiers populaires : « on n'a pas le droit de rêver d'un meilleur avenir ».
« On a pas de profs, on a des classes blindées ! » : un mouvement de colère profond et massif face à la casse de l'école
Depuis lundi, la colère s'étend et les appels au blocage se multiplient sur les réseaux sociaux. Sarcelles, Saint-Denis, Champigny, Saint-Ouen, Rosny, La Courneuve, Gonesse, Stain, Drancy… des dizaines d'établissements du 93, 94 et 95 s'organisent pour bloquer leurs établissements, avec les mêmes revendications.
Témoignant au micro de Révolution Permanente, une lycéenne du lycée Jean Jacques Rousseau à Sarcelles (95) explique : « on fait ce blocus pour lutter sur beaucoup de points, notamment le manque d'effectifs, les classes saturées, et les moyens financiers car par exemple la cantine est presque à 5 euros, c'est cher et on a pas tous le droit à des bourses. »
SARCELLES | « On est là pour soutenir nos camarades enfermés injustement, alors qu'ils se mobilisaient pour de meilleures conditions d'étude »
Des lycéens et des enseignants de Jean-Jacques Rousseau et de Maryse Condé sont rassemblés devant le commissariat de Sarcelles, dans… pic.twitter.com/bEk3AxRK4e
— Révolution Permanente (@RevPermanente) September 24, 2026
A Gonesse (95), d'autres élèves racontent les raisons de leur colère : « le lycée n'a pas été construit pour autant d'élèves, dans les classes il y a des fuites d'eau au plafond, on est 35 par classes parfois on peut pas s'assoir. »
Partout, les élèves dénoncent le fait d'être enfermés à 35 dans des classes surchargées, de 8h à 18h dans des locaux qui sont tantôt insalubres, tantôt infestés de rats ou remplis d'amiante, ou même parfois avec des toits qui s'envolent.
C'est aussi le manque de personnels, qu'il s'agisse de professeurs, d'infirmières, d'assistantes sociales ou d'AESH qui est dénoncé, une situation généralisée à l'ensemble de l'éducation nationale qui a fait sa rentrée avec 69% d'établissements en sous effectifs, mais qui touche particulièrement les lycées des quartiers populaires, avec parfois des mois voir des années scolaire complètes sans prof de telle ou telle matière. Un professeur contractuel du 93 témoigne en ce sens : « Moi quand je suis arrivé en février dans mon établissement l'année dernière, les élèves n'avaient pas eu cours de Français histoire depuis la rentrée, certains même n'avaient pas eu de prof en seconde ». Un élève synthétise le sentiment dominant sur Booska-P : « On se sent délaissés, oubliés. »
Au cœur des mobilisations, on retrouve aussi la question de l'autoritarisme scolaire et de la stigmatisation permanente de ces jeunes. On a vu se multiplier ces dernières années les fouilles policières aux abords d'établissements, parfois même des centaines de milliers d'euros ont été investis dans des caméras de vidéo-surveillance plutôt que dans des moyens pédagogiques. A cela est venue s'ajouter la mesure phare de la rentrée scolaire : l'interdiction des téléphones portables au lycée. Dans certains lycées, cela a déjà conduit à des centaines d'heures de retenue, et accentue le rôle répressif de l'école sur cette jeunesse qui voit bien le deux poids deux mesure. Comme le synthétise une élève du lycée René Cassin à Gonesse : « ils regardent tout le temps si on a le téléphone à la main ou si on a des crocs alors qu'il y a beaucoup plus important à gérer. »
Si les revendications peuvent varier selon les problématiques locales, la peur de l'avenir et dénonciation de Parcoursup, véritable appareil de tri social, apparaît également comme une préoccupation largement partagée, ainsi que la question sociale qui est au cœur. En somme, après 10 ans de Macronie et d'attaques brutales contre l'école, c'est précisément contre la violence du système scolaire qui ne leur promet aucune perspective que se révoltent ces jeunes qui subissent aussi cette violence-là en dehors de l'école.
Pancartes arrachées, gardes-à-vue et intimidations, la répression est une fois de plus brutale pour les élèves mobilisés
Face à la colère légitime de ces jeunes, la répression s'avère déjà brutale. Pancartes arrachées, charges, lacrymos, placages, interpellations, la police se déchaîne pour briser la mobilisation. Au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, quatre élèves ont été placés en garde-à-vue, avant d'être libérés au bout de quelques heures, tandis qu'au lycée Paul Eluard de Saint-Denis, trois élèves ont été interpellésce vendredi matin.
Une des multiples interpellations violentes ce matin aux lycées de Sarcelle. Nos élèves ce sont fait arracher leurs pancartes, insulter, plaquer - par la police, la bac, les crs. Une répression implacable pour essayer de stopper le réveil de la jeunesse des quartiers populaires pic.twitter.com/wnlet03P9i
— Louis McKinson (@louismckinson) September 24, 2026
Une enseignante de Sarcelles témoigne avoir entendu la police crier aux élèves : « bande de fils de pute, on va vous niquer » ; « on va vous roulez dessus avec la voiture ». Et la violence ne s'arrête pas aux abords du lycée, des élèves interpellés racontent des violences et menaces graves qui se seraient déroulées dans la voiture ou lors des gardes à vues : « donne ton code de téléphone ou on va t'arracher tes cheveux et te violer », racontent des élèves à leur professeur en sortie de GAV.
Une répression pour laquelle la police, les directions d'établissement et le rectorat travaillent main dans la main. Dans les lycées mobilisés, la police, qu'elle soit nationale ou municipale, ainsi que les brigades du rectorat (équipes mobiles de sécurité) ont été déployées à titre « préventif » devant les établissements appelés à bloquer. A Saint-Denis, des policiers municipaux se sont ainsi présentés au lycée Paul Eluard pour prêter main forte à la police nationale, flashball à la main.
Face à la colère légitime de la jeunesse et à la violence de la répression, les enseignant-e-s, personnels et organisations syndicales de l'Éducation doivent appeler à rejoindre la mobilisation !
Moyens, conditions d'études, pression scolaire, manque de personnel… Les mots d'ordre défendus par les élèves sont les mêmes que ceux défendus par les personnels de l'Éducation, qui dénoncent depuis des décennies les conséquences de l'austérité dans les établissements scolaires. Face à la colère légitime des élèves, mais aussi à la violence de la répression, les personnels de plusieurs établissements se solidarisent des élèves.
Au lycée Paul Eluard de Saint-Denis, plusieurs enseignants ont débrayé en solidarité avec leurs élèves. A René Cassin, plusieurs profs se sont mis en grève, et certains ont rejoint les élèves devant l'établissement : « On partage les revendications des élèves, on s'est mis en grève pour apporter notre soutien et pour que nos élèves ne se fassent pas réprimer. » Une partie des professeurs est en grève et depuis 3 jours pour accompagner le blocus, et les personnels et élèves mobilisés sont en lien permanent à travers des réunions communes, où se retrouvent des représentants des personnels et des élèves pour discuter des suites de la mobilisation.
Au Lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, une partie des personnels a tenté de réaliser un cordon de protection des personnels face à la police, avant de se rassembler hier après-midi devant le commissariat avec une dizaine d'élèves pour exiger la libération immédiate des élèves interpellés.
« Oui on va faire Free Congo » en direct du parvis du commissariat des flanades de Sarcelles où lycéens et professeurs se sont rendus pour exiger la libération de leurs camarades/élèves, les lycéens refont les pancartes qu'ont leur a arrachées ce matin ! C'est à lire ! pic.twitter.com/gm9E8ylpRW
— Louis McKinson (@louismckinson) September 24, 2026
De même, à Sarcelles, lycéens et personnels mobilisés tentent de construire des liens entre les différents établissements, en tentant de construire des rassemblements communs entre deux lycées de la ville.
Ces premières expressions de solidarité des personnels sont autant d'exemples du rôle que peuvent jouer les personnels de l'Education dans la mobilisation, non seulement pour faire face à la répression, mais aussi pour doter le mouvement de perspectives. Dans un lycée de Beaumont-sur-Oise, une prof raconte que des élèves portaient des gilets jaune sur leur blocus, démontrant le lien direct entre la révolte des lycéens et la colère profonde qui traverse l'ensemble des secteurs de la société.
Alors que le mouvement lycéen apparait encore isolé, il est essentiel de le faire sortir du blackout médiatique et de rejoindre les élèves qui se mobilisent contre la casse de l'école et l'avenir de misère qu'on leur promet. A l'image de ce qu'il s'était passé pendant le plan d'urgence 93, où personnels, parents et élèves se mobilisaient ensemble pour arracher leurs revendications, il est nécessaire que les personnels soutiennent et rejoignent la mobilisation des élèves. Pour cela, il faut aussi que les organisations syndicales de l'Education sortent de leur silence, soutiennent ces mobilisations et s'indignent enfin de la répression à laquelle font face nos élèves.
A l'heure ou la colère résonnent dans un ensemble de secteurs de la société, et se cristallise dans les appels à la grève du 29 septembre, les appels au retour des GJ le 17 octobre, et désormais la révolte lycéenne, nous devons nous saisir de chacune de ces mobilisations pour organiser et massifier la lutte face à l'austérité et à l'avenir de guerre et de misère que nous promet la macronie.