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Pourquoi le décret « Bienvenue en France » est raciste ?

Fri, 25 Sep 2026 13:38:29 CEST

Révolution Permanente

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En généralisant les frais d'inscription différenciés pour les étudiants extra-européens, le décret « Bienvenue en France » s'attaque en premier lieu aux étudiants des pays sous domination impérialiste. Une offensive xénophobe et raciste qui s'articule à la fois au durcissement des politiques migratoires et à des décennies de pillage par l'impérialisme français.

Depuis la généralisation du décret « Bienvenue en France » en mai dernier, qui augmente drastiquement les frais d'inscription pour les étudiants étrangers, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste et ses confrères macronistes s'entêtent à justifier cette mesure par du « bon sens ». Le raisonnement est rôdé : puisque l'université publique est sous-financée, il serait légitime de faire payer plus cher ceux qui n'ont pas la nationalité française ou européenne. Un argument repris en boucle sur les plateaux, qui masque à peine l'objectif de faire des étudiants étrangers « extra-communautaires » les boucs émissaires du désinvestissement organisé par l'État lui-même dans l'enseignement supérieur.

Une offensive contre les étudiants des pays sous domination impérialiste

Avec ce décret, le gouvernement ne frappe pas au hasard. Sur les quelques 445 000 étudiants étrangers inscrits dans l'enseignement supérieur français, les étudiants originaires du Maghreb et d'Afrique subsaharienne en représentent la part la plus importante : le Maroc (35 700 étudiants), l'Algérie (27 700) et le Sénégal comptent parmi les premiers pays représentés parmi les étudiants présents en France, l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne représentant ensemble près de la moitié des effectifs étrangers du pays. L'Amérique latine et l'Asie représentent, de leur côté, respectivement 8% et 13% des effectifs d'étudiants étrangers en France, avec des pays comme le Brésil ou le Vietnam, directement marqués par des décennies de domination coloniale. Ce sont donc précisément ces étudiants, déjà les plus précarisés financièrement, qui vont se retrouver du jour au lendemain exclus de l'accès à l'université française.

Ainsi il ne s'agit pas d'un simple et énième ajustement budgétaire, mais s'avère être un véritable instrument de tri raciste et xénophobe, un outil supplémentaire dans l'arsenal du gouvernement pour restreindre l'accès au territoire français des populations extra-européennes. Les études sont devenues depuis 2022 le premier motif d'admission au séjour en France, avec environ 110 000 premiers titres délivrés en 2024. À travers la formule cynique « accueillir moins pour accueillir mieux », le gouvernement cherche à empêcher des dizaines de milliers d'étudiants étrangers de venir étudier en France. Tri social et renforcement du tri raciste et xénophobe ne font ici qu'un, dans la continuité directe des lois immigration successives : après avoir durci les conditions d'entrée et de séjour pour les travailleurs et les familles extra-européennes, l'État s'attaque désormais aux universités de manière plus offensive.

Une pauvreté organisée par l'impérialisme français

Le cas du Sénégal est particulièrement éclairant. Depuis la colonisation jusqu'à aujourd'hui, l'économie du pays reste sous la coupe de grandes entreprises françaises : plus de 250 sociétés tricolores y génèrent près de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Le groupe Auchan, propriété de la famille Mulliez, y exploite des dizaines de magasins qui ont remplacé les boutiques et commerçants locaux, provoquant des licenciements massifs sous couvert de « rachat d'enseignes locales ».

Cette même famille supprimait, à la même période, près de 1 500 postes en France tout en empochant 500 millions d'euros de crédit d'impôt et en voyant sa rentabilité bondir de 79%. Cette même logique de prédation se retrouve dans l'endettement structurel imposé au pays : le Sénégal s'est ainsi endetté à hauteur de 230 millions d'euros auprès de la France pour financer un projet de train ne bénéficiant qu'à une petite élite, en faisant appel à des entreprises françaises comme Alstom, la SNCF ou Thalès.

Le Sénégal n'est d'ailleurs pas un cas isolé : ce même pillage se retrouve, sous de multiples formes, partout où le capital français a posé ses valises, et les étudiants venus de ces pays en sont les témoins directs. Alpha, étudiant guinéen et militant au comité d'action contre Bienvenue en France à Paris 8, en faisait la démonstration à la fête de l'Huma : « Bolloré finance l'extrême droite en France mais il s'enrichit en Afrique, j'ai plus vu de camions Bolloré en Guinée qu'en France. Il gère complètement le port autonome de Guinée, il mène des déforestations de masse, et il ose nous demander qui profite du social en France ? Moi je travaille ici, je contribue mais j'ai le droit à aucune aide, même les APL nous ont été retirées. »

Cette domination économique s'accompagne d'un soutien actif de l'État français aux régimes qui la garantissent, y compris au prix d'une répression féroce des mouvements populaires.

À l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, des affrontements violents avec les forces de répression ont éclaté début décembre 2025, dans le cadre d'un mouvement national de contestation autour des retards de bourses et de la dégradation des conditions de vie sur les campus publics. En février 2026, la mort d'un étudiant en médecine a de nouveau embrasé l'université, provoquant une grève des cours et le blocage de plusieurs facultés à travers le pays, de Kaolack à Saint-Louis en passant par Kaffrine. Ces mobilisations étudiantes ne sont pas isolées de la question « de Bienvenue en France », mais sont la conséquence directe d'un système universitaire exsangue, dans un pays dont les ressources sont captées depuis des décennies par les intérêts économiques français.

Un décret qui prépare le terrain pour généraliser l'attaque à tous les étudiants

Derrière l'apparente technicité budgétaire du décret « Bienvenue en France », se joue en réalité bien plus qu'une question de frais d'inscription. C'est une offensive raciste qui vise la présence même des étrangers en France, et singulièrement des populations issues des anciennes colonies françaises, celles-là mêmes qui continuent aujourd'hui de se battre, au Sénégal comme au Maroc ou en Algérie, contre une domination impérialiste dont les effets se comptent en pauvreté organisée, en répression sanglante et en désertification des services publics. En s'attaquant en premier lieu aux étudiants extra-européens, ce décret prépare aussi le terrain pour une généralisation à venir : les mêmes logiques de tri et de sélection par l'argent guettent, à terme, l'ensemble des étudiants, quelle que soit leur nationalité. Le rapport sénatorial publié début septembre, qui préconise de faire payer 900 euros l'année de licence et 1300 euros l'année de master à toutes et tous, le confirme sans détour.

C'est pour cela qu'il est urgent que l'ensemble du mouvement étudiant s'organise contre « Bienvenue en France », en menant de front un double combat, contre le racisme d'État qui frappe aujourd'hui les étudiants étrangers, et pour la défense d'une université ouverte à toutes et tous, contre la marchandisation qui menace, demain, l'ensemble des étudiants. Sur plusieurs campus, cette organisation prend déjà la forme de comités d'action, construits sur la base la plus large possible avec les étudiants directement concernés : c'est dans ces cadres, ouverts à toutes celles et ceux qui veulent en finir avec ce décret raciste, que peut se construire le rapport de force nécessaire pour le faire reculer.

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