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Primaire socialiste : cinq candidats, cinq nuances de macronisme

Fri, 25 Sep 2026 22:49:23 CEST

Révolution Permanente

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Ce mercredi 23 septembre, les cinq candidats à la primaire organisée par le PS se sont affrontés pour la première fois lors d'un débat sur LCI. Derrière les divergences de stratégie électorale, on retrouve surtout différentes déclinaisons d'un même projet bourgeois et pro-patronal.

Ce mercredi 23 septembre, LCI organisait le premier débat de la primaire organisée par le PS, réunissant sur son plateau les cinq candidats en lice : Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Après moult disputes sur le fonctionnement de la primaire, le prix à l'entrée et les candidats autorisés, la gauche bourgeoise lance finalement sa campagne. Et si la presse et les médias auront surtout retenu de cette soirée les échauffourées entre candidats sur LFI et la Palestine. C'est un même projet politique qu'ont proposé les cinq candidats : un projet de gestion du régime, qui, derrière les fausses promesses sociales, entend poursuivre l'agenda militariste et sécuritaire de Macron.

Une valse de propositions « sociales » : les héritiers de Hollande tentent de se repeindre en rouge

Ce mercredi soir, la mission des candidats socialistes ou apparentés était claire : se distinguer par tous les moyens du bilan du macronisme, pour prétendre incarner une option alternative. Dans un élan de radicalisme, chacun est allé de ses propositions pour tenter de dialoguer avec les classes moyennes : Emmanuel Maurel a ouvert le bal en appelant à « augmenter le SMIC », et même à « indexer les salaires sur l'inflation ». Faure à embrayé pour exiger un « SMIC à 1700 euros nets », allant jusqu'à proposer un équilibre entre dividendes et salaires : « pour 1 € de dividende distribué, qu'il y ait parallèlement au moins 1 € versé aux salariés ». Glucksmann a relancé de son côté son grand projet de taxation des méga-héritages « au-dessus de 2 millions d'euros » pour financer une baisse de la CSG.

Face au témoignage de Johanna, les candidats n'ont pas manqué de multiplier les bonnes intentions. Mère précaire et isolée, elle a raconté sur le plateau la réalité de son quotidien et les difficultés auxquelles elle se heurte pour parvenir à boucler ses fins de mois. Mais son témoignage a surtout mis en lumière le décalage entre les promesses des socialistes et la réalité vécue par les travailleurs. Johanna a notamment confessé ne pas être en mesure, en l'état, de débourser les 15 euros nécessaires pour participer à la primaire. Pour elle, ça se résume à « choisir entre vous et mes enfants ». Une formule qui illustre le fossé entre, d'un côté, des politiciens bourgeois qui prétendent gérer le système et, de l'autre, les travailleurs qui en subissent les conséquences, notamment des politiques néolibérales menées par le PS lorsqu'il était au pouvoir.

En d'autres termes, toutes les propositions « sociales » lancées dans ce débat sont autant de promesses creuses. Si certaines revendications, comme l'indexation des salaires sur l'inflation, sont parfaitement légitimes, leur reprise par les candidats relève avant tout de l'opportunisme. Une posture qui rappelle le fameux « mon ennemi, c'est la finance » de François Hollande en 2012, avant que son quinquennat ne soit marqué par une politique néolibérale brutale, de la mise en place du CICE à la loi El Khomri, jusqu'à la proposition de déchéance de nationalité.
Sans surprise, l'ensemble du débat a laissé voir une amnésie au sein de la sphère socialiste : dans leur effort pour se distancier du bilan de Macron, les candidats semblent avoir refoulé le soutien politique des députés socialistes aux derniers gouvernements de Bayrou et de Lecornu, et leur refus de voter la censure au moment où les macronistes imposaient des budgets toujours plus durs contre les classes populaires.

Cinq candidats, un consensus militariste

S'il y a bien un point sur lequel les cinq candidats n'ont eu aucun mal à se retrouver, c'est celui de la guerre. Interrogés sur le financement de l'effort de guerre ukrainien, les prétendants se sont succédé pour rivaliser de fermeté face à Moscou. Jérôme Guedj l'a formulé le plus clairement : « Il y a un consensus sur la nécessité de muscler l'effort de défense », avant de raconter sa visite aux 400 militaires français déployés en Estonie dans le cadre de l'opération Lynx. Emmanuel Maurel, censé incarner l'aile gauche de ce plateau, a réclamé « plus de cybersécurité », « plus de cryptographie quantique et post-quantique » et des moyens sur les drones.

Dans son élément, c'est Raphaël Glucksmann qui est allé le plus loin, endossant tout au long de la séquence le costume du lanceur d'alerte que personne n'aurait écouté : « Quand Poutine a envahi la Géorgie, tout le monde a regardé ses pieds ». Sa ligne ne souffre aucune ambiguïté : « ce n'est pas une guerre contre l'Ukraine, c'est une guerre contre l'Europe ». La seule nuance de la soirée est venue de Ségolène Royal, qui a sorti des tiroirs le registre de la « médiation » et de la « négociation ». Un préambule pour assurer quelques instants plus tard qu'il y avait bien une « menace russe », et qu'il aurait fallu réarmer l'Ukraine avant même l'attaque russe, puisque « on était au courant ».

Sans surprise, l'ensemble des candidats de la galaxie socialiste se sont alignés sur la propagande militariste du gouvernement, que Macron a relancée de plus belle depuis deux semaines. De la réunion avec l'ensemble des dirigeants de partis, que Faure a revendiqué dans le débat, à l'intervention télévisée de ce jeudi soir, c'est un même discours qui est offert aux Français : face à la « menace russe » et la nécessité de nous réarmer, il faut accepter des sacrifices. Les prix à la pompe explosent ? La cause en reviendrait exclusivement à la géopolitique mondiale : il faudra donc faire encore plus de coupes et d'économies, aggraver encore les conditions de vie des travailleurs pour pouvoir financer la militarisation. Guedj, le candidat qui assume le plus ouvertement ses sympathies macronistes, a été un des seuls à assumer les deux bouts de la chaîne, revendiquant « l'honnêteté » de dire « dans cette gauche du réel qu'évidemment il faut faire des économies ». Royal lui a immédiatement emboîté le pas, en reprenant un slogan cher à la droite : « réduire le train de vie de l'État ».

Pour financer l'effort militariste qu'ils appellent de leurs vœux, l'ensemble des aspirants présidents en acceptent en réalité le prix : les milliards dépensés en bombes et Rafales sont autant de financements en moins pour la sécurité sociale et les services publics. Et les socialistes le savent très bien. Au moment même où se tenait ce débat, le Premier ministre adressait un courrier aux parlementaires PS pour leur proposer de reconduire en 2027 le compromis budgétaire de 2026, celui-là même qui a permis de faire passer par trois 49.3 un budget d'austérité. Reste à voir s'ils maintiendront cette politique en 2027, ou si la nécessité électorale de se distinguer des macronistes prendra le dessus.

Clivages sur LFI et la Palestine : autant de variantes d'un même projet bourgeois

Du consensus militariste, les éditorialistes n'ont évidemment rien retenu. Et pour cause : il n'est pas propre au PS, c'est le consensus de l'ensemble des forces institutionnelles. Ce que les médias ont gardé du débat, ce sont les deux séquences où les candidats se sont étripés, sur la Palestine d'abord, sur LFI ensuite.

Sur Gaza, la bataille a porté sur un mot. Olivier Faure a assumé de parler de « ce qui n'est pas simplement une guerre mais un génocide », ajoutant que « quand on ne nomme pas les choses, on ajoute au malheur du monde ». Ségolène Royal a parlé d'« une élimination ». Face à eux, Jérôme Guedj s'est retranché derrière la justice internationale, « j'utilise les termes que la justice consacre », et Raphaël Glucksmann a refusé le mot au motif que le procureur de la Cour pénale internationale ne l'emploie pas : « donc moi, je suis la CPI ».

Si les sorties de Glucksmann et Guedj n'ont rien d'étonnant, il faudrait être bien naïf pour prendre le radicalisme de plateau d'Olivier Faure pour argent comptant. C'est le même parti qui, au lendemain du 7 octobre, a fait illuminer la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau israélien par la voix de sa maire de Paris Anne Hidalgo, en affichant son « soutien total » à Israël. C'est le même Olivier Faure qui, le 5 novembre 2023, a appelé « toutes les forces politiques » à une marche contre l'antisémitisme, RN compris, offrant à l'extrême droite sa plus belle opération de dédiabolisation depuis des décennies. C'est la même Ségolène Royal qui rappelait fièrement mercredi soir qu'au lendemain du 7 octobre, « j'étais à la manifestation avec le CRIF ». Trois ans de génocide auront été nécessaires pour que certains d'entre eux consentent à prononcer le mot, sans que le soutien total accordé à Israël ne soit jamais renié. La seule chose que ce clivage révèle, c'est l'existence de degrés dans le sionisme.

C'est la même ligne de fracture qui a fait exploser la dernière heure du débat. Guedj a accusé ses concurrents de « se glisser dans la soumission à la France insoumise », Glucksmann a fermé la porte à double tour, « il n'y aura pas d'alliance aux législatives avec la France insoumise, il n'y en aura pas », au motif que Mélenchon « fait trop peur à trop de monde ». En face, Faure a joué sa partition pragmatique, affirmant qu'« il n'y a pas de gauche irréconciliable », tandis que Maurel posait une question décisive : « c'est quoi l'alternative ? Il ne reste plus qu'une seule solution : on va s'allier avec la droite ».

L'opposition est réelle, mais elle est tactique. Si Glucksmann et Guedj se sont fait les premiers porteurs des calomnies sur l'antisémitisme supposé de LFI, c'est qu'ils cherchent à provoquer une rupture définitive avec Mélenchon. L'objectif est de capitaliser sur l'espace laissé vacant par le macronisme, en proposant un macronisme renouvelé mais sans Macron, capable d'attirer les secteurs qui trouvent Attal, Philippe ou Retailleau un peu trop à droite. Faure, lui, défend l'option qui a permis au PS de survivre électoralement en 2022 puis en 2024, en s'abritant derrière la Nupes puis le NFP. Une fausse alternative qui ne recouvre aucune divergence de fond. Le même Faure a maintenu en vie les gouvernements Bayrou et Lecornu, négocié leurs budgets, et il a conclu ce débat en annonçant qu'il entendait « tendre la main à toutes celles et ceux qui ne sont pas forcément de gauche mais qui ne veulent pas non plus de Marine Le Pen ». Deux stratégies pour un même objectif : reconstituer une base sociale au social-libéralisme.

Trois heures de débat pour une conclusion que l'ensemble des classes populaires ont expérimentée ces dernières décennies. Derrière les fausses promesses « sociales », l'alignement sur l'agenda militariste et sur les budgets d'austérité ; derrière les indignations sur Gaza, trois ans de soutien à l'État génocidaire. Ce que ce plateau a donné à voir, c'est une gauche bourgeoise en fort mauvais état qui tente de se refaire une santé à sept mois de la présidentielle. Souhaitons que cette renaissance meure dans l'œuf.

Capture d'écran LCI.

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