Charges, lacrymos, placages : la police cherche à briser les lycéens mobilisés en banlieue parisienne
Thu, 24 Sep 2026 21:22:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que depuis le début de la semaine, de nombreux lycéens sont mobilisés contre la dégradation de leurs conditions d'étude, la réponse policière se fait brutale. Solidarité avec les lycéens face à la répression !

Depuis le début de la semaine, de nombreux appels au blocage ont été lancés par des lycéennes et lycéens de plusieurs établissements de banlieues parisiennes pour dénoncer leurs conditions d'enseignement : journées de cours pouvant aller de 8h à 18h, bâtiments vétustes, dégradés ou inadaptés, interdiction des téléphones portables, manque d'enseignants et de personnels médico-sociaux, classes surchargées, ainsi qu'une sélection toujours plus importante dans l'enseignement supérieur via Parcoursup. Face à ces revendications extrêmement politiques de la jeunesse, l'État à décider de déployer de nombreuses forces pour casser la mobilisation.
Une répression policière particulièrement violente
Ce lundi 21 septembre, à la suite d'un blocus organisé par les élèves du lycée Saint-Exupéry de Créteil, un mouvement lycéen d'appels au blocage diffusés sur les réseaux sociaux s'est étendu à plusieurs établissements de quartiers populaires (92, 93, 94, 95).
Face à ce mouvement, une forte répression à tout de suite été mise en place par les directions d'établissements, main dans la main avec la police. Les différents rectorats ont aussi déployé leurs équipes mobiles de sécurité (EMS). Les forces de l'ordre du 93 ont même reçu la consigne d'être présentes devant tous les établissements du département toute la semaine.
Lors de ces blocus, les forces de l'ordre ont fait usage de moyens particulièrement importants contre les lycéens mobilisés : charges contre les adolescents, destruction de leurs pancartes, tirs de gaz lacrymogène, intimidation avec des LBD et interpellations parfois brutales, avec notamment des élèves plaqués au sol avant d'être conduits en garde à vue.
D'après les informations que nous avons pu recenser, nous faisons actuellement état de 4 interpellations à Rosny-sous-Bois (93), 1 à La Courneuve (93), 3 à Gonesse (95), 4 à Saint-Denis (93), 2 à Stains (93), ainsi qu'au moins une dizaine à Sarcelles (95).
« Nos élèves se sont fait arracher leurs pancartes, insulter, plaquer par la police »
Une enseignante mobilisée en soutien à ses élèves au lycée Jean-Jacques-Rousseau de Sarcelles (95) témoigne d'un niveau de répression absolument démesuré avec un « déploiement de CRS surarmés pour intimider les lycéens mobilisés ». Elle rapporte avoir elle-même été bousculée par des policiers et dénonce des insultes proférées à l'encontre des jeunes.
Selon son témoignage, la direction de l'établissement, en lien avec la préfecture du Val-d'Oise, aurait autorisé les forces de l'ordre à pénétrer dans l'établissement. L'alarme intrusion aurait par ailleurs été déclenchée contre les élèves. Elle raconte : « On a été confiné pendant plus d'une heure, les élèves n'en pouvant plus, ont tout de même fini par sortir ».
Des images filmées par des personnes sur place montrent des charges effectuées par la police à l'encontre des lycéens, les enseignants dénoncent l'utilisation de gaz lacrymogène et de très nombreuses interpellations brutales, notamment effectuées par la BAC.
En soutien aux élèves interpellés, un rassemblement devant le commissariat s'est tenu en cette fin de matinée par des enseignants des lycées Jean-Jacques Rousseau accompagnés d'élèves. Ceux-ci témoignent qu'un cordon de CRS prêt à charger le rassemblement, s'est alors mis en place devant le bâtiment. Un niveau de réponse policière qui montre que l'État cherche à briser toute expression de solidarité avant que la mobilisation ne s'élargisse.
La jeunesse de Saint-Denis (93) a elle aussi été durement réprimée. Dans la ville dont le maire nouvellement élu Bally Bagayoko avait promis de mettre fin aux violences policières, les LBD ont été sortis des voitures de police pour viser directement les lycéens du lycée Bartholdi. Trois élèves au moins ont été envoyés en garde-à-vue dont un violemment plaqué au sol.
Le lycée Maurice-Utrillo de Stains (93) fait également état d'une forte intervention des forces de l'ordre lors de la mobilisation. Six tirs de gaz lacrymogène contre les élèves ainsi que deux interpellations ont été rapportés. Le chef d'établissement prend également activement part à la répression des élèves en menaçant un élève d'une procédure d'exclusion en raison de sa participation à la mobilisation. Une réponse autoritaire de la direction qui doit être dénoncée frontalement par les personnels de l'éducation.
À Gonesse, un font commun entre élèves et enseignants tient la police à distance
Au lycée René-Cassin de Gonesse (95), la mobilisation, qui a débuté mercredi 23 septembre, s'est poursuivie avec une mobilisation des personnels en soutien aux élèves très brutalement interpellés par la police comme nous relate une enseignante du lycée : « L'un des élèves interpellé nous a raconté tremblant les violences policières subies. Après un plaquage au sol d'une extrême violence, les policiers ont serré ses menottes jusqu'à lui faire des plaies, ils l'ont ensuite violenté en lui fermant la portière de la voiture dessus, pour finir par l'intimider et le menacer s'ils le voyaient de nouveau dans la rue ou devant un blocus ».
Une vingtaine d'enseignants se sont mis en grève ce jeudi 24 septembre pour soutenir leurs élèves, estimant que leurs revendications font écho à celles qu'ils portent eux-mêmes concernant leurs conditions de travail et les conditions d'étude des lycéens. Un nouveau blocus a ainsi eu lieu ce matin devant l'établissement. Les forces de l'ordre étaient de nouveau présentes, mais se sont cette fois tenues davantage à l'écart, alors qu'un front commun entre enseignants et élèves s'est constitué autour de revendications communes. De nouvelles assemblées générales ont été organisées entre élèves et personnels aujourd'hui.
La nécessité d'un front commun des élèves et des personnels de l'éducation pour de meilleures conditions d'enseignement
Les très nombreuses interpellations qui nous sont remontées montrent qu'elles constituent aujourd'hui l'un des principaux outils utilisés par le gouvernement pour étouffer la colère des lycéens. Cette répression policière touche particulièrement les jeunes issus des quartiers populaires, qui font face au racisme d'État, et à des conditions d'enseignement déplorables.
Alors que la colère s'accentue dans la jeunesse, qui cherche à s'organiser et à se mobiliser collectivement pour défendre ses conditions d'étude et son avenir. Certains lycéens revendiquent également le retour à des formes de mobilisation inspirées du mouvement des Gilets jaunes, notamment autour de la date du 17 octobre. Dans ce cadre, il est urgent que les personnels de l'éducation dénoncent la répression de la police et des directions d'établissement, exigent la libération immédiate des lycéens et l'abandon de toutes les poursuites à leur encontre ! Les blocus qui se multiplient en Île-de-France constituent un point d'appui important et doivent permettre de construire par en bas un front commun des élèves et des personnels de l'éducation qui partagent de nombreuses revendications. Et ce notamment en vue de la grève du 29 septembre prochain où la fonction publique est appelée à se mobiliser, ainsi que de celle du 17 octobre appelées par de nombreux autres secteurs.