Zemmour 2027 : entre remigration et austérité à 100 milliards, la surenchère réactionnaire
Thu, 24 Sep 2026 22:12:31 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalInvité de « Face à BFM », Éric Zemmour a confirmé qu'il serait candidat à la présidentielle. Remigration, 140 milliards de coupes budgétaires, campagne guerrière : le fondateur de Reconquête déroule un programme réactionnaire et antisocial. Son poids électoral est limité, mais son effet sur le débat public ne l'est pas.

Il n'y a plus de doute, Éric Zemmour entre dans la course à la présidentielle, et commence déjà à déverser sa bile. Interrogé sur BFMTV jeudi 17 septembre, il a déclaré être candidat à l'élection présidentielle pour la seconde fois. Sa mission ? « Sauver la France du grand remplacement » : tout un programme…
Trump, Milei et… Zemmour ?
Un cran au-dessus de la préférence nationale défendue par le RN, le fond de commerce du président de Reconquête tournera sans surprise autour de la remigration, concept qu'il avait déjà cherché à imposer dans le débat public en 2022 : l'expulsion de tous les étrangers. Enfin, pas n'importe lesquels : comme il l'a précisé, il se concentre sur les chômeurs de longue durée (au-delà d'un an), les personnes en prison, les « délinquants » non emprisonnés, les personnes en situation irrégulière ou qui vivent des aides sociales. Bref, tous les étrangers pauvres, qu'il veut remplacer par de la main-d'œuvre robotique. Il s'appuie pour cela sur une mesure de 1945, détournée pour servir son narratif.
On retrouve chez Zemmour des thèmes chers aux politiciens ultra-libéraux comme Donald Trump et Javier Milei, qui allient un discours ultra-sécuritaire à des offensives constantes contre les quartiers populaires et les mouvements sociaux. C'est notamment le cas quand il propose une cure austéritaire de 140 milliards d'euros qu'il veut prélever des dépenses publiques, ainsi que la suppression de 800 000 postes de fonctionnaires. En chœur avec des figures comme Retailleau ou encore Attal, il plaide aussi pour un passage progressif à la retraite par capitalisation, un âge de départ à 64 ou 65 ans et un plafonnement du RSA à trois ans.
Cette nouvelle candidature de Zemmour s'inscrit pleinement dans la montée des idées réactionnaires à l'international, depuis la victoire de l'AFD allemand en Saxe-Anhalt, jusqu'aux agressions racistes envers les migrants à Ceuta – Zemmour a d'ailleur accusé Kylian Mbappé de « solidarité islamique » avec ces derniers… Son programme se situe en outre dans la continuité de la politique raciste et xénophobe du macronisme, comme l'ont montré la répression des militants kanaks, la succession d'opérations militaires sur sol mahorais, ou encore les politiques répressives à l'encontre des migrants en Méditerranée.
Le vilain petit canard de l'extrême droite peine à faire l'unanimité
Zemmour devra faire face à beaucoup d'obstacles pour être une alternative au RN, dont la figure de proue, Marine Le Pen, continue d'occuper la première place des sondages. Zemmour, qui avait terminé quatrième au premier tour de 2022 avec 7,07 % (ce qu'il considère lui-même comme une « déception »), est aujourd'hui placé loin derrière : 4 à 4,5 % dans un sondage Elabe de août 2026, alors que le RN se placerait entre 34% et 35,5% des voix.
Ces chiffres sont amenés à évoluer et pour l'instant, il n'existe aucun sondage permettant d'analyser sa popularité après son annonce de candidature. Toutefois, Éric Zemmour est un habitué des plateaux télé, les grosses chaînes lui tendent volontiers le micro et l'opinion est amenée à évoluer dans les sept mois qui nous séparent du scrutin. Mais, contrairement à 2022, il ne pourra pas compter sur Marion Maréchal qui rejoint cette fois la campagne de sa tante. Parmi ses soutiens aux dernières présidentielles, Il pourra compter sur le général Bertrand de la Chesnaie, l'ex-maire d'Orange Jacques Bompard, ainsi que d'autres personnalités mineures, aficionados des manifs pour tous et des franges néo-fascistes. Zemmour est un catalyseur de ces franges, qui seront les plus hardies pour mener sa campagne.
Reste à voir si les mois prochains permettront à Zemmour de relancer la machine qui a fait son relatif succès après la publication du Suicide français en 2014. Les prochains mois de campagne seront donc marqué par plusieurs tentatives de faire monter des sujets chères à l'extrême droite comme la remigration, la lutte contre le « wokisme », la défense des soi-disant « valeurs judéo-chrétiennes » de la France, et la nécessité du patriotisme face à la guerre. Un ensemble de thèmes réactionnaires que les organisations politiques et syndicales de gauche devront combattre point par point dans une stratégie d'ensemble.
Anasse Kazib, l'anti-Zemmour à la présidentielle de 2027
Alors que l'actualité de l'extrême droite ces dernières semaines a des relents d'égouts à ciel ouvert des cités médiévales, dont la candidature de Zemmour n'est qu'une des nombreuses manifestations, la question de la stratégie pour la combattre devient toujours plus nécessaire. Et la stratégie politique dont nous avons besoin n'a aucune illusion dans les institutions républicaines pour lutter contre un phénomène auquel elles ont contribué – de la loi contre le port du voile de 2004 à celle sur le refus d'obtempérer en 2017, ancêtre de l'actuel permis de tuer.
Ces dernières années, la seule opposition au macronisme et à la crise s'est organisée dans la rue, a fait grève et s'est affrontée aux forces de répression. Période pendant laquelle l'extrême-droite a été silencieuse, n'ayant en réalité rien à proposé aux populations les plus précaires du pays. Alors que la crise ne pourra pas se résoudre avec un énième vote utile, et que l'extrême droite ne sera pas battue par des calculs électoraux, nous défendons une candidature révolutionnaire. Celle d'Anasse Kazib, une candidature à l'image de la nouvelle classe ouvrière, celle qui travaille en horaires fragmentés, qui subit la crise climatique, qui lutte contre le racisme, le sexisme et toutes les oppressions et qui refuse toute forme de compromission avec les intérêts guerriers de l'État français. Bref, une candidature à l'opposé de ce qu'incarnent Zemmour, Le Pen et et tous les réactionnaires.