Gonesse (95). Après la répression du blocus, élèves et personnels de Cassin font front commun
Thu, 24 Sep 2026 09:14:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes lycéens de René Cassin, à Gonesse (95), ont bloqué leur établissement pour dénoncer leurs conditions d'études dégradées. Alors que la mobilisation lycéenne a été violemment réprimée par la police, avec 3 interpellations, lycéens et personnels pensent désormais les suites du mouvement ensemble.

Les lycéens de Cassin bloquent leur lycée
Le lycée René Cassin de Gonesse (95) était bloqué par les élèves ce mercredi 23 septembre. Les lycéen.ne.s dénoncent des conditions d'étude dégradées cette année. Au cœur de la colère lycéenne, deux facteurs ont précipité la mobilisation. La question des emplois du temps épuisants, qui imposent un rythme de 8h-18h du lundi au vendredi à une grande majorité d'élèves était dénoncée sur de nombreuses pancartes ; tout comme la saturation de l'établissement, qui accueille plus de 1600 élèves, bien au-delà de sa capacité, ce qui conduit à des couloirs bondés, à une file interminable à la cantine empêchant certain.e.s élèves de déjeuner dans le temps imparti, sans même évoquer les classes surchargées. Au-delà de ces deux enjeux, centraux pour les conditions de vie des élèves, c'est la brutalité du système scolaire qu'ils et elles dénoncent.
« Ils regardent tout le temps si on a notre téléphone dans la main, si on porte des crocs alors qu'il y a beaucoup plus important à gérer », dénonce une lycéenne. L'interdiction du téléphone portable, imposée par le gouvernement en cette rentrée vient s'ajouter à la longue liste des mesures répressives à l'école, parmi lesquelles le contrôle de la tenue vestimentaire, notamment des jeunes filles. « Les élèves évoquent aussi la pression scolaire et la peur de l'avenir quand on les interroge sur leurs revendications. La machine à sélection que constitue Parcoursup est une inquiétude permanente pour les élèves, notamment celles et ceux issu.e.s des quartiers populaires qui expérimentent chaque année la violence de ce système », explique un enseignant. Une violence institutionnelle qui se traduit également au quotidien par un autoritarisme de certains personnels, pointé du doigt par les élèves. Une tendance d'ailleurs galvanisée par la rhétorique politico-mediatique sur « l'autorité à restaurer à l'école ».
Ce blocus, premier réussi depuis une dizaine d'années dans l'établissement, exprime ainsi une colère profonde, loin d'être isolée. La mobilisation des élèves de Cassin s'inscrit dans un mouvement bien plus large. Depuis plusieurs jours, de nombreux appels aux blocus circulent sur les réseaux sociaux, touchant de nombreux établissements à travers l'Île-de-France, depuis le blocus spectaculaire d'un lycée de Créteil. Depuis le début de semaine, plusieurs établissements ont ainsi été bloqués à Rosny, la Courneuve, Créteil ou encore Argenteuil. Ce réveil du mouvement lycéen est ainsi appelé à se poursuivre, dès cette fin de semaine, et les appels aux blocus sont souvent associés aux préoccupations sociales qui s'expriment dans la date du 17 octobre.
Une répression violente face à la crainte d'un mouvement lycéen
Comme à Marseille au printemps dernier, c'est par la répression la plus brutale que l'institution scolaire et le gouvernement répondent au mouvement lycéen. Au lycée René Cassin, le déploiement policier, armé de flashball, a conduit à 3 interpellations violentes, avec placage au sol. Si deux élèves interpellés ont été relâchés, un troisième élève a été placé en garde à vue jusque tard jusqu'en début de soirée. « L'un des élèves interpellé nous a raconté tremblant les violences policières subies. Après un plaquage au sol d'une extrême violence, les policiers ont serré ses menottes jusqu'à lui faire des plaies, ils l'ont ensuite violenté en lui fermant la portière de la voiture dessus, pour finir par l'intimider et le menacer s'ils le voyaient de nouveau dans la rue ou devant un blocus », relate une enseignante.
Une répression qui fait écho à ce qui s'est passé à Rosny, où 4 élèves ont également été interpellés et ont passé la nuit au commissariat. Dans le même temps, on assiste à un déploiement préventif de la police devant les établissements où circulent des appels au blocage, par exemple à Sarcelles devant le lycée Jean-Jacques Rousseau ou encore dans à la Courneuve, où les brigades de sécurité du rectorat, les EMS, avaient été mobilisées par l'établissement pour empêcher le blocus prévu. Cette répression constitue ainsi un moyen d'intimidation et vise à faire des exemples avec les premiers blocages afin d'empêcher l'extension de la mobilisation lycéenne.
Les personnels du lycée se mobilisent en soutien à leurs élèves face à la répression
Face à la répression, les personnels de l'établissement ont répondu par la solidarité envers leurs élèves. Une vingtaine de professeurs ont ainsi débrayé le jour même pour dénoncer la répression, mais aussi soutenir les revendications des élèves.
« Toutes leurs revendications font écho à celles que l'ont a eu l'occasion de discuter la semaine dernière en réunion syndicale et pour lesquelles on sera mobilisé ce 29 septembre. Il était donc important pour nous de nous joindre à leur mobilisation », raconte un enseignant. « On a organisé une réunion commune avec les élèves pour les écouter et discuter ensemble des suites à donner et dessiner une mobilisation commune pour leurs conditions d'étude », précise une autre enseignante.
Cette solidarité est ainsi revendiquée dans le communiqué des personnels grévistes : « Une partie de l'équipe enseignante de l'établissement a décidé d'exercer son droit de grève et de soutenir les revendications des élèves. Les élèves et nous-mêmes constatons une dégradation des conditions d'étude et de travail ». Un professeur raconte : « avec les personnels, nous avons invité les élèves à échanger avec nous afin de dessiner une mobilisation commune pour leurs conditions d'étude ».
C'est ce que décrit aussi le communiqué : « Nous déplorons la réponse répressive de la direction et des forces de l'ordre face à des revendications légitimes et communes à l'ensemble des lycéen.nes sur le territoire national.
Nous dénonçons également les effets délétères des politiques d'austérité budgétaire dans l'Education Nationale, lesquelles sont en grande partie responsables des conditions dont pâtissent nos élèves et dont ils ont raison de s'indigner. »
Alors que les blocus sont amenés à se multiplier en île de France, la réponse du lycée Cassin est exemplaire, de par l'alliance tissée entre personnels et élèves face à la répression et pour de meilleures conditions d'étude pour les élèves. Elle peut constituer un point d'appui pour construire le 29 septembre, par en bas, pour exprimer la colère sociale qui monte, comme le montrent les appels autour du 17 octobre.