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Après la grève massive du 15 septembre, quelle suite pour les énergéticiens ?

Thu, 24 Sep 2026 17:39:02 CEST

Révolution Permanente

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Le 15 septembre, les travailleurs de l'industrie électrique et gazière ont été massivement en grève contre une possible attaque du « tarif agent ». Alors que cette piste est évoquée par la Cour des comptes pour financer l'austérité, les énergéticiens pourraient jouer un rôle clé contre le projet du gouvernement, en commençant par se lier à la mobilisation du 29 septembre.

Le 15 septembre dernier, les électriciens et gaziers étaient en grève en réaction au rapport de la Cour des comptes, qui a sorti de son chapeau une douzaine de recommandations venant attaquer le statut des énergéticien·nes. Cette première journée a été massivement suivie : les taux de grévistes sont de 75% dans les bureaux d'ingénierie d'EDF, 80% chez Enedis, et jusqu'à 88% sur les sites de production nucléaire.

Comment est-ce qu'EDF compte s'y prendre pour faire des économies sur le dos des travailleur·ses ? Les méthodes sont nombreuses : accentuer la sous-traitance ; filiariser les domaines « non critiques », comprendre qui coûteraient « trop cher » ; geler le salaire fixe annuel ; ou accroître la compétition entre les travailleur·ses par les primes. Mais la colère se concentre surtout sur la limitation du tarif agent, avantage important du statut : il s'agit d'une partie du salaire des agents qui leur permet de payer l'électricité à moindre coût.

Rémi, ingénieur dans les bureaux de Marseille, présent au rassemblement à la préfecture, nous explique : « avant, l'avantage énergie était fonction de ton foyer. Si tu avais une maison avec 14 enfants, on estimait que ta consommation représentait X euros et tu payais des impôts dessus. » Demain, le prix moyen de l'énergie deviendra une variable pour calculer l'impôt à payer par les agents sur cet avantage en nature. Or le prix de l'énergie est fonction du marché de l'énergie qui ne cesse d'augmenter. Autrement dit, c'est une manière pour l'État de récupérer une partie du salaire des travailleur·ses. « Le gouvernement nous fait passer pour des privilégiés, mais de toute façon, c'est toujours la même chose. Ils veulent créer de la jalousie et monter les gens les uns contre les autres », ajoute Rémi.

Et c'est ce que refusent les agents des IEG (Industries Électriques et Gazières), massivement en grève ce 15 septembre, déterminés à défendre leurs droits, et à « tirer tout le monde par le haut ». Car cette mobilisation exprime une colère qui couve. En effet, beaucoup de travailleur·ses des IEG comptent sur le tarif agent pour boucler les fins de mois. Les salaires, plus faibles que dans le privé, sont aussi grignotés par l'inflation qui explose. Alors que le prix de l'électricité est un facteur important de dépense des ménages, qui a augmenté de plus de 60% au cours des dernières années, il est plus que nécessaire de revendiquer une électricité comme bien de première nécessité.

Renaud Henry de la CGT Energie Marseille le souligne : « le tarif agent, c'est moins de 1% sur la facture. Alors que le groupe EDF a sorti 1 milliard de dividendes, on voudrait nous faire croire que c'est sur les salaires qu'il faut couper pour réduire la facture des usagers. Les collègues, ils sont au charbon, à restaurer les lignes électriques pendant les incendies en Gironde, et c'est comme ça qu'on les remercie ? ». La tendance s'aggrave d'autant plus que les spéculations autour du prix des barils, suite à la reprise du conflit en Iran, viennent de faire s'envoler les prix du carburant, du gaz et de l'électricité, faisant atteindre 2,68 euros le litre de diesel à la pompe.

Après cette première journée réussie, la suite reste à construire. Une délégation intersyndicale a été reçue par Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'énergie, qui a tenté de rassurer les organisations syndicales en assurant qu'il n'y aura pas de passage en force (la modification du statut des IEG pouvant être décidée unilatéralement par décret). Cette stratégie réchauffée de « dialogue » de la part du gouvernement, fait mouche auprès de l'intersyndicale qui s'y engouffre dans l'espoir de se faire entendre par ceux qui ont libéralisé l'énergie et permis l'augmentation des factures des usager·es.

L'intersyndicale demande donc un rendez-vous avec le Premier ministre et menace, en cas de silence radio du gouvernement, d'une potentielle nouvelle date de mobilisation, dont les modalités seront définies en fonction des sensibilités de chaque syndicat. Dur d'y voir autre chose qu'une stratégie démobilisante, visant à négocier la régression sociale autour des recommandations de la Cour des comptes. Et la construction de la grève autour de l'unique revendication du tarif agent pourrait permettre au gouvernement de lâcher du lest là-dessus pour faire taire la colère, sans répondre aux préoccupations plus générales sur le coût de la vie.

Car les revendications autour des salaires, des conditions de travail et de vie qui se dégradent, et de la souffrance des travailleur·euses à ne plus pouvoir exercer leur métier correctement se retrouvent partout : dans l'énergie, chez les profs, dans la santé et le social. C'est d'ailleurs sur ces constats qu'à Marseille, les énergéticiens ont été rejoints par les travailleurs du social et de l'éducation en grève sur la place de la préfecture. Une initiative qui en appelle d'autres : la journée de grève dans la fonction publique le 29 septembre pourrait devenir une date interprofessionnelle de rassemblement des colères, avec l'énergie, secteur stratégique, en pointe avancée de la mobilisation. Cela pourrait être un premier point d'appui avant le 17 octobre, dont les appels à un retour des Gilets Jaunes se multiplient, signe d'un ras le bol généralisé, et d'une envie d'en découdre avec ce système.

Face à l'inflation et aux prochaines mesures austéritaires du budget Lecornu qui annonce des économies de plusieurs milliards sur le dos des travailleurs, des chômeurs et des retraités, cette première journée de grève dans les IEG montre la voie. Car pour stopper ce gouvernement et imposer une sortie de l'électricité du marché de l'énergie, la gratuité des Watts vitaux, ou des services publics gratuits et sous contrôle ouvrier, il faut un plan, loin des négociations à Matignon, qui rassemble les colères, et qui organise les travailleurs à la base, à la hauteur des enjeux.

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