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« Nous répondrons à chaque intimidation » : à Saint-Denis, le lycée Paul Eluard mobilisé contre la répression

Thu, 24 Sep 2026 19:20:24 CEST

Révolution Permanente

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Au lycée Paul Éluard, à Saint-Denis, la nouvelle direction voudrait interdire la dénonciation des conditions indignes de rentrée pour les élèves et personnels. Une tentative d'intimidation à laquelle les personnels ont répondu par la solidarité.

À Paul Eluard, comme ailleurs dans l'éducation nationale, la rentrée scolaire se fait sous le signe de la répression. La nouvelle direction, connue pour ses méthodes managériales brutales mises en oeuvre dans le lycée Mozart au Blanc-Mesnil, semble décidée en effet à interdire la dénonciation des conditions indignes de travail et d'accueil des élèves en cette rentrée.

En début de semaine dernière, c'est à ce titre qu'elle convoque un AED, lui reprochant une intervention publique sur le sujet. Cette tentative d'intimidation n'est pas passée auprès de ses collègues : une trentaine d'entre eux, réunis en délégation, sont allés demander des comptes à la direction, avant qu'une assemblée générale ne reconduise par communiqué le message suivant.

Nous dénonçons fermement la convocation, hors de tout cadre, de notre collègue AED qui consistait ni plus ni moins qu'à une tentative de nous empêcher de dénoncer tout cela publiquement. Nous lui apportons toute notre solidarité et tenons à rappeler que les conditions matérielles de cette rentrée au lycée Paul Éluard sont déplorables, et qu'il relève du droit de chaque personnel à le faire savoir publiquement […]. Nous répondrons collectivement à chaque tentative d'intimidation et pour exiger de meilleurs conditions d'études pour les élèves.

Des conditions de travail et d'accueil indignes

Plus gros lycée de Saint-Denis avec près de 2 000 élèves, Paul Éluard entame en effet l'année sur trois fronts qui, mis bout à bout, dessinent une rentrée indigne : un chantier colossal toujours pas sécurisé, des moyens en chute libre et un pôle médico-social presque inexistant. Si des travaux étaient attendus depuis longtemps, le chantier, organisé sans concertation avec les personnels de l'établissement, devrait s'étaler sur plusieurs années, au prix d'une énorme dégradation des conditions d'étude et de travail.

Les préfabriqués, mal isolés et pour lesquels, à quelques jours de la rentrée, la commission de sécurité avait rendu un avis défavorable, pour des raisons de sécurité incendie, se transforment en étuves depuis la rentrée – et l'on peut déjà anticiper l'inverse en hiver, dans des structures aussi peu isolées du froid que de la chaleur. Plus largement, ce sont tous les espaces de vie qui ont disparu : plus de foyer pour les élèves, une cour et un CDI réduits à la portion congrue, plus de bureau pour les psychologues scolaires…

À cette dégradation des conditions matérielles s'est ajoutée une baisse sèche des moyens pour l'enseignement. Le lycée a perdu au global près de 74 heures d'autonomie de dotation horaire par rapport à l'an dernier, auxquelles s'ajoutent près de 180 heures supplémentaires en moins. Concrètement, ce sont des classes qui restent surchargées faute de pouvoir être dédoublées, des options ou des dispositifs d'accompagnement qui ne pourront plus être assurés, et de moins en moins de marge pour remplacer un·e enseignant·e absent·e. À terme, ce sont des postes entiers qui sautent, dans la continuité des suppressions de postes engagées au niveau national ces dernières années.

Dernier aspect de cette dégradation : le pôle médico-social de l'établissement, avec seulement une infirmière pour deux postes et zéro assistante sociale. Pour un lycée de 2 000 élèves, cela revient à un accompagnement médico-social quasi inexistant. Dans un des départements les plus pauvres de France, il s'agit pourtant d'un maillon essentiel pour des élèves confrontés à des situations sociales et familiales difficiles, à des violences, à des problèmes de logement ou de précarité. Sans infirmière ni assistante sociale disponibles, ce sont les enseignant·es et la vie scolaire qui sont en première ligne, dans l'urgence et sans les moyens ni la formation pour cela, du suivi d'élèves quelquefois en détresse.

Une nouvelle direction connue pour ses méthodes brutales

Les méthodes brutalisantes appliquées au lycée Mozart du Blanc-Mesnil, précédente affectation de la direction nommée depuis cette année à Paul Éluard, indiquent sans doute ce qui attend les personnels, parents d'élèves et élèves du lycée dyonisien. Nommé par les hautes autorités académiques pour répondre à un scénario fantasmatique selon lequel il aurait fallu mettre fin à la « culture d'établissement » d'un lycée présenté comme « ingérable » après que plusieurs journées de grève aient été organisé contre les différentes réforme Blanquer, le proviseur avait mené une politique de confrontation violente avec le corps enseignant et les parents d'élèves.

Dans un communiqué publié par l'intersyndicale du 93 le 5 mai 2023, celle-ci dénonçait :

Depuis la rentrée 2021, rien ne va plus au lycée Mozart. Nos organisations syndicales n'ont eu de cesse d'alerter l'Éducation nationale à tous les échelons sur le management par le stress et l'intimidation mis en place par le proviseur depuis son arrivée et sur l'extrême souffrance des personnels qui en résulte. Le doute n'est plus permis : le lycée Mozart est le paradigme de la francetélécomisation qui vient. L'an passé, déjà, la visite du CHSCTD du 19 mai avait révélé un fonctionnement hautement maltraitant. Mais les préconisations votées par cette instance paritaire ont été foulées aux pieds par le proviseur dès la rentrée 2022. À la faveur de la mobilisation récente des personnels et des parents d'élèves face à la mise en danger manifeste que génèrent les agissements du chef d'établissement aux dépens des élèves et des personnels – une plainte a été déposée par les élu·es des parents à l'encontre du proviseur et un signalement au procureur de la République a été rédigé par plusieurs personnels du lycée –, de nombreux articles de presse ont détaillé par le menu un système de terreur qui broie les collègues les un·es après les autres et les confine dans un état de détresse qui laisse présager le pire.

La réponse des personnels du lycée Paul Éluard et la solidarité affichée cette semaine montrent la voie à suivre. Alors que leur dénonciation de conditions de travail indignes fait écho à une situation plus large dans l'éducation nationale, durement frappée par l'austérité et la répression, la date du 29 septembre prochain, appelée par l'ensemble de la fonction publique, mais aussi certains secteurs du monde du travail, des raffineurs aux travailleurs de la RATP, doit constituer une nouvelle occasion d'exprimer la colère.

Crédits photo : Makarov932, CC BY-SA 4.0

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