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« En amphis, des mecs parlent des VSS qu'ils ont commises » : témoignages du sexisme en Maths à Lyon 1

Thu, 24 Sep 2026 22:27:41 CEST

Révolution Permanente

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Depuis plusieurs années, la licence de mathématiques de Lyon 1 est de plus en plus sélective, avec un taux de passage d'environ 20%. Au manque d'accompagnement et aux partiels finaux avec des moyennes à 5/20, s'ajoute un sexisme systémique, au sujet duquel témoignent les étudiantes.

À Lyon 1, la licence de mathématiques compte cent personnes, dont seulement dix étudiantes. Au niveau national, celles-ci ne représentent pas plus d'un tiers des effectifs des licences de maths, et moins de 23% des effectifs des départements de recherche en maths. Et le climat de ces filières est très sexiste : cette situation se dégrade d'ailleurs d'année en année, la récente réforme du bac renforçant des choix d'orientation « traditionnellement genrés ». Par exemple, selon une étude, en terminale générale en 2024, seulement la moitié des filles suivent un enseignement de maths (mais 70% des garçons).

Nous avons récolté des témoignages de plusieurs étudiantes ayant suivi la licence de maths de Lyon 1 entre 2022 et 2026.

« En L3 de mathématiques je me sentais mal, pas valorisée et je faisais face à un manque d'attention et d'écoute profond. À côté de cela, les individus masculinisés faisaient preuve d'un trop plein de confiance en leurs capacités et d'une sorte de mépris. Certains allaient jusqu'à faire preuve d'attitudes très hostiles envers des camarades, allant jusqu'au harcèlement de certain·es. Parmi cela des regards moqueurs, intrusifs et menaçants, persistants. Affichant attitude et propos sexistes et masculinistes par la même occasion. De la présence majoritaire d'enseignants masculinisés découlait une ambiance très peu propice à la valorisation des filles. Les enseignants masculinisés ignoraient l'ambiance et agissaient avec désinvolture, ne prenant pas au sérieux les témoignages des étudiantes notamment. »

« J'étais en L3 Maths générales, il y a quelques années. Le premier jour de cours, on nous a dit qu'on ne serait que 20% à passer en Master. Ça m'a fait un choc, et j'ai planifié de travailler énormément. Je vivais chez ma famille, mais c'était dur comme situation. Je voulais vite finir mes études puis prendre mon logement. Je savais que si je redoublais, j'abandonnais les études. En mars, je me suis rendue compte que j'avais une maladie causée par le stress. Je dormais en cours, et je n'ai pas eu d'accompagnement spécifique de l'université.

À l'inverse, certains profs et étudiants se moquaient plutôt que je dorme. À l'exception d'une prof de CM et de quelques vacataires de TD, tous les profs sont des hommes. Quand je posais des questions sur les cours, j'étais pas toujours prise au sérieux, et ça me donnait l'impression que personne ne pensait que j'étais capable de poursuivre dans les maths. Il y avait aussi certains groupes de mecs qui passaient le matin et checkaient tout le monde sauf les meufs. En amphi, c'est même arrivé que des groupes de mecs parlent entre eux d'agressions sexuelles qu'ils avaient commises en soirée. Et à peine 10min plus tard, le prof te demande de faire passer les feuilles, honnêtement t'as même pas envie de te retourner.

Je ne sais même pas comment j'ai fait mais par chance, j'ai validé mon année. Je suis allée dans un Master appliqué et pas de recherche, parce que j'étais trop à bout. Honnêtement, je garde des souvenirs horribles de cette année, et ce sont des situations malheureusement trop répandues. À bas le patriarcat et le capitalisme ! »

Ces deux témoignages illustrent un phénomène systémique. Depuis plusieurs années, beaucoup d'étudiantes de cette licence se sont dites déprimées, et ont arrêté la licence et leurs rêves d'avenir. La majorité ont dû passer des rattrapages ou n'ont pas pu valider l'année à cause de ce cadre masculiniste et machiste.

De manière générale, l'université est un cadre qui perpétue ces violences sexistes. Par exemple, la présidence de l'université Gustave Eiffel, en région lyonnaise, a licencié une doctorante ayant fait un signalement pour dénoncer le harcèlement sexiste et sexuel de son directeur de thèse. Les cadres de médiation ont moins de poids dans les décisions que les présidences d'université et les enseignants en place depuis des années. De plus, ces cadres subissent des coupes budgétaires massives, et sont en sous-effectif. A l'INSA de Lyon, plus de la moitié des personnels de cette cellule sont en arrêt, ce qui ne permet pas une gestion correcte des VSS, particulièrement fréquentes lors des semaines d'intégration des écoles d'ingénieurs.

Les comportements masculinistes ne font qu'augmenter via l'idéologie « incel », comme la rappelle l'attentat de juin dernier à Montréal. Cette idéologie est totalement encouragée par les classes dirigeantes, qui cherchent à renforcer des visions patriarcales et traditionnelles en vue de permettre un « réarmement démographique », et de pousser les hommes à s'engager dans l'armée.

Avec Le Poing Levé et Du Pain et des Roses, nous défendons l'augmentation des moyens dans les facs pour stopper ces harcèlements sexistes, mais aussi leur gestion par des instances indépendantes des présidences, et nous serons mobilisées le 28 septembre lors de la journée mondiale du droit à l'IVG, qui recule dans de nombreux pays.

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