Carburant : pour baisser les prix, il faut exproprier TotalEnergies !
Thu, 24 Sep 2026 23:29:53 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa flambée des prix du carburant aggrave la crise sociale et nourrit une profonde colère. Fébrile, le gouvernement cherche à gagner du temps et balance des miettes pour nous enfumer. Pour faire baisser durablement les prix, il faut réquisitionner les profits et exproprier TotalÉnergies !

La crise sociale s'invite en cette rentrée alors que la flambée des prix du carburant se poursuit, jusqu'à frôler les 3 euros le litre dans certaines stations en Alsace. [1] Une mine d'or pour les spéculateurs et les profiteurs de guerre comme Total.
En effet, tandis que 85 % de la population déclarent subir directement la hausse des prix du carburant, dont 46 % fortement, Total, le premier groupe pétrolier français, ne connaît pas la crise. Entre le pétrole brut et la pompe, de nombreuses étapes permettent aux grands groupes de dégager des marges : raffinage, transport, stockage, distribution, négoce. Présent à tous ces niveaux, le groupe a réalisé plus de 11 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre. Autant d'échelons où le géant pétrolier peut jouer sur les prix et, notamment en cas de baisse des taxes, gonfler ses profits. [2]
Dans le pays, la colère continue de monter et commence à s'exprimer. Selon un sondage, 62 % des Français désignent désormais l'État comme premier responsable de la hausse des prix du carburant, soit 17 points de plus qu'en mars. Dans le même temps, 66 % se déclarent favorables à un retour des Gilets jaunes. Un scénario que redoutent particulièrement les classes dominantes.
Dans ce contexte, un appel au 17 octobre a émergé tandis que des mobilisations encore embryonnaires se développent dans différents secteurs, notamment dans certaines fractions du petit patronat comme les pêcheurs, mais aussi au sein du mouvement ouvrier, avec la grève nationale des énergéticiens face à la casse de leurs acquis et les mobilisations contre les licenciements chez Sodexo et Renault Flins.
Mais la colère autour du prix du carburant dépasse largement la seule question de la pompe. Elle s'inscrit dans une aggravation de la crise sociale au moment même où l'exécutif vient d'annoncer une nouvelle offensive austéritaire de 54 milliards d'euros pour son budget 2027, qui vise directement le monde du travail et la jeunesse. Derrière la flambée des prix se dessine ainsi une colère plus large face à une politique qui fait une nouvelle fois peser le coût de la crise sur les travailleurs et les classes populaires.
Face à la possibilité que la crise sociale ne s'exprime dans la rue, le gouvernement fait de la protection des intérêts de Total sa priorité numéro un, comme le confessait avec honnêté Serge Papin, ministre des PME et du Commerce : « Je n'ai pas envie d'embêter Total ». Pour ne « pas embêter » Pouyanné, l'exécutif a mis sur pied une double stratégie. Premièremment, faire diversion : le 18 septembre, Emmanuel Macron attribuait ainsi les niveaux des prix à la pompe « intégralement aux guerres » plutôt qu'aux pratiques spéculatives de Total. Deuxièmement, lâcher des miettes pour gagner du temps et tenter de canaliser la colère : le gouvernement a ainsi proposé de nouvelles « aides » dérisoires qui ne changeront rien à l'aggravation de la crise pour les travailleurs.
Mais la défense inconditionnelle de Total n'appartient pas qu'au gouvernement. Elle est devenue l'exercice incontournable pour les différents candidats à la présidentielle. Derrière ses appels à baisser les taxes sur les carburants, le RN refuse sans surprise de s'en prendre aux profits des grands groupes capitalistes. Sa proposition de baisse de la TVA s'inscrit dans une logique de contrepartie austéritaire et raciste. Lorsqu'il est question du groupe pétrolier, Jean-Philippe Tanguy pouvait ainsi saluer en 2022 une « grande entreprise française dirigée par des patriotes » et vanter « l'efficacité et la performance » de ses dirigeants. Il s'agit ainsi de détourner la colère vers une bataille « anti-taxe », compatible avec l'austérité, comme l'illustre son plan de 125 milliards d'euros d'économie, et de défendre coûte que coûte les intérêts du patronat.
Du côté de la gauche, LFI défend bien la nécessité de faire baisser les prix du carburant, notamment par le blocage des marges de Total. Mais sur la question de la propriété du groupe, Mélenchon s'oppose à une nationalisation, y compris par l'État. Face à Fabien Roussel, il affirme ainsi que « Total défend ses intérêts capitalistes, nous défendons les intérêts du peuple français, il doit bien y avoir moyen de trouver une solution », tout en rejetant une « nationalisation punitive ». En d'autres termes, il s'agit de faire pression sur Total pour réduire ses marges, mais sans remettre la propriété et le contrôle privés de l'entreprise. Une inflexion notable par rapport à ses positions de 2022 lorsque son programme présidentiel prévoyait la nationalisation de Total et qui s'inscrit dans la continuité de ses appels du pied à trouver un « compromis » avec le patronat.
Pour faire réellement baisser les prix à la pompe, il ne suffit pas de s'attaquer seulement à la TVA. L'exemple de l'Allemagne le montre bien. Alors que le prix du diesel a dépassé les 3 euros le litre dans certaines stations, notamment dans le Bade-Wurtemberg, le gouvernement allemand a annoncé une baisse de 14 centimes par litre de la taxe sur les carburants, soit environ 17 centimes en incluant la TVA. Une remise dérisoire qui ne garantit pas à elle seule une baisse durable des prix. Pour faire baisser durablement les prix, il faut donc s'attaquer directement aux profits des groupes pétroliers.
Seule la réquisition des profits et l'expropriation de Total permettraient de s'attaquer directement à cette mécanique et de garantir une baisse durable des prix, comme le revendiquaient des travailleurs de l'entreprise en avril en défendant comme mesure d'urgence de baisser le prix du carburant à 1,5€ le litre. Tant que Total reste la propriété d'une minorité capitaliste, le groupe conserve la maîtrise de ses activités et peut dissimuler ses marges et ses profits. Il faut donc ouvrir les comptes de l'entreprise pour faire toute la lumière sur l'ensemble de ses opérations et de ses bénéfices. Exproprier Total permettrait d'en finir avec un fonctionnement fondé sur la recherche du profit, celui d'une entreprise qui exploite à l'échelle internationale et pille notamment les ressources en Afrique. Il ne s'agirait pas de transférer simplement l'entreprise à l'État, mais de la placer sous le contrôle des travailleurs et de la population, sans indemnités ni rachats.
C'est ce que défend Anasse Kazib, candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, dans sa réponse à Mélenchon, en affirmant qu'« il faut s'attaquer aux profits de Total et pas seulement aux taxes ». Il défend une nationalisation « sans indemnités ni rachat et en plaçant l'entreprise sous contrôle des travailleurs », jusqu'à poser la perspective de « l'expropriation de Total et des groupes stratégiques ». Remettre en cause la propriété capitaliste, notamment celle de TotalEnergies et des groupes stratégiques de l'énergie, permettrait de remettre en cause le pouvoir patronal sur nos conditions d'existence, pour pouvoir manger à notre faim et nous déplacer, ne serait-ce que pour travailler. Ce serait aussi un moyen de s'attaquer à la domination des multinationales et à leur pouvoir sur nos vies.
[1] Un nouveau pic qui s'inscrit dans un contexte international convulsif marqué par l'affrontement entre les Houthis et l'Arabie Saoudite au Yémen, qui s'est soldé par la fermeture des voies de contournement d'Ormuz où le trafic est extrêmement ralenti du fait de la poursuite de la guerre de Trump contre l'Iran, et par le bellicisme des États européens qui ont donné leur feu vert aux attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes.
[2] En plus de spéculer sur les marchés mondiaux, en revendant à la hausse ses réserves, le géant français tente de capitaliser sur la guerre en Iran en se repositionnant en Syrie, potentiel point névralgique du transit terrestre du pétrole qui ne peut plus passer par Ormuz : une perspective de profits colossaux que Pouyanné érige en objectif stratégique pour l'entreprise.
Capture d'écran franceinfo.