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Repas à 1€ : les personnels des CROUS en grève nationale contre le manque de moyens

Wed, 23 Sep 2026 11:01:38 CEST

Révolution Permanente

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Alors que la généralisation du repas à un euro s'est faite à moyens constants, une grève nationale avait lieu ce mardi dans les CROUS. Un mouvement d'ampleur qui met en lumière le chantage du gouvernement sur cette mesure et la précarité des salariés du CROUS.

Depuis la rentrée, la même scène se répète devant les restaurants universitaires de France : des files d'attente interminables, parfois de plusieurs dizaines de minutes, pour un repas censé être accessible à tous en quelques instants. Cette situation a poussé ce mardi 22 septembre les personnels des CROUS à se mettre massivement en grève, à l'appel de la CFDT et de FO, pour dénoncer des « sous-effectifs chroniques », des « cadences infernales » et du matériel « insuffisant ou inadapté ». Pour de nombreux étudiants, cette attente interminable se traduit très concrètement par un renoncement pur et simple à se restaurer : faute de temps entre deux cours, beaucoup repartent sans avoir mangé, alors que la précarité alimentaire dans la jeunesse est déjà structurelle, avec près d'un tiers des étudiants qui déclarent sauter régulièrement des repas faute de moyens.

Un mouvement qui a paralysé une bonne partie du réseau

La grève a rencontré un écho important sur l'ensemble du territoire. Dans les académies de Toulouse-Occitanie et de Lille-Nord-de-Calais, deux tiers des restaurants universitaires étaient fermés faute de personnels suffisants pour assurer le service. Au CROUS de Rennes-Bretagne, seuls trois restaurants sont restés ouverts pour toute la journée. Une mobilisation qui traduit un ras-le-bol après des mois d'alerte des syndicats sur la dégradation des conditions de travail.

Derrière ces chiffres, les personnels témoignent de leur épuisement face à des conditions déjà très difficiles et aujourd'hui exacerbées par l'absence de moyens. Une travailleuse d'une cafétéria du CROUS de Paris raconte en ce sens : « Les gens pleurent, moi-même quand je travaillais dans la préparation de commande c'était horrible, il y a des bacs à remplir, à vider, à transférer, c'est lourd. Maintenant j'ai mal aux genoux et aux épaules, je ne peux même plus rester debout. Parce qu'on n'est pas assez nombreux. On est détruits par le travail, on gagne le SMIC, moi mon ancienneté elle a été réduite par mon arrêt maladie. Je ne gagne rien. » Un témoignage qui résume les deux revendications au cœur de la grève : l'embauche de personnels en nombre suffisant pour absorber l'afflux d'étudiants, et une augmentation générale des salaires.

Sans moyens nécessaires, le gouvernement empêche les étudiants d'accéder au repas à un euro

Cette situation catastrophique n'a rien d'une fatalité. La généralisation du repas à un euro à l'ensemble des étudiants, entrée en vigueur le 4 mai dernier après avoir été réservée aux seuls boursiers, résulte d'un accord passé entre le gouvernement et les députés socialistes pour obtenir le vote du budget 2026 et sauver le gouvernement Lecornu, pour un coût alors estimé à 90 millions d'euros.

Ainsi, ce chaos n'est pas un accident logistique mais a été sciemment organisé par le gouvernement. Dès janvier 2025, alors que la proposition de loi n'était même pas encore votée, FO-ESR alertait déjà le ministère sur l'impossibilité d'appliquer la mesure à moyens constants. En février 2025, la CGT réitérait cet avertissement, pointant l'absence de locaux adaptés et l'impossibilité de recruter sans financement supplémentaire. Rien n'y a fait : le gouvernement a doté la généralisation d'une enveloppe de seulement 50 millions d'euros, quand le coût réel de la mesure était déjà estimé entre 90 et 116 millions d'euros par an en régime de croisière. Un sous-financement délibéré, que le gouvernement a laissé pourrir pendant des mois malgré la multiplication des alertes syndicales et une première grève nationale dès avril 2026, avec la complicité du Parti socialiste, qui ne cherchait dans cet accord qu'une mesure symbolique lui permettant de justifier son soutien à un budget d'austérité historique, sans jamais exiger les moyens nécessaires à son application réelle.

C'est dans ce contexte que l'annonce de Philippe Baptiste, portant l'enveloppe à 143 millions d'euros pour 2027, prend tout son sens. Le ministre a lui-même averti que ce financement reste entièrement conditionné au vote du projet de loi de finances par le Parlement, projet qui contient par ailleurs des attaques budgétaires d'une tout autre ampleur contre l'ensemble des services publics. Une manière à peine voilée de transformer les étudiants en variable d'ajustement dans les négociations budgétaires avec les différentes forces parlementaires, en conditionnant leur accès à un repas décent au vote d'un budget d'austérité plus large. Pire encore, le ministre a laissé planer la menace d'une remise en cause pure et simple du dispositif si la situation actuelle perdurait, un chantage à peine dissimulé qui révèle la fonction réelle de ce sous-financement organisé : fabriquer les conditions du chaos pour mieux justifier, demain, l'arrêt de la mesure elle-même, sous couvert d'un prétendu échec.

Cette même logique se retrouve dans le discours qui commence à se répandre, cherchant à faire porter la responsabilité de cette catastrophe logistique, non pas sur le manque de moyens, mais sur la mesure elle-même. L'argument consiste à expliquer que la généralisation du repas à un euro pénaliserait en réalité les étudiants boursiers, qui ne pourraient plus y accéder à cause de l'afflux d'étudiants non-boursiers venus en profiter. Un raisonnement qui masque la véritable ligne de fracture : ce ne sont pas les étudiants qui sont responsables de cette situation, mais bien le gouvernement d'un côté, qui refuse de mettre les moyens nécessaires en face d'une mesure dont il se targue pourtant du succès, et le PS de l'autre, qui a validé cet accord au rabais en échange du vote du budget, sans jamais s'assurer qu'il soit financé à la hauteur des besoins réels et en acceptant les attaques qu'il contenait.

Étudiants et personnels, un même combat

Opposé à cette politique d'absence de moyen pour organiser le repas à un euros pour tous.tes, Le Poing Levé dénonce une mesure qui transfère sur les étudiants et les personnels du CROUS le coût de son sous-financement. Comme le résume Lisa Magand, élue pour Le Poing Levé au CROUS de Saint-Denis et au CNOUS, « Il faut que les étudiants et les personnels du CROUS se battent côte à côte contre le gouvernement et le chantage qu'il commence à organiser autour du repas à un euro, afin d'en garantir l'effectivité par un investissement massif. Nous exigeons l'installation en urgence d'infrastructures et la construction de restaurants universitaires et de cafétérias capables d'accueillir tous les étudiants, l'embauche massive de personnels, la titularisation de tous les contractuels et la revalorisation générale de tous les salaires ».

Cette grève du 22 septembre dessine les contours d'un combat commun entre étudiants et personnels du CROUS, appelé à se poursuivre et à s'amplifier dans les semaines à venir. Elle doit d'abord préparer la grève du 29 septembre, qui devra permettre de faire converger les colères et l'ensemble des secteurs attaqués : des étudiants étrangers menacés par “Bienvenue en France” et la suppression des APL, aux travailleurs de tous les services publics étouffés par les coupes budgétaires, ainsi que l'ensemble des classes populaires frappées par l'inflation et la hausse du carburant.

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