Italie : Meloni veut limiter le nombre d'élèves étrangers à l'école et y interdire le voile intégral
Wed, 23 Sep 2026 12:19:44 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ un an des législatives de 2027, Meloni veut interdire la burqa et le niqab à l'école, plafonner le nombre d'élèves étrangers par classe et imposer l'apprentissage de l'italien à certains parents étrangers. Une nouvelle offensive raciste, alors que l'extrême droite italienne se radicalise sur sa droite.

Dimanche 20 septembre, devant une assemblée de « Jeunesse Nationale » - la section jeunesse de Fratelli d'Italia - réunie à Rome à l'occasion du Fenix, un événement organisé par le mouvement, Giorgia Meloni a annoncé l'arrivée prochaine en conseil des ministres d'un texte interdisant le port de la burqa et du niqab à l'école. Le texte prévoit également d'instaurer un plafond légal d'élèves étrangers par classe - une mesure qui inscrirait dans la loi une circulaire de 2010, jamais réellement appliquée, qui limitait déjà à 30 % la part d'élèves non italiens par classe. S'y ajoute l'obligation, pour les parents d'élèves étrangers en difficulté scolaire, d'apprendre l'italien.
Ces mesures racistes et islamophobes annoncées par le gouvernement italien n'ont rien d'anodin. À un an des législatives de 2027, Giorgia Meloni est concurrencée sur sa droite par Roberto Vannacci, l'ex-général devenu président du parti Futuro Nazionale, crédité de 8% dans les sondages, davantage que la Ligue de Salvini. Le politiste Lorenzo Castellani, issu de la droite libérale et spécialiste des droites italienne, explique que Vannacci a imposé dans le débat le mot d'ordre de la « remigration », emprunté aux identitaires français et popularisé par le néonazi autrichien Martin Sellner, et toute la coalition au pouvoir se retrouve entraînée dans une course à la radicalité pour ne pas se faire déborder.
Ce même week-end, Matteo Salvini - leader de la Ligue - a organisé un rassemblement à Pontida et a fait monter sur scène des militantes du collectif identitaire français Némésis, vêtues de voiles intégraux qu'elles ont ensuite arrachés en criant « Liberté, liberté », action censée dénoncer une prétendue « menace islamiste » et s'inscrivant dans les actions islamophobes et réactionnaires déjà menées par les militantes identitaires, notamment lors de la marche anti-migrants de Londres ce mai dernier. Pour couronner le tout, ce week-end le vice premier ministre Antonio Tajani explique publiquement préférer pour son fils une épouse aux jupes « plus longues », bien plus « fiable » qu'une femme « séduisante », Vannacci renchérissant en disant préférer les femmes « sans jupe du tout ». Comme toujours, l'hypocrisie est cinglante : les mêmes qui exigent d'interdire le voile au nom de la « parité » et de la lutte contre l'oppression des femmes passent leur temps à dicter ce que les femmes doivent porter.
Une offensive raciste qui dépasse largement les frontières italiennes
La volonté de limiter la présence des élèves étrangers à l'école fait écho à une politique similaire menée en France dans l'enseignement supérieur, où la logique de « préférence nationale » s'applique aux étudiants étrangers hors Union Européenne depuis le plan « Bienvenue en France » de 2018 : leurs frais d'inscription ont été multipliés par seize (2 895 € en licence, 3 941 € en master, contre environ 180 € pour les étudiants français). De nombreuses universités contournaient jusqu'ici la mesure en exonérant ces étudiants, une pratique que le ministère chercherait désormais à interdire, forçant l'application stricte du dispositif.
En parallèle, un décret entré en vigueur le 1er juillet 2026 a supprimé les APL pour 100 000 étudiants étrangers non boursiers, sur les 315 000 étudiants « extra-communautaires » que compte la France, dont 97 % n'ont de toute façon pas accès à une bourse.
Derrière des mesures différentes - quotas d'élèves étrangers en Italie, hausse des frais d'inscription et restriction des aides en France - se dessine une même logique de mise à l'écart des populations étrangères, notamment dans l'accès à l'éducation.
Sur l'interdiction du voile, le Rassemblement national défend lui aussi, depuis 2012, un projet d'interdire le voile, mais bien dans l'intégralité de l'espace public - y compris dans la rue elle-même -, mesure remise au cœur de son programme pour 2027. Marine Le Pen a parallèlement affirmé qu'« après le poison de l'antisémitisme, c'est l'homophobie qui se diffuse dans nos écoles » et que « la cause principale est la même : l'islamisme », appelant à « combattre frontalement toutes les formes de haine ». Une posture indécente de défenseur de droits que le RN a toujours combattus - comme quand il s'est vigoureusement opposé au mariage pour tous lors de son adoption en 2013 - qui cherche par cette manœuvre à désigner les musulmans comme principaux adversaires.
Face au projet du RN, la quasi-totalité de l'échiquier politique a défendu la liberté de conscience, tel Gabriel Attal, responsable pourtant direct de l'interdiction de l'abaya à l'école en 2023 et fait contrôler les tenues des lycéennes musulmanes à l'entrée des cours. Un précédent sur lequel le RN s'appuie pour justifier sa propre surenchère, tout comme sur l'ensemble de l'arsenal visant les personnes musulmanes qu'ont construit les gouvernements successifs ; de l'affaire des foulards de Creil en 1989 à la loi de 2004, puis de la loi « séparatisme » de 2021 à l'interdiction de l'abaya.
Et ces offensives islamophobes se répandent dans plusieurs pays d'Europe. Le 1er septembre en Autriche est entré en vigueur une loi interdisant le port du voile à l'école pour les filles de moins de 14 ans. Une mesure votée en décembre 2025 par la coalition ÖVP-SPÖ-NEOS avec le soutien décisif du parti d'extrême droite FPÖ, qui la juge d'ailleurs encore trop timide et réclame une interdiction généralisée, y compris pour les enseignantes. Le dispositif prévoit des entretiens obligatoires, puis une amende pouvant atteindre 800 euros.
Face à cette loi, la jeunesse autrichienne s'organise : la Jeunesse socialiste et la jeunesse du SPÖ appellent à une « grève scolaire » le 9 octobre, sur le modèle des mobilisations lycéennes contre la conscription qui avaient rassemblé des milliers de jeunes en Allemagne l'année précédente.
Une nouvelle grève scolaire doit également avoir lieu en Allemagne le 25 octobre prochain dans le contexte des victoires électorales récentes de l'AFD. Des mouvements qui montrent qu'une partie de la jeunesse européenne refuse de se laisser diviser par ces politiques racistes.
Face à l'ampleur des attaques, il y a donc urgence à opposer une riposte large contre l'islamophobie, en lien avec le mouvement féministe et les mobilisations de la jeunesse. La mobilisation de la jeunesse autrichienne, et les « grèves scolaires » allemandes, montre que les étudiants peuvent être à l'avant-garde de la lutte, tout comme les comités d'action qui se montent partout dans les universités en France pour construire la mobilisation contre la politique de « Bienvenue en France ».
En Italie aussi, alors que le gouvernement Meloni prépare de nouvelles mesures contre les populations étrangères et musulmanes, la riposte devra se construire dans la rue, en lien avec les luttes de la jeunesse et du monde du travail. Elle pourra notamment s'appuyer sur l'expérience du mouvement « Blocchiamo Tutto » de l'automne dernier, qui a vu dockers, enseignants, travailleurs de plusieurs secteurs ensemble dans la rue contre le génocide en Palestine.