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Révolution Permanente, ennemi public numéro Point

Wed, 23 Sep 2026 23:06:12 CEST

Révolution Permanente

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Christophe Bourseiller est un véritable couteau suisse : à lui tout seul, il est « comédien, enseignant, producteur et animateur de radio, romancier, écrivain et journaliste ». Il serait hors de propos de traiter, ici, de la profondeur de son jeu d'acteur ou de la richesse de son style romanesque. Niveau journalistique, en revanche, c'est très léger. En témoigne son dernier papier dans Le Point.

Le gouvernement Lecornu travaille à interdire les réseaux sociaux aux enfants. Peut-être devrait-il revoir ses priorités en matière de protection numérique pour cibler une population autrement plus vulnérable : les éditorialistes. La chronique de Christophe Bourseiller, parue la semaine dernière dans Le Point, résonne en tout cas comme un véritable appel à l'aide.

En cette séquence pré-électorale, Le Point l'a sollicité pour traiter de la « montée des extrêmes ». Dans ses ordres de priorités, néanmoins, aucune considération sur le RN et ses fréquentations policières à Carcassonne, ni sur les propos de sa patronne à propos des « étrangers » et des logements sociaux, pas davantage que sur les pratiques particulières de certains élus marinistes en matière d'indemnités parlementaires. Il est vrai que Bourseiller considère les Le Pen comme « une famille française » (titre de son dernier essai, très flatteur pour la fille et flagorneur à l'égard du père). On l'aura compris : l'extrémisme, le vrai péril que Christophe Bourseiller veut combattre, se situe à l'opposé de l'échiquier politique. Cette semaine, c'est donc nous, Révolution Permanente, qui servons d'amuse-gueule.

Qu'il la désigne comme « ultra », « radicale », « marxiste », « trotskyste », « subversive » ou, tout simplement, « dangereuse », la gauche, c'est le fonds de commerce éditorial de Christophe Bourseiller. C'est à ce titre, notamment, qu'il intervient sur les plateaux télé et dans les journaux où il émarge. On était donc en droit d'attendre de ce fin érudit une lecture affûtée du péril que nous représentons, plus encore au moment où un eurodéputé du RN évoque notre dissolution. Mais la coïncidence calendaire entre cette demande pressante de l'extrême droite et la publication de cette chronique dans Le Point est sans doute absolument fortuite. Force est de constater, cependant, que malgré (ou en raison de) tous les titres de « spécialiste de la mouvance révolutionnaire » dont il se prévaut, Christophe Bourseiller a bien mal ficelé son papier.

Selon notre journaliste spécialiste de l'extrême gauche, il y aurait tout d'abord ce que RP ferait mal ou ne ferait pas : « pas de journal » (premier quotidien numérique d'extrême gauche) ; « quasiment pas de tracts » (des dizaines de milliers rien qu'en cette rentrée) ; et, surtout, « pas assez de lecture » (plusieurs livres publiés dans l'année par nos militant·es et une jeune maison d'édition au catalogue déjà bien fourni). Au point que nos camarades ne sauraient même pas qu'ils font partie d'une organisation trotskyste. Bourseiller, qui se présente volontiers comme un « ancien militant » (revenu de tout, cela va sans dire), nous propose donc, grand seigneur, quelques astuces pour relever le niveau : plus de papier et moins d'Insta, voire quelques titres qu'il nous faudrait nous procurer pour garnir notre bibliothèque militante, à commencer par le Programme de transition – dont nous avons publié en 2021, ce qui a là encore malencontreusement échappé à notre spécialiste, une réédition... Merci, Christophe !

Et puis, toujours selon Bourseiller, il y a ce que Révolution Permanente ferait trop ou serait trop : trop « woke », bien entendu ; trop « fort en gueule », du côté de nos porte-parole, que l'on verrait trop souvent à la télé ; et trop liée à ce mystérieux Courant Révolution Permanente-Quatrième Internationale, auquel est affilié le PTS d'Argentine, qui ne pèserait pas grand-chose, mais suffisamment tout de même pour figurer dans la fiche signalétique policière un peu comique qui tient lieu de chronique. Il est probable que Christophe Bourseiller n'a jamais approfondi les quelques propos de Lénine sur la façon dont les révolutionnaire se doivent d'articuler leur militantisme sur leur lieu de travail, d'étude ou de vie, avec la dénonciation de toutes les oppressions qui pèsent sur notre camp social. Il semblerait également que Bourseiller digère mal que quelques camarades un peu en vue réussissent à tenir la dragée haute aux porte-voix du patronat sur les chaînes d'info en continu, leur disent leurs quatre vérités et, accessoirement, militent pour que s'organisent de façon indépendante le monde du travail et la jeunesse, sur des bases internationalistes et anti-impérialistes. Pour ce qui est du PTS, enfin, sans doute Christophe Bourseiller pourra-t-il échanger à ce sujet avec Javier Milei, le président d'extrême droite d'Argentine qui sera bientôt à Paris, invité par Macron, pour la « facho week » de la capitale. Milei, en effet, n'en revient toujours pas : comment Myriam Bregman, une « fort en gueule », trotskyste et femme de surcroît, peut-elle représenter, de l'autre côté de l'Atlantique, la personnalité politique la plus appréciée de l'opinion publique argentine et la principale opposante du pouvoir en place ?

L'article de Bourseiller semble avoir pour source principale une séance de doomscrolling compulsionnelle sur Instagram et TikTok, complétée par des éléments historiographiques chinés sur Le Bon Coin. Sur France Inter, le spécialiste animait jusqu'à il y a peu une chronique intitulée « Ce monde me rend fou ». Autant de signaux de détresse qui indiquent l'urgence de prendre des mesures drastiques en termes de protection numérique des éditorialistes. Pas d'écran après minuit, ni après l'apéro.

Raccourcis, inexactitudes, amalgames et contre-vérités : l'article du Point, c'est la marque de fabrique de Bourseiller. Sa façon, sensationnaliste, de vendre du grand frisson à un lectorat affolé par tous les fléaux qui guettent le pays. C'est donc avec d'autant plus de sérieux que nous prenons bonne note des conseils-lecture de Christophe Bourseiller, que nous veillerons à lui envoyer nos tracts à son bureau au Point ou à la Tour pointue, et que nous l'invitons à suivre, dans nos colonnes ici, ou là, nos activités dans les prochaines semaines : avec la promesse de faire tout notre possible, dans les luttes et les manifs, mais également avec la candidature d'Anasse Kazib à la présidentielle, pour continuer de lui donner quelques sueurs froides, motifs de préoccupation et un peu d'inquiétude, à lui comme à son lectorat et à ses parrains du patronat.

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