Billet. Carburants : le gouvernement nous crache dessus et appelle ça une « aide »
Tue, 22 Sep 2026 20:48:23 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'original100 euros pour les « grands rouleurs », 80 euros pour certaines infirmières, une prime carburant facultative : voilà ce que le gouvernement présente comme des « aides » face à l'explosion des prix. Des miettes présentées comme un cadeau, pendant que les profits et les milliards pour les entreprises et l'armée continuent de couler à flots.

La colère monte partout dans le pays : le prix du carburant explose, l'alimentation devient toujours plus chère et, pour des millions de personnes, pour pouvoir travailler, il faut payer toujours plus cher le droit de se rendre au travail. Face à cette colère, le gouvernement répond par quelques miettes, soigneusement emballées sous le nom d'« aides ».
Alors, les revoilà à nous vendre des « solutions » face à la crise et nous expliquer que « ce conflit, nous ne l'avons pas choisi mais nous choisissons de faire face ensemble avec les entreprises et les travailleurs », selon Maud Bregeon. Une belle formule d'« union nationale » qui cherche surtout à faire taire la colère en nous faisant croire que nous aurions les mêmes intérêts que les grands patrons.
Pourtant, il suffit de regarder ce que le gouvernement fait pour voir comment il considère réellement les travailleurs et les plus précaires, pendant qu'il continue de multiplier les cadeaux aux entreprises. Il y a quelques jours à peine, Lecornu annonçait un budget 2027 prévoyant plus de 54 milliards d'euros d'économies, qui frapperont directement les travailleurs, les malades, les retraités, la jeunesse. Et dans le même temps, une baisse de la surtaxe sur les bénéfices des plus grandes entreprises et une hausse de 6,4 milliards d'euros des crédits militaires. Une petite différence de traitement, donc, entre « les entreprises et les travailleurs ».
Les annonces de cet après-midi sont à la hauteur du mépris affiché par le gouvernement : tellement dérisoires face à la colère et à la précarité vécues par l'immense majorité de la population qu'elles en deviennent indécentes. Derrière les « d'aides ciblées » - entendez : réduites à presque rien — se cache la justification toute trouvée : « nous ne serons jamais le gouvernement qui promet d'une main pour reprendre de l'autre ». Logique, puisqu'il nous prend déjà tout.
D'abord, le plafond de la prime carburant, aide défiscalisée que les employeurs peuvent choisir d'accorder à leurs salariés, va passer de 600 à 1 000 euros. Peu importe qu'elle soit laissée au bon vouloir des employeurs et qu'elle ne constitue donc en rien un droit pour les travailleurs : le gouvernement peut ainsi la présenter comme une aide supplémentaire, sans avoir à imposer quoi que ce soit au patronat.
Il a aussi annoncé la reconduction jusqu'à la fin de l'année des aides destinées aux secteurs du BTP et de l'agriculture, avec 20 centimes d'euro par litre de GNR pour le BTP et 15 centimes pour l'agriculture. Pour les pêcheurs, l'aide sera indexée, mais dans la limite du maximum imposé par Bruxelles.
Et puis il y a le fameux « bonus territoire ruralité » : 80 euros pour les seuls infirmiers libéraux parcourant plus de 100 kilomètres par jour. 80 euros, c'est-à-dire à peu près rien qui se rajoute au salaire de misère de la profession, après qu'elle ait vécu l'enfer cet été en pleine canicule, dans un système de santé que les gouvernements détruisent méthodiquement, et alors même que l'État vient d'annoncer 6,5 milliards d'euros de coupes dans la Sécurité sociale pour 2027. Il fallait oser.
Surtout, la mesure principale serait cette aide aux « grands rouleurs », prolongée jusqu'à la fin de l'année, dont le nombre de bénéficiaires potentiels doit passer de 3 à 5,5 millions de personnes. Une aide de 100 euros, « l'équivalent de 40 centimes par litre de carburant pour deux mois en moyenne ». Une miette face aux dépenses contraintes qui étranglent des millions de travailleurs, utilisée comme cache-misère.
Un ensemble de mesures qui coûte environ 450 millions d'euros, disent-ils, comme s'il s'agissait d'un cadeau (mais précisant eux-mêmes que cette dépense ne modifie pas l'enveloppe de 1,4 milliard d'euros déjà été estimée pour faire face à la crise, et avouant qu'elle n'est donc pas vraiment un nouvel effort à la hauteur de la situation).
Mais multipliez ce montant par 469 et vous aurez le montant des cadeaux faits annuellement au patronat. Ou rajoutez un zéro et vous aurez une idée de combien d'argent sera mis dans l'armée jusqu'en 2030, toujours sur notre dos.
Parce que, bien loin du « lien direct » entre la guerre et le prix que paient les travailleurs à la pompe comme l'a encore dit Roland Lescure, Total, comme d'autres grands groupes, a allègrement profité de la désorganisation du marché pétrolier pour réaliser des milliards de bénéfices. Parce que ce qu'oublie de mentionner le ministre, c'est qu'entre le pétrole extrait et celui que nous achetons à la station-service, il y a le raffinage, le transport, le stockage, le négoce et la distribution, c'est-à-dire autant d'étapes sur lesquelles les groupes pétroliers peuvent spéculer pour empocher un maximum, de nos poches aux leurs. Voilà aussi, le fameux « lien direct », celui dont le ministre oublie mystérieusement de parler.
Et ça, leur amendement sur la « règle d'or » concernant le surplus de recettes fiscales ne viendra jamais y toucher.
Nous mentant donc droit dans les yeux une fois de plus, David Amiel, le ministre de l'Action et des Comptes publics, a quand même eu l'audace d'expliquer que « nous avons au fond deux adversaires dans cette crise : l'immobilisme et le mensonge ».
Nous pouvons en tout cas lui répondre que nous, d'adversaire, nous n'en avons qu'un : l'ensemble de la bourgeoisie qui s'enrichit sur notre dos. Et c'est contre elle qu'il faut construire un rapport de force suffisant pour imposer l'indexation des salaires sur l'inflation, le plafonnement du prix des hydrocarbures. Surtout, il faut s'attaquer au principal responsable, Total, en exigeant sa nationalisation sous contrôle ouvrier, pour que ses prix puissent être drastiquement abaissés et que ses profits servent les besoins de la société plutôt que les poches d'une poignée de grands actionnaires.