Les bibliothécaires de Marseille en grève contre « un mauvais service public et une grande souffrance au travail »
Tue, 22 Sep 2026 21:03:26 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes bibliothécaires de Marseille ont démarré un mouvement de grève pour dénoncer l'austérité et les choix politiques du Printemps Marseillais qui font payer la crises aux travailleur·euses. Un mouvement qui montre le chemin pour s'opposer à la casse des services publics, alors que Lecornu présentera son projet de budget 2027 dans quelques jours.

Ce samedi 19 septembre, de nombreux bibliothécaires de la ville de Marseille ont organisé un piquet de grève, devant la bibliothèque municipale de l'Alcazar, pour dénoncer l'austérité. Cette journée de grève réunissait les travailleur·euses de quatre bibliothèques marseillaises : Salim Hatubou, Le Merlan, Bonneveine et l'Alcazar. Cette journée coïncidant avec les Journées du Patrimoine, la direction des bibliothèques a absolument tenu à maintenir l'Alcazar ouverte, en tentant de contourner le mouvement de colère. Grâce à la détermination et l'organisation des grévistes, les quatre bibliothèques sont restées fermées.
Cette mobilisation vient marquer un « ras-le-bol » des bibliothécaires qui font face à d'importants manques de moyens pour faire fonctionner les lieux d'accueil. En premier lieu, les équipes font face à un sous-effectif organisé par Gaudin puis maintenu sous le mandat de Benoît Payan. Révolution Permanente a recueilli le témoignage de Géraldine, travailleuse depuis plusieurs années à l'Alcazar : « Il y a eu 90 départs à la retraite prévus sur cinq ans . » alors Benoît Payan avait annoncé recruter « 50 personnes par an, pendant trois ans » et finalement « Ils en ont recruté 40 la première année, puis après, plus rien ». Ainsi, le sous-effectif devient la norme, faisant bondir la surcharge de travail pour les bibliothécaires.
Il faut ajouter à cela un manque de moyens dû au contexte d'austérité qui pèse sur les travailleur·euses et les usager·e·s de ces lieux culturels qui subissent les déprogrammations, des commandes de nouveaux livres reportées à février 2027, des problèmes de clim… Les travailleur·euses parlent également de moisissures non traitées qui attaquent les livres « rares et précieux » en développant des champignons. Une situation qui met la santé des bibliothécaires en danger, et qui tend à s'amplifier avec le réchauffement climatique.
Cette situation catastrophique n'est pas le fruit du hasard. Inès, bibliothécaire, se montre très critique de Payan. Elle nous affirme que cette situation survient car « ce sont des choix politiques ». Elle reproche notamment la politique sécuritaire du maire marseillais au détriment des services publics : « Pour nous, y'a plus d'argents, mais ils ont embauché 200 policiers municipaux. On en a marre du répressif ». De plus, de nombreux grévistes, que ce soit sur une pancarte ou dans les discussions, reprochent au maire tous les moyens mis dans les évènements de « l'Été marseillais », au service du tourisme et au détriment de la culture quotidienne. Géraldine appuie : « C'est la même que Gaudin ». Pour elle, Payan fait preuve d'hypocrisie en affirmant mettre des moyens pour au final, laisser les bibliothèques en danger. Elle finit par partager : « Il y a quelques années, Payan était venu sur un piquet en disant qu'il nous soutenait… on voit le résultat ». Cette image de Payan soutien de la culture ne tient pas. La grève dans les bibliothèques permet de révéler la vraie nature de la politique du maire, qui préfère se lancer dans la surenchère sécuritaire sur le terrain de l'extrême-droite, afin de pacifier Marseille et en faire une ville au service de la bourgeoisie et du tourisme. L'adjoint au maire, Julien Harounyan, prévoit ainsi d'atteindre les 7 millions de touristes à Marseille, illustrant bien les priorités de la mairie.
Cette politique du Printemps Marseillais s'inscrit dans un contexte national austéritaire qui laisse présager de plus grosses attaques avec le budget 2027. En réponse, la CGT a posé un préavis pour tout le mois de septembre et ce samedi 19 septembre était un temps fort d'expression de la colère des bibliothécaires. Par ailleurs, cette même colère n'a pas pu être neutralisée par le syndicat FO qui a tenté de freiner le mouvement. Amélie, bibliothécaire et syndiquée à la CGT nous le dit clairement : « FO, ils sont avec la direction, ça change pas depuis Gaudin. »
Face à ces attaques, il est primordial de répondre par le bas, en s'organisant sur les lieux de travail et il faudra aller plus loin qu'une journée de grève. Les bibliothécaires s'en rendent bien compte et discutent déjà de rejoindre la date de grève de la fonction publique du 29 septembre : pour réellement peser et obtenir des victoires, le mouvement doit converger avec d'autres secteurs à l'image des bibliothécaires de la mairie de Toulouse l'année dernière. Cette date doit être une première marche pour aller vers la création d'un mouvement qui revendique l'augmentation des moyens pour les services publics, mais aussi leur fonctionnement sous contrôle des travailleur·euses, afin de les sortir des mains des politiciens professionnels qui nous font payer la crise. Plutôt que de continuer à enrichir le patronat avec 270 milliards d'euros d'aides publiques annuelles, cet argent doit servir à garantir des plans d'embauche massifs dans la fonction publique, des bonnes conditions de travail, et la titularisation de tous·tes les contractuel·les.
Crédit photo : Révolution Permanente