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Mobilisation réussie contre le permis de tuer : un point d'appui pour lutter contre l'impunité policière

Tue, 22 Sep 2026 00:27:08 CEST

Révolution Permanente

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Ce dimanche 20 septembre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Paris, Toulouse, Marseille et d'autres villes de France contre la proposition de loi qui instaure une présomption de légitimie défense pour les tirs policiers. Une première journée réussie qui doit servir de point d'appui pour construire une riposte plus large face aux offensives racistes de l'État.

« Zyed, Bouna, Nahel et Adama, on n'oublie pas, on ne pardonne pas ! » Ce dimanche 20 septembre, les rues de Paris, Toulouse, Marseille ou encore Lyon se sont remplies de slogans contre les violences policières. À l'appel de Stop aux violences d'État (SAVE), du Comité Vérité pour Adama, de La France insoumise et d'autres organisations, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé pour exiger le retrait de la loi dite « permis de tuer », qui devrait être discutée au Sénat à l'automne. La manifestation parisienne, au départ de la place de la République, s'est ouverte sur une conférence de presse des organisateurs. Au micro, Samia El Khalfaoui, de l'association SAVE, a résumé le nouveau danger mortel que fait peser cette proposition de loi : « Avec cette loi, le tir d'un policier sera considéré de fait comme légitime, il n'y aura plus d'enquête, plus de témoins. C'est une loi raciste contre laquelle il faut faire front ! »

Adoptée en première lecture à l'Assemblée début juillet, la proposition de loi prévoit en effet que tout tir d'un policier ou d'un gendarme soit présumé légal. La charge de la preuve s'inverse : ce ne sera plus à l'État de démontrer que l'usage de l'arme était nécessaire et proportionné, mais aux victimes et à leurs proches de prouver le contraire. Aujourd'hui déjà, obtenir justice relève du parcours du combattant. Demain, ce pourrait devenir impossible. Plus de 730 000 personnes avaient signé la pétition contre le texte, que l'Assemblée a choisi d'enterrer sans débat.

De la loi Cazeneuve au « permis de tuer n° 2 », abroger toutes les lois de l'arsenal sécuritaire !

Dans les cortèges, nombreux sont ceux qui rappellent que ce texte ne tombe pas du ciel. « Le permis de tuer renforce une première loi mise en place par le PS en 2017, qui a fait de nombreux morts. On se bat pour que chaque vie compte, mais eux se battent pour retirer la vie », a lancé Assa Traoré. Portée par Bernard Cazeneuve sous François Hollande, la loi de 2017 avait élargi les possibilités de tir, notamment en cas de refus d'obtempérer comme l'a rappelé Mathilde Panot. « La macronie se déshonore en courant derrière l'extrême droite. Nous resterons mobilisés pour dire qu'en République il ne peut pas y avoir d'organisation d'impunité policière, qu'il ne peut y avoir une catégorie de citoyens qui a le droit de vie et de mort sur d'autres citoyens » a-t-elle ajouté. Depuis la loi Cazeneuve, les tirs mortels contre des occupants de véhicules ont en effet été multipliés par cinq : au moins trente-cinq personnes ont été tuées dans ce type d'intervention, selon les chiffres repris par la LDH et Amnesty International. Le Parti socialiste avait beau s'afficher dans la manifestation, c'est bien sous un gouvernement socialiste qu'a été posée la première pierre de ce permis de tuer.

En tête de cortège, les familles de victimes ont porté la colère de toute la manifestation. Mounia, la mère de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre en 2023, a pris la parole : « Je ne lâcherai rien pour mon fils. Tous les jours, je pense à la balle qui a traversé son cœur. Justice pour lui et toutes les victimes : on ne peut pas accepter cette loi qui tue nos enfants. » Christophe Sinnan, gendre de Claude Jean-Pierre, tué par la police en 2020, a de son côté rappelé l'histoire longue de cette violence : « Le permis de tuer, on ne le connaît que trop bien en Guadeloupe. La France a toujours tué dans les colonies, qui sont le laboratoire de la répression avec les quartiers populaires. »

À leurs côtés se trouvaient les proches de nombreuses autres victimes de la violence d'État : Adama Traoré, Souheil El Khalfaoui, Olivio Gomes, Gaye Camara. Tous ont subi la même brutalité judiciaire : des procédures interminables pour parvenir à des classements sans suite ou à des non-lieux. En février dernier encore, la Cour de cassation confirmait le non-lieu pour les gendarmes impliqués dans la mort d'Adama Traoré.

Les premières cibles de cette loi sont connues. « Cette loi va cibler ceux qui sont déjà victimes de la police, les jeunes issus des quartiers populaires. Carcassonne a montré que les crimes policiers sont des crimes racistes », dénonce Tayeb Khouira, secrétaire national de Solidaires. Il y a à peine quelques semaines, une vidéo publiée par Midi Libre documentait le racisme totalement assumé de la police et ses conséquences meurtrières : le même policier épinglé pour ses propos dans la vidéo était présent lors d'une violente interpellation en juin dernier, qui a conduit à la mort de Youssef.

Pour Elsa Marcel, avocate, élue au conseil municipal de Saint-Denis et militante à Révolution Permanente, le constat est clair : « Cette loi abominable répond à une tendance de fond de la situation, avec la construction de tout un arsenal sécuritaire qui est venu renforcer les pouvoirs de répression. Ces lois sont directement venues répondre aux exigences réactionnaires des syndicats de police. Le nouveau permis de tuer XXL est une revendication historique du Rassemblement National. »

Ce texte s'inscrit dans une fuite en avant que la campagne présidentielle ne fait qu'accélérer. Retailleau appelle à militariser les quartiers, le RN veut interdire le voile dans l'espace public. Pendant ce temps, les gouvernements successifs ont intégré l'état d'urgence au droit commun, multiplié les dissolutions d'organisations d'opposition et restreint le droit de manifester. Derrière les quartiers populaires, c'est l'ensemble de celles et ceux qui contestent l'ordre social qui sont visés.

Placer la lutte contre les violences d'État au cœur des prochaines mobilisations

Pour gagner, la lutte contre les violences d'État ne peut pas rester isolée. C'est le sens de l'intervention d'Anasse Kazib, porte-parole de Révolution Permanente et candidat à l'élection présidentielle, dans le cortège de Révolution Permanente : « On ne peut pas lutter contre la loi permis de tuer numéro 2 sans lutter contre la loi Cazeneuve de 2017 et toutes les lois sécuritaires. Le mouvement ouvrier devrait se saisir de ce combat, alors que la colère sociale gronde à l'approche du 29 septembre et du 17 octobre. » Il a salué l'exemple des travailleurs de Radio France, dont la grève a permis d'empêcher l'arrivée d'un chroniqueur d'extrême droite sur l'antenne : « Les journalistes de Radio France ont fait reculer Charles Sapin de Valeurs actuelles : c'est une école de guerre pour montrer que lorsqu'on se met en grève, on est capable de faire reculer l'extrême droite. »

Des mots d'ordre que Révolution Permanente a porté dans son cortège parisien ainsi que dans de nombreuses villes en France, comme à Marseille et à Toulouse.

La réussite de ce 20 septembre doit servir de point d'appui. Les étudiants mobilisés le 29 septembre contre « Bienvenue en France » et la menace sur les APL, les fonctionnaires en grève ce même jour contre le gel du point d'indice de leurs salaires et tous ceux qui seront prêts à se mobiliser le 17 octobre contre la hausse des prix des carburants font face au même gouvernement qui arme sa police. Alors que le texte arrive au Sénat en octobre, il faudra une mobilisation d'ampleur, indépendante des institutions qui produisent et protègent les violences policières, pour arracher son retrait et l'abrogation de toutes les lois racistes et sécuritaires.

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