Mayotte : à la Cité du Nord, enseignants et parents se mobilisent contre des conditions indignes
Tue, 22 Sep 2026 21:34:57 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le 31 août, le personnel et les parents d'élèves de la cité éducative d'Acoua au nord de Mayotte se mobilisent pour dénoncer les conditions matérielles et humaines catastrophiques dans leur établissement scolaire. Une mobilisation qui rappelle les conséquences de la gestion coloniale près de deux ans après le cyclone Chido sur le système éducatif de l'île.

Lancée par plusieurs syndicats - CGT Educ'action, SUD Education, SNES-FSU - , le groupe « La voix des sans voix » et le « collectif des parents responsables pour la dignité », le lycée de la Cité du Nord reste fermé jusqu'à nouvel ordre. Au cœur des revendications, le sort réservé aux élèves de seconde. Alors que le lycée censé accueillir 900 élèves en accueille près de 2 300, le rectorat a décidé de gonfler les effectifs de 25 à plus de 30 élèves par classe. Une décision inacceptable selon le personnel et les parents d'élèves qui dénoncent plus globalement les conditions catastrophiques des enfants scolarisés. En effet, les salles de classes sont exiguës et sans ventilateur, les sanitaires sont endommagés et largement insuffisants pour les 2 300 élèves. L'absence de service de restauration est également au cœur des revendications, de nombreux élèves se levant entre 4 et 5h du matin pour pouvoir aller jusqu'au lycée et terminent la journée le ventre vide faute de service accessible.
Alors que la rectrice s'est déplacée par deux fois, elle a annoncé sur le court terme la création de 4 pré-fabriqués et 11 salles modulaires d'ici la rentrée 2027. Des mesurettes jugées insuffisantes par Sud Éducation, le SNES-FSU, la CGT Education et La Voix des sans-voix qui ont décidé de maintenir la mobilisation.
Ces revendications s'inscrivent dans un contexte plus général de gestion coloniale de l'île de Mayotte par la France dont la jeunesse en paie le prix fort. Alors que plus de 50% de la population a moins de 18 ans, 15 000 d'entre eux ne sont pas scolarisés, faute d'investissement massif dans le secteur éducatif et de pratiques racistes et discriminantes contre l'inscription des enfants de parents rendus étrangers et largement documentés par le Défenseur des droit et la Cour des comptes. La restauration scolaire est par ailleurs inexistante dans la majorité des établissements scolaires de l'île où seulement 1 enfant sur 5 dans le secondaire bénéficie d'un repas chaud, tout comme l'accès à l'eau potable qui amène règulièrement les écoles à fermer. La présence de forces de répression sur l'ensemble de l'île et aux abords des établissements scolaires pousse également les élèves à se lever très tôt le matin par peur de subir un contrôle d'identité et de risquer d'être interpellé et placé en centre de rétention administrative comme les milliers d'enfants placés chaque année depuis le CRA de Pamandzi.
Des conditions abominables largement aggravées par le passage du cyclone Chido en décembre 2024 et la gestion sécuritaire et répressive qui a suivi. Près de 40% des établissements scolaires de l'île ont été détruits et plus de la moitié des salles de classes ont été largement touchées. La rentrée scolaire qui a suivi le cyclone a donné lieu à plusieurs mobilisations de familles lors d'une dizaine d'opérations de blocage, contestant notamment les conditions matérielles et les dizaines de suppressions de poste. Plusieurs syndicats avaient alerté sur la situation catastrophique en insistant sur le fait que « Mayotte est devenu un cauchemar éducatif sans précédent [...] l'inacceptable est devenue la norme » -> https://www.mayottehebdo.com/actualite/breves/le-systeme-scolaire-a-bout-de-souffle-greve-reconductible-a-partir-du-30-septembre/ ]. La loi de Refondation de Mayotte votée après Chido a alloué la majorité du budget aux enjeux militaires, sécuritaires et répressifs de l'île tandis que les investissements liés à l'éducation ne couvrerait même pas 30% des besoins et moins de 10% pour la construction de logements largement détruits pendant le cyclone.
Selon Hugo, enseignant en Petite-Terre et interrogé par Révolution Permanente, la situation au Nord n'est pas un cas isolé : « le lycée du Nord est le seul établissement qui se mobilise mais ça concerne tous les établissements de l'île. Cette année en Petite Terre nous avons des problèmes de salles qui sont saturées. Nous avons aussi des problèmes d'effectif dans notre établissement mais nous sommes majoritairement des contractuels, la crainte de se mobiliser est plus importante qu'au Nord où la majorité sont titulaires avec un ancrage syndical plus fort. Aussi, cette année, la situation est similaire à avant Chido mais s'est aggravée : nous accueillons plus de 2 000 élèves dans un établissement ne peut en accueillir à peine 1000. Nous n'avons toujours pas de cantines, il n'y a rien qui bouge, on normalise des choses qui ne sont pas normales ! ». Les élèves ont également pu dénoncer leur conditions l'année dernière en insistant sur le fait qu' « On peut avoir une cinquantaine de personnes dans une salle de classe, mais il n'y a pas assez de chaises, alors on doit courir partout dans les bâtiments pour en chercher ».
Face au cauchemar éducatif que vivent les élèves et le personnel enseignant à Mayotte, il apparaît fondamental d'élargir la mobilisation du lycée du Nord à l'ensemble des établissements scolaires de l'île qui subissent les conséquences directes de la gestion coloniale par la France de l'île. Plus largement, cette mobilisation est indissociable du combat contre l'offensive austéritaire menée par le gouvernement à l'échelle nationale et il est urgent d'exiger des embauches massives et un investissement dans la rénovation des écoles et du bâti scolaire, financé par un impôt sur les profits du patronat, en s'appuyant notamment sur les dates de mobilisation du 29 septembre et du 17 octobre prochain. Ces luttes doivent être menées ensemble afin de construire un rapport de force capable de faire reculer l'ensemble de ces politiques, depuis les colonies d'Outre mer et l'hexagone.