Clarebout : une usine menacée de fermeture, 392 emplois sur la sellette
Tue, 22 Sep 2026 22:15:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Mouscron, en Belgique, Clarebout a annoncé le 8 septembre vouloir fermer son usine et menace 392 emplois. Un an après le rachat du groupe par le géant américain J.R. Simplot, les travailleurs sont les premiers à payer le prix de la restructuration.

En début d'après-midi, le 7 septembre, les salariés de l'usine Clarebout de Mouscron reçoivent l'ordre de quitter leurs postes. Sans explication. Des vigiles apparaissent dans la foulée et les accès de l'usine sont cadenassés. Les travailleurs sont renvoyés chez eux sans savoir ce qui vient de se passer. Il faudra attendre le lendemain pour que la direction les réunisse sous un chapiteau installé devant l'usine et leur annonce son projet : réduire progressivement l'activité avant de mettre fin à la production sur le site.
La brutalité de la méthode a suscité la colère des représentants syndicaux. Chems Mabrouk, permanente de la Fédération générale du travail de Belgique, dénonce dans Le Monde une manière de faire qui ajoute « de la violence à la violence ».
L'usine de Mouscron, installée depuis 1988 à la frontière franco-belge, est la plus ancienne du groupe Clarebout. Elle emploie 392 personnes, dont environ 60 % sont françaises. Derrière ce chiffre, ce sont des centaines de familles, mais aussi tout un bassin de travailleurs transfrontaliers qui se retrouvent directement menacés.
392 emplois menacés au nom du marché agroalimentaire
Pour la direction, il s'agit d'adapter les capacités de production à la demande et de réduire les coûts. Clarebout invoque notamment une surcapacité du marché, une concurrence accrue et des coûts plus élevés, et un manque de rentabilité.
La réalité, derrière ce vocabulaire comptable, est que pour préserver la rentabilité du groupe, une direction décide de supprimer des centaines d'emplois. Le marché sert de justification, et les travailleurs doivent en payer le prix.
La fermeture n'est d'ailleurs pas la conséquence de la disparition de l'activité. Clarebout annonce au contraire vouloir poursuivre ses investissements sur ses autres sites. Il s'agit de réorganiser l'appareil productif en décidant quels sites seront développés et lequel sera sacrifié.
Une décision qui intervient seulement un an après le rachat de Clarebout par J.R. Simplot, dont le chiffre d'affaire à dépassé les 11 milliards en 2024. Un an plus tard, les travailleurs découvrent la réalité de ce changement de propriétaire : les décisions concernant leur emploi sont désormais prises dans le cadre d'un groupe international qui organise ses capacités de production à l'échelle mondiale.
Agriculteurs, ouvriers : ceux qui produisent paient le prix de la crise
Alors que la fermeture est présentée comme une nécessité économique car la filière irait mal, les industries de la pomme de terre continuent pourtant à investir. Le groupe Clarebout veut poursuivre ses investissements sur ses autres sites. Il compte cinq usines en Flandre-Orientale, auxquelles s'ajoute son usine de Bourbourg, près de Dunkerque, mise en service en 2023 et employant 470 salariés.
À quelques dizaines de kilomètres de Mouscron, le groupe canadien McCain possède quant à lui deux usines, à Harnes et Béthune, dans le Pas-de-Calais. Il prévoit d'y investir 300 millions d'euros pour moderniser son principal outil de production français.
Le problème n'est donc pas la disparition de l'activité industrielle, mais bien la manière dont les groupes capitalistes organisent et répartissent leurs capacités de production et leurs investissements : certains sites sont développés, d'autres sont sacrifiés. Et dans cette réorganisation, ce sont toujours les travailleurs qui paient.
La menace qui pèse sur Clarebout intervient alors que la filière de la pomme de terre traverse déjà une période difficile. Dans les Hauts-de-France, les agriculteurs doivent faire face aux conséquences de conditions climatiques de plus en plus difficiles. Le Monde rapporte ainsi le témoignage d'un producteur installé à une vingtaine de kilomètres de Mouscron. Il explique que cette année, à cause de la sécheresse, la production de pommes de terre a diminué et aussi que beaucoup sont plus petites et ne correspondent pas au cahier des charges imposé par les industriels. Les producteurs savent donc déjà qu'une partie de leur récolte risque d'être refusée.
La disparition du site vient donc fragiliser davantage une filière déjà mise sous pression par le changement climatique.
Interdire les licenciements, défendre l'emploi
La direction présente la situation comme un problème de marché. Mais le marché ne tombe pas du ciel : ce sont les grands groupes industriels qui décident des investissements, des capacités de production, des sites développés et de ceux qui sont abandonnés. Et c'est toujours les travailleurs qui paient la facture. Les licenciements chez Clarebout s'inscrivent dans une séquence plus large de restructurations industrielles. En France, la CGT avait recensé fin octobre 2025 près de 450 plans de licenciements depuis septembre 2023, représentant plus de 100 000 emplois supprimés ou menacés.
La fermeture de Mouscron n'est pas une fatalité. Les travailleurs n'ont pas à accepter que leur avenir soit décidé dans les bureaux de Clarebout ou de son propriétaire américain. Il faut au contraire imposer une autre logique : revendiquer l'interdiction des licenciements, l'embauche en CDI des travailleurs précaires, ainsi que la mise sous contrôle des travailleurs, seuls à même de contrôler réellement les choix de production et de défendre l'emploi contre les décisions prises au nom du profit, par la construction d'un rapport de force collectif.Pour ça, les travailleurs de Clarebout ont tout à gagner à se coordonner avec les salariés des autres sites du groupe, les travailleurs de l'agroalimentaire et ceux qui, en France comme en Belgique, sont confrontés aux fermetures et aux suppressions d'emplois.