Strasbourg : un premier comité d'action réunit étudiants et travailleurs contre « Bienvenue en France »
Mon, 21 Sep 2026 20:25:22 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalUn comité d'action contre « Bienvenue en France » s'est réuni pour la première fois à Strasbourg lundi 14 septembre en présence d'étudiants, mais aussi de travailleurs de l'université, et même du CROUS. L'occasion d'organiser la colère et la détermination qui s'y sont exprimées pour obtenir des premières victoires.

Ce lundi 14 septembre à l'université de Strasbourg, un premier comité d'action contre la loi « Bienvenue en France » s'est tenu en présence d'une cinquantaine de personnes. Parmi elles, des militants des organisations étudiantes (Poing Levé, FSE et AES, mais aussi le Collectif des Étudiants Extra-communautaires de Strasbourg créé l'an dernier) et des étudiants non organisés de diverses filières, mais aussi des travailleurs de l'université et du CROUS.
L'objectif de ce comité d'action est de s'organiser contre la réforme xénophobe qui prévoit l'augmentation drastique des frais d'inscription pour les étudiants étrangers, après la suppression des APL pour ces mêmes étudiants, le tout dans le climat médiatique raciste de cette rentrée, marqué par le projet d'interdiction du voile du RN. Ce cadre s'est réuni quelques jours après une première initiative contre « Bienvenue en France », avec l'intervention de nos camarades lors de la cérémonie de rentrée, vue près de 900 000 fois sur Instagram. Le lancement du comité vise ainsi à poursuivre l'organisation d'actions de ce type et à construire la mobilisation pour penser des leviers concrets afin de faire reculer la présidence dans l'application de la mesure.
Les discussions ont d'abord porté sur les conséquences de la réforme. Le Collectif des Étudiants Extra-communautaires a rappelé la situation des étudiants qui avaient été incapables de payer leur inscription l'année précédente. Ils n'avaient pas pu se réinscrire pour cette rentrée, ni même reçu de certificat de scolarité ou de relevé de notes. Certains ont perdu leur droit de séjour et ont été expulsés, d'autres ont simplement abandonné leurs études. Les représentants de la CGT-CROUS ont également rappelé l'extrême précarité dans laquelle se trouvent de nombreux étudiants étrangers.
Le débat a également porté sur la possibilité ou non de négocier avec la présidence, à laquelle le comité s'est fermement opposé. Cette même présidence avait, en effet, été pionnière dans l'application de cette loi, alors même qu'elle n'y était pas obligée, et réprime régulièrement la contestation des frais différenciés comme lors de la cérémonie de rentrée. Il n'est donc pas envisageable de compter sur la bonne volonté de la présidence ni sur de simples négociations dans les conseils : il faut à l'inverse construire un rapport de force par la mobilisation pour imposer les revendications du comité.
Les revendications adoptées ont d'ailleurs montré la colère et la détermination des personnes mobilisées, mais aussi la nécessité de s'affronter directement au gouvernement, s'inscrire dans la mobilisation nationale pour revendiquer l'abrogation totale de « Bienvenue en France », l'impression de certificats de scolarité et de relevés de notes pour les étudiants qui n'avaient pas pu payer l'année dernière, et des moyens massifs pour les CROUS et les facultés.
Des interventions ont aussi souligné que cette politique raciste s'inscrit dans un contexte plus général. Elle est d'abord au cœur des politiques néocoloniales de l'impérialisme français : des exonérations pourraient ainsi « être accordées à des étudiants en fonction de leur pays d'origine (à savoir majoritairement les anciennes colonies françaises) en échange d'accords économiques ». C'est également la continuité des politiques d'austérité qui asphyxient l'université et le CROUS. Elles se renforcent au moment même de la suppression des APL pour les étudiants étrangers et du projet d'élargir cette suppression à des centaines de milliers d'étudiants. Enfin, cette hausse des frais pour les étudiants étrangers pourrait ouvrir la voie à une augmentation des frais d'inscription pour l'ensemble des étudiants, comme le propose un récent rapport du Sénat.
Un élément important du comité était la présence de nombreux travailleurs. Plusieurs syndicats étaient mobilisés (Sud éducation, CGT-SNTRS, CGT-CROUS), mais également des travailleurs non syndiqués. Le comité a rapidement décidé de ne pas se restreindre à essayer d'atteindre les étudiants, mais de plutôt chercher à élargir la mobilisation aux travailleurs de l'université, notamment au personnel administratif et aux doctorants, dont plusieurs étaient déjà présents dans le comité.
Cette alliance entre étudiants et travailleurs s'est illustrée le mieux dans la grève des travailleurs du CROUS qui a eu lieu le lendemain (mardi 15 septembre). En effet, le communiqué unitaire impulsé par la CGT exige davantage de moyens pour les restaurants universitaires, aujourd'hui surfréquentés et précarisés après la généralisation du repas à 1 € sans embauche ni budget supplémentaire, mais ne s'y est pas limité. Les grévistes revendiquent également l'abandon des frais différenciés et critiquent la suppression des APL. Ils réclament un investissement massif « dans le service public de l'enseignement supérieur et des œuvres universitaires », le recrutement de nombreux employés et la réquisition des près de 8000 logements vides de Strasbourg pour que les étudiants puissent vivre dans des conditions décentes.
Le comité a donc décidé de se joindre à cette grève, unissant le combat des étudiants extracommunautaires à celui des travailleurs et de l'ensemble des étudiants. Les membres du comité se sont rendus sur le piquet des travailleurs du CROUS, ont animé le rassemblement et tracté avec eux, et sont partis en déambulation au travers de la fac pour inviter étudiants et travailleurs à se mobiliser.
Outre cette mobilisation progressiste, plusieurs actions ont été votées, comme la constitution d'une commission pour enquêter sur les critères, très opaques, sur lesquels les étudiants peuvent se faire exonérer de frais d'inscription. Les étudiants en filières artistiques participants au comité ont décidé de créer des visuels pour mettre en lumière l'hypocrisie de la présidence et les conséquences de l'application de « Bienvenue en France ». L'objectif est ensuite d'organiser des collages dans la fac pour toucher le plus grand nombre d'étudiants et de travailleurs possible.
Un nouveau comité se réunira en fin de semaine, notamment pour préparer la date de mobilisation nationale du 29 septembre, avec l'enjeu d'y faire ressortir l'alliance entre étudiants et travailleurs des facs, mais plus largement du service public. Pour obtenir des victoires, il est décisif d'élargir la mobilisation, nous invitons donc l'ensemble des étudiants, enseignants, personnels de l'Unistra à rejoindre le comité d'action contre « Bienvenue en France » !