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L'Ukraine frappe Moscou : une attaque réactionnaire aux résultats incertains

Mon, 21 Sep 2026 21:12:58 CEST

Révolution Permanente

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L'Ukraine a lancé une offensive aérienne historique contre Moscou qui risque, cependant, de ne produire aucun changement déterminant dans le cours de la guerre et qui forcera difficilement Poutine à céder et à négocier. De leur côté, les puissances de l'UE continuent à représenter l'aile la plus belliciste de la situation.

Une pluie de drones et de missiles lancés par l'armée ukrainienne s'est abattue sur la capitale russe, ce dimanche au petit matin. Une attaque aussi spectaculaire que réactionnaire. Au moins deux personnes ont perdu la vie tandis que l'on dénombre vingt blessés. Des bâtiments civils ont été touchés et une raffinerie au sud de la ville a été ciblée. Au moins 11 villes autour de la capitale ont aussi été bombardées. Selon le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, les défenses aériennes auraient intercepté 450 drones en direction de la ville. Au total, plus de 1000 drones ukrainiens auraient été interceptés dans tout le pays.

Cette offensive a eu lieu le dernier jour des élections législatives en Russie qui se sont déroulées sur trois jours. Bien évidemment, ces élections ne sont qu'un simulacre de démocratie. Cependant, il est très probable que la date n'ait pas été choisie au hasard, car c'est tout un symbole d'attaquer le cœur de la capitale russe le jour même d'une élection nationale.

L'opération s'inscrit également dans un contexte de montée réactionnaire des tensions entre les deux camps. La guerre est entrée dans une nouvelle phase où les bombardements, d'un côté comme de l'autre, visent principalement les infrastructures logistiques et énergétiques, les voies de transport, les ports, mais aussi, et de plus en plus fréquemment, les zones civiles. Comme l'écrivait il y a quelques semaines The New York Times, « environ 70% des stations-service russes ont été à court d'essence ou de diesel le mois dernier, provoquant la pire crise du carburant que le pays ait connue depuis l'effondrement de l'Union soviétique au début des années 1990. (…) L'économie russe ne risque pas de s'effondrer dans l'immédiat, même si la croissance a ralenti jusqu'à frôler la stagnation et que le déficit budgétaire a explosé. Mais les attaques menées en profondeur sur le territoire russe ont donné aux Russes l'impression que la guerre est plus proche que jamais, et les civils russes meurent lors de ces frappes à un rythme jamais atteint depuis le début du conflit. (…) Le nombre de victimes civiles ukrainiennes est plus élevé qu'à tout autre moment depuis les cinq premières semaines de la guerre, et il est bien supérieur à celui des victimes russes ».

En effet, la guerre entre l'Ukraine et la Russie est devenue une guerre de position. Celui qui arrive à tenir dans le temps aura plus de chances de gagner. Asphyxier économiquement l'adversaire devient l'un des objectifs de la guerre, ce qui implique de s'attaquer à des infrastructures civiles. Un saut dans le caractère réactionnaire du conflit. Dans ce contexte, les attaques comme celle de dimanche contre Moscou font davantage souffrir les populations civiles d'un côté comme de l'autre, mais elles sont très loin de pouvoir infliger un coup décisif. Il faut donc s'attendre à d'autres attaques de ce type dans la prochaine période.

Un autre facteur important de la conjoncture touche à l'attitude de plus en plus hostile des dirigeants européens vis-à-vis de la Russie. En effet, les jours précédant l'attaque ukrainienne ont été marqués par des déclarations alarmistes dans plusieurs capitales européennes sur une prochaine attaque russe sur le territoire de l'UE/OTAN. Parmi ces dirigeants, on retrouve bien évidemment Emmanuel Macron, qui a réuni la semaine dernière les chefs des partis d'opposition pour évoquer la « menace russe », entre autres thèmes.

L'UE est politiquement fragmentée. Dans certains pays, la polarisation politique, à droite et à gauche, ne fait que s'accentuer, ce qui met sous pression beaucoup de gouvernements. Désigner un ennemi extérieur peut leur permettre de gagner du temps, voire, comme l'expliquent certains analystes, de discréditer certaines formations politiques de droite dure ou de gauche néoréformiste réputées « proches de la Russie ».

La manipulation des tensions avec la Russie est si évidente que certains dirigeants qui ont représenté pendant des années l'aile la plus russophobe de l'UE tentent de calmer les ardeurs de leurs pairs ouest-européens. The Guardian explique que « les responsables politiques des pays baltes, qui ont pendant de nombreuses années reproché à l'Europe occidentale de faire preuve de laxisme envers la Russie, se retrouvent aujourd'hui dans la situation singulière de devoir demander à certains dirigeants occidentaux de modérer leurs déclarations publiques, craignant que les discours évoquant une invasion imminente ne nuisent à leurs sociétés et à leurs économies ».

Concernant la posture de Poutine face à l'attitude des puissances impérialistes européennes, le même article explique que « Moscou a souvent affirmé que la fourniture d'armes, de renseignements et de conseillers militaires à l'Ukraine faisait des pays occidentaux des participants à la guerre et des cibles légitimes, mais a jusqu'à présent évité toute action susceptible de provoquer une riposte coordonnée de l'OTAN ». Il est assez clair que, pour le moment, le Kremlin cherche à venir à bout de l'Ukraine tout en évitant une confrontation directe avec des membres de l'OTAN. De l'autre côté, l'OTAN est clairement en guerre contre la Russie, mais de façon partiellement indirecte. Tout le monde voit l'escalade en cours, mais face au risque d'un affrontement direct sur le champ de bataille entre l'armée russe et des armées de l'OTAN, les dirigeants européens préféreront sans doute « détourner le regard » en cas de riposte.

Cependant, rien ne dit que cette situation fragile va tenir dans le temps. La question importante n'est pas de savoir si un camp veut attaquer l'autre, mais si un camp peut attaquer l'autre. Les déclarations hostiles, les « incidents » à répétition, le réarmement effréné des puissances européennes, les difficultés auxquelles fait face le Kremlin constituent des facteurs qui nous rapprochent d'une situation très dangereuse pouvant jeter l'Europe et le monde entier dans la catastrophe.

Quant aux États-Unis et à l'administration Trump, leur incapacité à imposer une certaine discipline aux belligérants est frappante. Alors que Trump déclare ouvertement qu'il veut la fin des attaques contre les installations pétrolières d'un côté comme de l'autre, elles continuent (en grande partie parce que les dirigeants européens les encouragent). À ce propos, The Financial Times explique que « lundi dernier, Trump a affirmé que l'Ukraine et la Russie avaient convenu de s'abstenir de frapper leurs installations énergétiques respectives, tout en attribuant la hausse mondiale des prix du diesel à la guerre plutôt qu'à son conflit avec l'Iran. Mais des responsables ukrainiens ont alors déclaré au Financial Times que le président américain s'était avancé et qu'aucun cessez-le-feu n'avait été convenu. (…) Le gazole est devenu un fardeau politique pour le président à l'approche des élections de mi-mandat, car les dégâts causés aux infrastructures énergétiques par sa guerre avec l'Iran et le conflit russo-ukrainien restreignent l'offre, poussant les prix à des niveaux sans précédent aux États-Unis ».

Les échecs internationaux de l'impérialisme étasunien, son recul hégémonique au niveau international ainsi que le « retrait » partiel des États-Unis de la gestion directe de la guerre en Ukraine se traduisent aujourd'hui par un certain affaiblissement de l'autorité de Washington sur ses partenaires et même sur des pays qui sont totalement dépendants, comme l'Ukraine. Tout cela rend la situation plus volatile et rend plus probable qu'elle devienne hors de contrôle pour les dirigeants occidentaux.

Pour la classe ouvrière, la jeunesse et les secteurs populaires, la question centrale n'est pas, en dernière instance, de savoir si la Russie attaquera finalement l'Europe ou des États de l'OTAN. Dans cette situation instable, on ne peut exclure aucun scénario. Celui d'une attaque occidentale contre la Russie non plus. L'enjeu central pour le mouvement ouvrier est de rester lucide sur ses intérêts de classe face aux guerres réactionnaires dans lesquelles ses ennemis de classe veulent l'amener. La guerre en Ukraine a, dès le début, pris la forme d'une guerre opposant deux camps réactionnaires. Ni le camp russe ni le camp ukrainien/atlantiste ne défendent des objectifs progressistes. En outre, comme nous le disons depuis longtemps, les puissances impérialistes européennes utilisent la guerre en Ukraine et la « menace russe » comme un moyen de légitimer leur réarmement accéléré. Elles préparent non seulement des guerres pour les intérêts des capitalistes, mais elles le font surtout en s'attaquant aux conditions de vie de millions de travailleurs, de travailleuses et de leurs familles.

La classe ouvrière, dans toute sa diversité et son ampleur, n'a aucun intérêt à s'aligner derrière les bourgeoisies de leurs pays et leur patriotisme réactionnaire, sous aucun prétexte, y compris dans le cas d'une éventuelle agression extérieure. Les capitalistes font monter les tensions pour ensuite utiliser les travailleurs et leurs enfants comme de la chair à canon, comme on peut le voir en Ukraine même où l'armée mène de véritables chasses à l'homme pour forcer les travailleurs et les jeunes à aller mourir au front. De ce point de vue, la lutte contre le militarisme et l'impérialisme devient une tâche centrale et urgente du mouvement ouvrier, notamment dans les États impérialistes.

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