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50 000 nouveaux licenciements : Volkswagen fait payer la crise de l'automobile aux travailleurs allemands

Mon, 21 Sep 2026 21:20:06 CEST

Révolution Permanente

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Le 3 septembre dernier le conseil de surveillance de Volkswagen a approuvé à l'unanimité, en accord avec le syndicat IG Metall, un plan de licenciement d'une ampleur inédite, actant la suppression de 50 000 emplois supplémentaires. Une attaque inédite contre les travailleurs de l'automobile !

Cette nouvelle vague de licenciements vient doubler un plan annoncé fin 2024, qui prévoyait déjà la suppression de 50 000 emplois, portant le total des suppressions d'emplois à 100 000 postes d'ici 2030, soit environ 15 % des effectifs globaux du premier constructeur automobile européen. Ces annonces s'inscrivent dans un contexte de crise de l'automobile allemande, amorcée, pour Volkswagen, il y a déjà plus d'une décennie, avec la révélation du scandale des moteurs truqués.

La crise de l'automobile en Allemagne

Afin de contourner les normes antipollution en vigueur, entre 2009 et 2015, le constructeur avait en effet installé un logiciel espion truqueur sur près de 11 millions de ses modèles diesel. Entre amendes, rappels des véhicules, frais juridiques et indemnisation des clients, le groupe a dû débourser près de 30 milliards d'euros, entraînant une chute de sa valeur boursière. Entre autres causes, c'est ce scandale qui a poussé, en 2015, VW à opérer un changement stratégique, en investissant massivement dans la production de véhicules électriques. Tout comme l'ensemble de l'industrie automobile allemande, à cette époque.

Historiquement fondé sur l'excellence du moteur thermique et une industrie tournée vers les exportations, notamment en Chine, le modèle économique allemand est en train de chanceler. L'Allemagne ne bénéficie plus de l'énergie à bas coût en provenance de Russie à la suite de la guerre en Ukraine, entraînant une hausse considérable du coût de l'énergie et donc de la production. Elle souffre également d'un retard technologique sur les modèles électriques chinois, plus performants et avec des coûts de production inférieurs de 35 % en moyenne, après des décennies de sous-investissements de la part du patronat et en raison du vieillissement des infrastructures du pays. Cette situation s'est soldée par des pertes de parts de marché importantes, notamment en Chine où l'industrie automobile allemande réalisait près de 40 % de ses bénéfices et où elle a vu ses ventes reculer de 30 % entre 2022 et 2026.

Cette crise, les patrons ont décidé de la faire payer aux travailleurs. Depuis 2019, ce sont près de 145 000 emplois qui ont disparu, dont 42 000 rien que l'année passée. D'ici 2035, les estimations font état de 235 000 emplois supplémentaires supprimés. À la fin de l'année 2024, à la suite des premières annonces de licenciements de VW, la direction d'IG Metall (plus grand syndicat du secteur avec plus de 2 millions de syndiqués en Allemagne) avait organisé deux journées de grève, les 2 et 9 décembre 2024, d'une ampleur historique, 90 % des salariés ayant débrayé : près de 100 000 travailleurs et travailleuses se sont mis en grève de manière simultanée, paralysant pendant quelques heures la production de 9 des 10 principales usines du constructeur.

Si la démonstration était impressionnante et montrait la force potentielle d'une mobilisation de dizaines de milliers de travailleurs en grève contre les licenciements, la direction d'IG Metall n'a pas appelé à la poursuite de la grève. Elle s'est rapidement mise à la table des négociations, insistant sur la nécessité de ne pas rompre le dialogue social avec la direction.

Toute poursuite de la grève irait à l'encontre de la « Sozialpartnerschaft ». Concept bien connu outre-Rhin et issu de l'après-guerre, il vise à présenter les syndicats et le patronat comme des partenaires sociaux. Les syndicats s'engagent ainsi à la fois à défendre les salariés, mais aussi à préserver la viabilité économique de l'entreprise, en collaborant avec la direction. Dans le cas de Volkswagen en 2024, cette pratique des bureaucraties syndicales s'est soldée par un accord entre la direction et les syndicats : les salariés ont dû renoncer à plusieurs primes et investir leur augmentation de salaire de 5,1 % (obtenue quelques mois auparavant lors de négociations entre le syndicat et le groupe VW) dans un fonds de solidarité du groupe, afin de financer eux-mêmes le maintien des emplois. En échange, VW s'engageait à ne fermer aucun site de production avant 2030, proposant plutôt 35 000 départs volontaires dans les usines allemandes.

Une colère diffuse après la trahison d'IG Metall

Si les directions syndicales ont revendiqué cet accord comme une victoire, de nombreuses voix de la base des syndicats se sont élevées pour dénoncer la trahison des bureaucraties. Moins de 2 ans plus tard, c'est un coup de massue pour les travailleurs de VW. Malgré les concessions faites sur leurs salaires, la direction s'apprête à licencier 50 000 personnes d'ici 2030, avec l'aval de la direction d'IG Metall !

La colère gronde chez les salariés, et notamment dans certains secteurs de la centrale syndicale, qui réclament la fin de la Sozialpartnerschaft et l'organisation d'un véritable affrontement avec la direction de l'entreprise. Le mot d'ordre « Ohne Streik wird sich nichts ändern » (« Sans la grève, rien ne changera ») se fait entendre de plus en plus fort. De nombreux délégués syndicaux de terrain ont déjà fait circuler des tribunes réclamant un vrai plan de bataille et la fin des « Scheinproteste », les protestations de façade en français.

Certains vont encore plus loin et critiquent ouvertement le fait que les directions syndicales aient capitulé en 2024 malgré un rapport de force colossal. La confiance entre les bases et les directions syndicales s'étiole de plus en plus et l'accord du 3 septembre dernier pourrait être la trahison de trop pour certains syndiqués. Dans une lettre ouverte adressée à la direction d'IG Metall, le 5 septembre, un délégué syndical de l'usine VW de Braunschweig s'insurge :

Je le dis maintenant aussi clairement que je le ressens aujourd'hui : j'en ai ras le bol. Et je n'écris pas cela en tant qu'observateur extérieur, mais en tant que membre d'IG Metall, en tant que délégué syndical et surtout en tant que collègue qui est chaque jour à l'usine avec les gens et qui voit à quel point la confiance s'est brisée entre les salariés et le syndicat. Ce qui me met vraiment en colère, ce n'est pas seulement ce que fait Volkswagen en ce moment. La direction, je sais qu'elle défend les intérêts de l'entreprise. C'est pour cela qu'il y a un syndicat en face. Mais qu'est-ce que cette partie d'en face est devenue, bordel de merde ?

Le danger mortel des reconversions vers l'industrie de l'armement

Tout en ayant validé l'accord de suppression d'emplois, le 3 septembre dernier, IG Metall appelle les salariés à se mobiliser le 21 septembre prochain, dans le cadre d'une journée de lutte contre les licenciements dans l'automobile. Si cette journée sera sûrement très suivie au regard des dernières annonces, il est presque certain que la direction d'IG Metall n'appellera pas à une autre date de mobilisation.

Dans un communiqué sorti le lendemain de l'accord, Christiane Benner, secrétaire générale d'IG Metall, explique : « Nous voyons les défis auxquels le groupe est confronté et nous sommes prêts à prendre nos responsabilités et à apporter notre contribution. Nous l'avons encore prouvé aujourd'hui. Le vrai travail ne fait que commencer. » Le ton est donné.

Mais ce n'est pas le seul accord approuvé par la direction syndicale. Quatre jours plus tard, le 7 septembre, les directions de VW et d'IG Metall ont annoncé en grande pompe la reprise d'une usine du groupe, à Osnabrück, permettant de préserver 1 400 des 1 800 emplois. Le repreneur n'est autre que la société israélienne Aurelius Capital qui mettra l'usine au service de Rafael Advanced Defense Systems, à l'origine du Dôme de fer, et complice du génocide à Gaza. Ce géant public de l'armement est l'un des trois plus grands groupes militaires israéliens. Il a vu ses marchés exploser ces dernières années, avec un chiffre d'affaires de 5,5 milliards d'euros, en hausse de 21,5 % sur un an, dont près de la moitié de l'activité est réalisée auprès de clients internationaux.

Ce type de reconversion risque de devenir monnaie courante dans les années à venir alors que Merz a annoncé son intention de faire de la Bundeswehr « l'armée conventionnelle la plus puissante du continent » et un plan de réarmement gigantesque de mille milliards d'euros. La coalition au pouvoir et le patronat voient ainsi dans la suspension de la règle d'or constitutionnelle qui limitait auparavant le déficit une double opportunité : pallier la crise de l'industrie automobile allemande en transformant une partie de son industrie automobile en industrie militaire tout en accélérant la remilitarisation du pays.

Derrière la rhétorique du sauvetage de l'emploi, ces reconversions forcées de l'industrie civile en direction de la production militaire posent un danger mortel pour les travailleurs. La militarisation de certaines usines offrirait ainsi au patronat les moyens d'imposer des conditions de travail beaucoup plus dures et d'augmenter le taux d'exploitation de la force de travail à moindre coût, en le justifiant par les impératifs de la sécurité nationale. En outre, les travailleurs allemands du site d'Osnabrück seraient employés au service de la machine de guerre génocidaire de l'État d'Israël et de ses guerres au Moyen-Orient.

En France, l'agenda militariste de Merz et du patronat allemand ne manquera pas d'être instrumentalisé pour justifier une nouvelle augmentation des budgets militaires alors que Lecornu a fait voter une version augmentée de la Loi de programmation militaire. Alors que le désengagement étasunien et la crise stratégique de Trump attisent la rivalité entre la France et l'Allemagne, cette rhétorique nationaliste ne vise qu'à justifier la course à la militarisation dans laquelle la bourgeoisie française s'est engagée elle aussi, afin de défendre ses intérêts réactionnaires sur les cinq continents.

Dans l'usine VW d'Osnabrück, des salariés et syndicalistes d'IG Metall montrent cependant la voie. Ils ont créé le collectif « Zukunftswerk Osnabrück » qui se bat contre les licenciements tout en refusant la reconversion de l'usine en usine d'armement, en agitant le mot d'ordre : « Nous décidons collectivement de ce qui sera fabriqué ici. » Une initiative qui montre la marche à suivre.

Les travailleurs ne doivent pas se laisser bercer d'illusions : la militarisation des entreprises s'accompagnera d'un durcissement significatif des conditions de travail et ne peut que servir de levier pour accélérer la répression et l'offensive contre les droits syndicaux. Face à l'offensive de ces marchands de mort, il faut opposer un programme qui articule le refus du militarisme impérialiste à la lutte pour le maintien de tous les emplois. Si le patronat refuse de répondre aux exigences des travailleurs, nous devons remettre au premier plan la question de qui devrait contrôler la production et mettre les usines sous contrôle ouvrier, en imposant l'expropriation sans indemnités ni rachats des entreprises. Dans le cas des entreprises déjà militarisées, ce programme doit s'accompagner d'une reconversion vers la production civile sous le contrôle des travailleurs.

Crédits photo : Wikipédia

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