« Plan de retour à l'équilibre financier » : Rennes 2 veut faire payer la crise aux étudiants et travailleurs
Mon, 21 Sep 2026 15:03:51 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn juin 2026, la présidence de Rennes 2 a fait passer en conseil d'administration une mise à jour du plan de retour à l'équilibre financier (PREF), visant à appliquer à la lettre les consignes de restrictions budgétaires du gouvernement. Suppression d'enseignements à distance, postes payés à 50% : le plan fait payer la crise budgétaire aux étudiants et aux travailleurs.

Au mois de juin 2026, la présidence de l'université Rennes 2 a fait passer en Conseil d'administration une mise à jour du plan de retour à l'équilibre financier (PREF) de 2024, visant à appliquer à la lettre les consignes de restrictions budgétaires du gouvernement. Pendant le CA, seules les organisations étudiantes et la CGT ont voté contre et ont dénoncé ce plan et ses conséquences drastiques sur les conditions de vie et de travail des étudiants et du personnel.
Ce plan prévoit de limiter les investissements de l'établissement au strict nécessaire, en annulant les dépenses liées au remplacement du matériel défectueux ou abimé, ainsi que celles liées à la modernisation d'une partie du matériel d'enseignement (vidéoprojecteurs, etc.). Il acte également la suppression de la majorité des enseignements à distance (EAD), ce qui attaque directement les étudiants en situation de handicap, qui travaillent ou qui ne parviennent pas à se loger correctement à Rennes, et ne disposant donc souvent d'aucune autre alternative pour suivre leurs cours.
Avec le PREF, la présidence a également décidé de s'attaquer aux travailleurs de l'université. Les postes d'enseignants-chercheurs fonctionnaires sont gelés et sont remplacés par des postes contractuels, qui travaillent souvent dans des conditions précaires. Ainsi, la présidence a décidé de proposer des contrats « à 50% » sur son site de recrutement, appelés « enseignants contractuels LRU », du nom de la loi cadre visant à avancer dans la casse de l'université publique : le candidat doit s'engager à faire le même service d'enseignement qu'un enseignant-chercheur fonctionnaire à temps plein, mais payé comme un mi-temps ! La partie recherche scientifique de l'activité, pourtant essentielle pour passer les concours universitaires menant à un poste d'enseignant-chercheur permanent, est donc considérée comme une activité bénévole pour la présidence de Rennes 2.
Ces nouvelles décisions viennent renforcer une logique d'exploitation d'un personnel sous-payé déjà à l'œuvre à Rennes 2. En effet, dans le cas des licences et des autres filières du 1er cycle, le nombre d'heures d'enseignement demandé est supérieur au nombre d'heures censées être réalisées par les enseignants-chercheurs. Pour compenser, sur l'année 2022-2023, plus de 46 000 heures de service complémentaire avaient dû être réalisées par les agents, ainsi que plus de 54 000 heures de vacations (cours payés à l'heure), d'après les chiffres du document officiel du PREF à Rennes 2. Dans certains départements comme la communication et les arts du spectacle, les vacations et les heures complémentaires représentent plus de la moitié des heures d'enseignement.
Le plan PREF illustre à la perfection les conséquences de la casse de l'université publique menée par les gouvernements successifs. Pourtant bien prévisible, le sous-financement des évolutions de la masse salariale, qui représente pourtant plus de 80% du budget des universités, permet au gouvernement de mettre au pas les universités pour les forcer à y appliquer son projet de transformation néo-libérale.
Comme le disait l'historien Christophe Granger dans un entretien, il y a dix ans, « la logique qui préside à l'organisation des choses universitaires est d'abord celle d'une destruction organisée, les précaires y tiennent un tout autre rôle que celui qu'on imagine d'ordinaire : c'est la multiplication des postes précaires […] qui rend possible la mise en compétition des universités entre elles, et des labos pour les financements, et l'accélération des recherches, et l'appauvrissement concerté des département d'enseignement ».
Cette logique de transformation de l'université se décline localement. La présidence de Rennes 2 cherche par exemple à développer ses ressources propres, c'est-à-dire à développer des activités permettant de dégager un chiffre d'affaires pour combler la part du budget non couvert par l'État. Pour ce faire, elle a créé une « Direction des Partenariats et Projets Stratégiques » afin de développer des liens avec le secteur privé mais aussi répondre aux appels à projets, un outil de pilotage par le haut du ministère. Dans ce cadre, l'emploi précaire devient la condition même de la néo-libéralisation de l'université : si demain l'activité d'un agent n'est plus considérée comme prioritaire pour le ministère ou n'est plus rentable pour l'université, son contrat ne sera pas reconduit.
Face à l'austérité programmée, il faut lutter pour un autre modèle d'université
Face à cela, seul un mouvement qui émane des étudiants et du personnel de l'université sera capable d'inverser la tendance. En ce sens, les comités d'actions contre la loi raciste « Bienvenue en France » qui émergent à Rennes 2 sont un premier pas. En effet, si les frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers n'y sont pas encore appliqués, tout laisse présager que la présidence se pliera aux injonctions du ministère dès l'année prochaine. Ces comités doivent servir à construire des espaces pour structurer une mobilisation à laquelle puisse se joindre la majorité des étudiants et des personnels de la fac.
Dans ces comités, nous ne devons rien attendre de la présidence, qui n'a cessé d'entraver les mobilisations étudiantes ces dernières années, à coups de fermetures administratives du campus ou même d'intervention de la police. Elle a également fait preuve de méthodes de management brutales en refusant de de renouveler le contratd'un délégué syndical SUD qui avait signalé à plusieurs reprises des dysfonctionnements dans son service, comme il en témoignait« la présidence, au lieu de prendre en charge le problème, a décidé de s'en prendre au messager pour mettre la poussière sous le tapis ».
Plus encore, les mobilisations doivent se doter de revendications offensives, qui visent à lutter pour imposer un autre modèle pour l'enseignement supérieur. Nous voulons des universités ouvertes à toutes et tous, peu importe la nationalité, dirigée par les étudiants et les personnels, dont les savoirs sont mis au service des intérêts de la majorité de la population et des enjeux sociétaux actuels. Mais pour permettre à toutes et tous d'accéder à l'université, avec Le Poing Levé nous pensons qu'il faut aussi se battre pour l'instauration d'un revenu étudiant à hauteur du SMIC et financé par les grandes fortunes, l'embauche massive de personnel et l'internalisation de tous les travailleurs de la fac, ainsi mais également la fin des partenariats avec les entreprises privées qui, comme Thalès ou Total, se rendent complices du génocide en Palestine et de la crise climatique.
Crédits photo : Louis Bloque, CC BY 2.0.