Budget 2027 : en traquant les fuites, Lecornu s'attaque au secret des sources
Mon, 21 Sep 2026 19:38:36 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès avoir dû reculer face au tollé provoqué par son projet de taxation de l'épargne salariale, le gouvernement menace désormais de poursuites pénales celles et ceux qui auraient révélé le projet. Alors que sa légitimité s'effondre, l'exécutif s'en prend aux journalistes et tente d'intimider la presse.

Début septembre, Les Échos dévoilait une proposition à l'étude par le gouvernement qui envisageait de soumettre à cotisations une partie de l'épargne salariale. Le tollé provoqué par l'annonce, du côté d'un patronat qui n'est pas prêt à lâcher un centime, a obligé le gouvernement à reculer et Lecornu à affirmer sur X qu'il n'avait « jamais été question de toucher à l'épargne salariale ».
Preuve de la fébrilité du gouvernement, il a également répondu par un signalement à la procureure de la République au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale. Dans un communiqué, Matignon estime en effet que ces fuites sont susceptibles de caractériser un « abus de confiance » ou une « violation du secret professionnel », affirmant que ceux qui s'y prêteraient se placeront « en situation de déloyauté et d'illégalité » et « pourront être poursuivis pénalement ».
En caractérisant, pour justifier sa saisine, la protection du budget comme relevant des « intérêts supérieurs de la Nation », le Premier ministre utilise une notion qui, à l'instar de celle d'« ordre public », est une des armes fétiches de l'exécutif dont l'abstraction et la vacuité permettent au pouvoir de justifier à peu près n'importe quelle offensive répressive.
Mais cette réaction et cet argumentaire doivent se lire à l'aune de l'enjeu que représente la préparation du budget dans le contexte actuel. Face à la détérioration de la situation internationale et à l'accélération de la militarisation, la capacité de l'État à dégager des marges de manœuvre budgétaires conditionne directement sa position dans ce rapport de forces. C'est précisément parce que l'enjeu est crucial et sa légitimité défaillante que la moindre fuite susceptible d'entraver la mécanique budgétaire ne peut plus être tolérée.
L'arsenal pénal devient alors l'outil de sécurisation d'un chantier érigé en priorité par le système en crise, quitte à piétiner au passage certains de ses propres principes formels, comme la liberté de la presse. Le gouvernement a certes pris soin de préciser que ce signalement « ne vise pas la presse », mais il suffit de s'attaquer aux sources pour s'en prendre, de fait, au travail de presse. Derrière les déclarations hypocrites du gouvernement, qui rêve de priver les journalistes de leurs sources, l'avertissement est simple : quiconque viendrait troubler la bonne marche du plan austéritaire du gouvernement risque de se confronter à l'appareil répressif de l'État.
Ce type d'attaque contre la presse, et l'argumentaire qui la sous-tend, n'est pas sans rappeler la réouverture de l'instruction du dossier Disclose cet été, dans lequel la journaliste Ariane Lavrilleux risque une mise en examen pour violation du « secret-défense » du fait des révélations contenues dans les Egypt papers. Dans cette affaire aussi, l'État n'hésite pas à sortir les armes pour réprimer un travail journalistique qui met en cause sa politique impérialiste : la logique est la même, protéger ses intérêts en faisant peser la menace pénale sur celles et ceux qui les rendent publics.
Mais il ne s'agit pas de méthodes nouvelles. L'année dernière déjà, l'annonce du plan d'austérité budgétaire 2026 avait débouché sur un cycle de mobilisations qui avait fragilisé un pouvoir déjà à bout de souffle : le 6 octobre 2025, Sébastien Lecornu démissionnait (avant d'être reconduit quatre jours plus tard), quelques semaines seulement après que cette même colère sociale avait fait tomber le gouvernement Bayrou. À cette époque déjà, le gouvernement avait répondu par l'autoritarisme, tant par les moyens d'imposition du budget 2026 que par la volonté de neutraliser toute tentative d'action par en bas par la répression.
En somme, à travers ces offensives, c'est le mécanisme ordinaire d'un régime empêtré dans des contradictions de plus en plus insolubles qui apparaît : face à toute contestation de sa légitimité dans un contexte de crise politique et budgétaire, l'État bourgeois répond structurellement par un renforcement de sa logique pénale à mesure que sa capacité à obtenir l'adhésion s'effondre.
Alors que cette rentrée est marquée par le spectre d'une nouvelle explosion de la colère sociale contre l'explosion du prix du carburant, la préparation du budget austéritaire et la poursuite des offensives sécuritaires, la date du 29 septembre contre la casse des services publics et celle, plus diffuse, du 17 octobre pourraient servir de points d'appui pour construire un rapport de force contre le gouvernement pour en finir avec ses politiques austéritaires et autoritaires.