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Mobilisation au Chili, la jeunesse montre la voie contre l'extrême droite de Kast

Mon, 21 Sep 2026 19:43:09 CEST

Révolution Permanente

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Depuis sa prise de fonction en mars dernier, le président chilien José Antonio Kast est confronté à une chute rapide de sa popularité. Dans un contexte d'offensive de l'impérialisme sur le continent, l'admirateur de Pinochet avance ses réformes anti-ouvrières mais doit faire face à de premières mobilisations étudiantes.

Jeudi 3 septembre, plus de 5000 jeunes ont manifesté sur le boulevard Alameda au départ de la Place Baquedano en plein cœur de Santiago à l'appel, entre autres, de l'Assemblée de coordination des élèves du secondaire (ACES), de la Confédération des étudiants du Chili (Confech) et des collectifs de jeunesse Vencer et Rebelión. Les lycéens et les étudiants ont défilé contre les coupes budgétaires, l'agenda sécuritaire du gouvernement et l'extrême droite internationale, dont Kast a accueilli le Forum de Madrid ce mois-ci. Peu après le départ de la manifestation en direction du Palais de La Moneda, les carabiniers du Chili l'ont violemment interrompue en dépit de l'autorisation de manifester qui avait été délivrée à l'ACES. Après avoir été gazés, frappés et détenus, les étudiants se sont réunis à nouveau en fin de journée sur la Place Baquedano après que de nombreuses organisations ont dénoncé la répression du gouvernement.

À l'occasion de la commémoration des 53 ans du coup d'État de Pinochet ce 11 septembre, des milliers de lycéens et étudiants ont de nouveau pris la rue dans tout le pays pour rendre hommage aux victimes de la dictature et appeler à la lutte. De l'université de Santiago jusqu'à Temuco, Arica ou Concepción a résonné haut et fort le slogan : « Balayons tout l'héritage pinochetiste qui veut nous gouverner ! ».

Le plan de l'extrême droite au pouvoir

53 ans après le coup d'État de 1973, le gouvernement chilien se fait le digne héritier de la droite putschiste qui avait porté Pinochet au pouvoir avec un programme autoritaire et ultra-libéral. Dans les premiers mois de son mandat, José Antonio Kast a clairement édicté ses priorités : la sécurité et l'économie. Derrière ces mots, un projet politique bourgeois, pro-impérialiste et réactionnaire qui prend forme au fil de l'accélération du rythme des réformes.

Après avoir fait voter sa « méga-réforme » économique en faveur du patronat, le président chilien a avancé sur son autre jambe en proposant une réforme constitutionnelle qui lui permet de décréter seul l'état d'exception, limitant de fait les libertés publiques, autorisant le déploiement de l'armée et réservant à l'exécutif la faculté de désigner des organisations comme « terroristes ». Une manière d'anticiper un scénario à la bolivienne en se dotant de manière préventive de la capacité constitutionnelle d'imposer un régime d'exception.

Alors que le taux de chômage dépasse les 9 % au Chili, l'exécutif fait de la réforme du travail sa priorité. Au cœur de la réforme, la « flexibilisation » de la durée de travail hebdomadaire qui permettrait aux employeurs de la prolonger jusqu'à 52 heures par semaine, mais aussi la suppression du système d'indemnisation en cas de licenciement. Cette réforme ultra-violente pour les travailleurs, notamment les plus précaires, s'inscrit dans la continuité du système hérité de la dictature qu'aucun gouvernement n'a jamais remis en question. En plus de s'attaquer au Code du travail, Kast avance sur son plan d'austérité généralisée et de privatisation.

Derrière l'austérité, la dérégulation et le tournant autoritaire se dessine un autre enjeu majeur : le contrôle des ressources minières chiliennes, au premier rang desquelles le cuivre. La situation de la Corporation nationale du cuivre (Codelco), entreprise publique et première productrice de cuivre du pays, est à ce titre révélatrice. En juillet, Arturo Squella, président du Parti républicain, a ouvertement proposé de vendre une partie de la propriété de Codelco afin d'y faire entrer des capitaux privés. Le gouvernement s'est empressé de démentir toute volonté de privatisation de l'entreprise, sans pour autant fermer la porte à l'entrée de capitaux privés, aux associations avec des entreprises privées ou à la vente de certains actifs jugés « superflus ». Cette offensive intervient alors que Codelco traverse une période de fortes difficultés financières et opérationnelles et qu'un plan de licenciements massifs est prévu pour fin 2026.

L'accession au pouvoir de Kast au Chili intervient alors que les États-Unis renouent avec une doctrine Monroe élargie par la présidence Trump afin de réaffirmer la domination néocoloniale de l'impérialisme étasunien sur l'Amérique latine. C'est dans ce cadre que Trump a lancé une agression éclair contre le Venezuela en début d'année, durant laquelle le président Nicolas Maduro a été kidnappé avec son épouse pour être remplacé par Delcy Rodriguez à la tête du pays. Alors que les vestiges du régime chaviste ont totalement capitulé, le Venezuela a été transformé en un protectorat colonial tandis que les multinationales étasuniennes pillent ses ressources naturelles. Quand elle ne s'exprime pas par une intervention militaire directe, cette doctrine s'appuie sur les réseaux de l'extrême droite latino-américaine pour mettre en œuvre une forme de plan Condor 2.0, comme Javier Milei en Argentine ou Nayib Bukele au Salvador. L'arrivée au pouvoir de José Antonio Kast s'inscrit dans le même projet de mise au pas des peuples du continent et d'exploitation de ses ressources par l'impérialisme.

Après l'échec du gouvernement Boric, la nécessité de la lutte des classes

L'arrivée de Kast au pouvoir a été rendue possible par les capitulations récentes de la gauche au pouvoir. En 2022, la coalition de gauche « Apruebo Dignidad » de Gabriel Boric avait remporté les élections présidentielles, portée par la grande révolte de 2019, qui constituait un retour sur le devant de la scène du mouvement ouvrier, de la jeunesse et des classes populaires. Loin d'appliquer les revendications du mouvement qui l'avait porté au pouvoir, Gabriel Boric a mené une politique de compromission constante avec les classes dominantes et le régime. Son bilan : maintien de l'état d'exception et de l'occupation militaire du sud du pays (où sont concentrées les communautés originaires, notamment mapuches), échec des processus constituants, etc. Résultat ? Non seulement les secteurs les plus combatifs ont été désarmés et démoralisés, mais la coalition a essuyé une défaite importante lors des élections suivantes, offrant une victoire à l'extrême droite pro-impérialiste. Aujourd'hui, l'opposition à Kast doit tirer le bilan de l'impasse d'une stratégie de collaboration avec le régime et les classes dominantes et doit reprendre confiance dans ses propres forces.

Malgré sa victoire électorale, le pouvoir de Kast montre déjà des signes de fragilité qui pourraient ouvrir un espace favorable au retour de la lutte des classes dans le pays. [L'affaiblissement de Trump, entre l'échec militaire des États-Unis face à l'Iran et les mobilisations victorieuses contre l'ICE à Minneapolis, affaiblit également tous les alliés de l'impérialisme étasunien sur le continent. Pour l'instant, l'affaiblissement du parrain étasunien en Amérique latine s'est exprimé en Argentine, avec l'impopularité croissante du gouvernement Milei, mais surtout en Bolivie, lors de la grande révolte ouvrière et paysanne qui a paralysé le pays entre avril et juin 2026 contre la politique de Rodrigo Paz. Une mobilisation puissante et organisée par en bas, que le gouvernement bolivien n'a pu faire reculer qu'à la faveur de la trahison des bureaucraties syndicales.

Au Chili, le mouvement étudiant a marqué l'histoire récente en se mobilisant massivement et en se liant au monde du travail. En 2006, en 2011 et surtout en 2019, les élèves du secondaire et les étudiants sont descendus par centaines de milliers dans la rue contre la perpétuation de la politique néolibérale du régime de Pinochet, notamment dans la structuration de l'enseignement secondaire et supérieur. Si les élèves du secondaire et les étudiants posent les bases d'une résistance contre Kast depuis les premiers jours de son mandat, ils le font en reprenant les slogans de mobilisations qui ont su faire tomber une dictature : en août, les élèves du secondaire mobilisés sur le boulevard Alameda à Santiago chantaient « Debe caer, la educación de Pinochet » (elle doit tomber, l'éducation de Pinochet). Alors que la jeunesse lycéenne et étudiante chilienne se lance dans de nouvelles batailles et doit chercher à entraîner d'autres secteurs dans la lutte, elle pourrait tourner les yeux vers la Bolivie où la résistance à Rodrigo Paz montre la voie à suivre pour affronter l'extrême droite, le FMI et l'impérialisme étasunien. Telle serait la clé pour durcir le rapport de force face au gouvernement Kast.

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