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« Marche de la colère » : une réussite qui ouvre des perspectives pour la lutte des classes en Argentine

Sun, 20 Sep 2026 09:22:54 CEST

Révolution Permanente

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Des dizaines de milliers de personnes ont envahi la Plaza de Mayo et d'importantes mobilisations ont eu lieu dans plus de 70 villes à travers tout le pays. La colère a fait irruption sur la scène politique contre un gouvernement qui impose des mesures d'austérité, mais aussi face à des bureaucraties qui trahissent et à une « opposition » qui appelle à attendre un an. Une mobilisation en dehors des directions syndicales, qui a bouleversé la donne et permet un grand pas en avant vers de nouveaux défis : ouvrir la voie à des coordinations pour avancer sur la voie de la grève générale pour vaincre Milei, son programme et ses complices.

Article publié dans La Izquierda Diario ce samedi 19 septembre.

Ce fut une bouffée d'air frais. De celles qui sont plus que nécessaires. Une manifestation rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans les rues, à Buenos Aires, mais aussi dans tout le pays. Un cri qui s'imposait face à tant d'offensives du gouvernement - d'austérité, de répression, de soumission à l'impérialisme -, mais aussi face à une grande partie des directions politiques et syndicales de ladite « opposition » qui ne font que demander de tenir bon et d'attendre les élections, alors même que le gouvernement apparaît plus faible et qu'il est clair qu'il est possible de lui tenir tête. Ce samedi, des dizaines de milliers de personnes ont exprimé un avis différent de celui de toutes ces bureaucraties.

Ce n'est pas la première fois. Très récemment, le 6 août, la lutte contre la loi sur les terres avait déjà démontré une volonté de se battre. Cette fois-ci, c'est Myriam Bregman qui a lancé l'idée d'organiser la « Marche de la colère ». Des réunions ont ensuite été organisées pour une mobilisation par en bas. Des réunions en présentiel, à Buenos Aires, mais aussi des réunions virtuelles, pour diffuser l'idée dans tout le pays. L'idée a pris de l'ampleur et ce sont plus de 350 organisations de travailleurs, d'étudiants et de figures de proue de la culture, des droits de l'homme et de la politique qui ont appelé à cette journée de lutte du 19 septembre. L'idée de la marche a pris une telle ampleur que, ces derniers jours, tous les médias du pays ont dû en parler.

Les comités pour un parti de la nouvelle classe ouvrière, impulsés par le Parti des travailleurs socialistes (PTS), ont également joué un rôle clé en prenant en charge l'organisation de l'appel, en le diffusant aux quatre coins du pays et, finalement, ce 19, ils ont constitué les cortèges les plus nombreux dans les manifestations. Après de longues semaines de préparation, ce samedi, les rues ont explosé. Mais commençons par le début. Par les racines de la colère.

La scène était devenue virale ces derniers jours. Un lieu : Berazategui, dans la banlieue de Buenos Aires. Une scène : celle de plus de 1 500 personnes formant une file d'attente s'étendant sur plusieurs pâtés de maisons. Un objectif : décrocher un emploi dans un restaurant-grill de la région, pour un salaire d'environ 800 000 pesos (soit 460 euros, le salaire moyen se situe entre 1 100 000 et 1 480 000 dans le pays). Cette image n'est que le symbole d'une Argentine dont la crise économique et sociale ne cesse de s'aggraver. Les chiffres de la semaine l'ont froidement confirmé. L'Indec a indiqué que l'économie avait reculé de 0,6 % au deuxième trimestre 2026. Le chômage a grimpé à 7,9 %, mais plus important encore, les chiffres officiels ont montré que c'est la précarité qui progresse : le travail informel a atteint 45 % au cours de la dernière année.

La colère est là parce que les salaires ne suffisent pas à vivre. Parce que des emplois sont supprimés. Parce que des entreprises ferment. Parce que les retraites, les budgets consacrés au handicap, à la santé ou à l'éducation sont revus à la baisse. Parce que de plus en plus de gens ordinaires s'endettent pour se nourrir ou acheter des médicaments. À cause des attaques systématiques contre les femmes et les personnes LGBT.

Indifférent à tous les besoins sociaux, un Milei de plus en plus affaibli et impopulaire entend persévérer dans sa voie, comme il l'a réaffirmé cette semaine. Devant les siens, lorsqu'il les a réunis à la Casa Rosada pour confirmer la ligne à suivre devant les ministres, députés et sénateurs de La Libertad Avanza. Mais aussi à l'extérieur, en présentant le budget 2027, avec des chiffres fantaisistes et une réalité d'austérité. Entre-temps, il tente de changer de sujet en cherchant à s'approprier la cause des Malouines, bien que la réalité du mécontentement impose des limites à ses manœuvres opportunistes et que la vérité sur son alignement et son allégeance à Donald Trump soit rapidement mise à nu derrière son discours.

Dans ses calculs, Milei compte cependant sur un élément clé : le malaise social est immense, mais les bureaucraties de la CGT et de la CTA l'aident par leur passivité absolue. Comme elles l'ont fait en laissant passer la réforme du travail, les différentes mesures d'austérité ou en trahissant chaque lutte pour qu'elle se règle d'elle-même. Mais il n'y a pas que la bureaucratie syndicale. Il y a aussi une grande partie de la direction politique de l'opposition, qui non seulement fait preuve d'une modération absolue et laisse tout passer, mais qui affirme déjà explicitement qu'il n'y a d'autre choix que de supporter la situation.

Ce samedi même, Axel Kicillof, gouverneur de la Province de Buenos Aires et potentiel candidat du péronisme à la présidentielle, s'est montré explicite lors de son meeting de lancement de campagne électorale : « Il faut tenir bon, car il ne reste plus longtemps avant d'en finir avec ce cauchemar. » Mais il n'appelle pas seulement à se résigner pour une année de plus. Il intègre également des fascistes dans son équipe électorale, comme Santiago Cúneo (qui multiplie les sorties misogynes et antisémites, et a insulté cette semaine Myriam Bregman et Nicolás del Caño), et envoie son bras droit, Carli Bianco, faire des déclarations prônant une modération totale face au grand pouvoir économique. Un nouveau « Frente de Todos 2.0 » se profile, s'ils parviennent à s'entendre avec le reste du péronisme, comme l'aile de CFK et Sergio Massa. À l'unanimité, le péronisme vient également de voter en faveur de juges garantissant l'impunité de Milei, le « lawfare » et Lago Escondido. On connaît déjà ce scénario.

Mais, comme nous le disions au début, des dizaines de milliers de personnes ont exprimé samedi un avis différent de celui de toute cette direction. Il ne faut pas se laisser faire. Il y a de la colère et l'envie de se battre, comme on l'avait vu lors de la lutte pour la loi sur les terres. Le texte signé par les organisateurs et lu sur la Plaza de Mayo évoque la colère des retraités, des travailleurs, de la jeunesse, des femmes, dénonçant « un plan de guerre, impulsé par la classe capitaliste, les grands groupes économiques, l'impérialisme, le FMI et les fonds d'investissement. » Le texte revenait aussi sur l'extractivisme croissant dans le pays, et l'expulsion des communautés indigènes, défendant leurs droits territoriaux. Il dénonce également également la répression contre celles et ceux qui luttent, l'impérialisme américain ou le soutien de Milei au génocide en Palestine, avant d'égrainer une série de revendications en ce sens.

Mais cette colère, il faut l'organiser, pour qu'elle descende les rues. C'est pourquoi la proposition de Myriam Bregman d'organiser la « Marche de la Colère », à laquelle se sont ralliées des centaines d'organisations et de personnalités, a rencontré un tel succès. Tout au long de ce parcours, les Comités pour un parti de la nouvelle classe ouvrière aux côtés de Myriam Bregman ont d'ailleurs joué un rôle fondamental. Organisés depuis des mois, ils sont déjà près de 200 à travers tout le pays et rassemblent des milliers de personnes qui se réunissent, débattent, luttent et ouvrent de nouvelles perspectives pour construire une nouvelle vision historique après des années d'échecs des gouvernements capitalistes de toutes tendances politiques. Ce samedi 19, ces comités, aux côtés du PTS, ont constitué les cortèges les plus nombreux de la « Marche de la colère », tant à Buenos Aires que dans tout le pays. Quelque chose de nouveau est en train de naître. Le fait que Myriam Bregman soit, depuis tant de mois consécutifs, la dirigeante politique jouissant de la meilleure image du pays témoigne de l'intérêt pour une figure qui incarne la détermination et l'opposition intransigeante à Milei, au Parlement et surtout dans la rue, aux côtés des travailleurs, ou en portant les combats du mouvement féministe contre un gouvernement aussi misogyne. Une position qu'a utilisé la députée pour encourager des milliers de personnes à s'organiser.

Les dizaines de milliers de personnes qui ont envahi la Plaza de Mayo et celles qui se sont mobilisées dans tout le pays ont démontré que le malaise social et la volonté de lutter sont bien réels. Il s'agissait d'une mobilisation par en bas d'une force sans précédent qui a complètement mis à nu la trahison des bureaucraties syndicales et montré qu'il était possible de briser la passivité. Cette force énorme doit aujourd'hui relever de nouveaux défis : ne pas se contenter d'une manifestation isolée, mais faire que, désormais, chaque lutte soit soutenue par des milliers de personnes pour lui permettre de triompher. Mettre en place des comités de coordination dans toutes les régions entre les travailleurs, les étudiants, les organisations de défense des droits de l'homme, les associations sociales et de quartier, afin de construire la force nécessaire en ce sens, mais aussi pour reprendre le contrôle des organisations aux mains des bureaucraties, et ouvrir la voie à la grève générale afin de vaincre Milei, son programme et ses complices. C'était l'une des idées centrales du document qui a été lu devant une foule rassemblée sur la Plaza de Mayo.

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