Attaque contre un train près de la Pologne : Poutine envoie un message à l'UE
Fri, 18 Sep 2026 12:47:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe bombardement d'un train près de la frontière polonaise en Ukraine, quelques heures après le passage de dirigeants européens, dont l'ancien premier ministre britannique Boris Johnson, n'est pas une erreur de l'armée russe. C'est un message politique de Poutine dans un contexte d'escalade.

Tout le week-end a été marqué par les réactions des différents gouvernements européens après qu'une frappe russe ait détruit une locomotive civile dans la ville de Yahodin, dans l'Ouest de l'Ukraine, à deux kilomètres de la frontière avec la Pologne. Le fait que quelques heures auparavant des dirigeants européens soient passés par la ville, en train, a ajouté du « drame » à la situation. En effet, ces dirigeants, dont Boris Johnson et l'ex chef de la CIA, David Petraeus, étaient à Kiev pour un forum sur la sécurité. Le transport aérien étant interrompu c'est en train de que les principaux dirigeants occidentaux doivent se rendre en Ukraine. C'était le cas également la semaine dernière pour les envoyés de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff.
Cet incident, qui n'a rien de fortuit, constitue un élément supplémentaire dans l'escalade en cours dans la guerre. Depuis plusieurs semaines, l'armée russe a intensifié les bombardements contre l'Ukraine, y compris Kiev et des régions de l'ouest du pays, loin de la frontière avec la Russie. Les frappes russes se concentrent désormais sur la logistique ukrainienne, non seulement des dépôts de pétrole mais aussi sur le réseau ferroviaire, seul moyen de transport plus ou moins opérant du pays. L'objectif semble être d'asphyxier l'Ukraine en termes économiques mais aussi couper ses voies d'approvisionnement en armes et matériels militaires.
Comme le dit la BBC, « la Russie semble intensifier sa guerre contre l'Ukraine en prenant pour cible des trains, des dépôts ferroviaires, des stations-service et des postes-frontières. En début de semaine, deux personnes ont été tuées lorsque des drones russes ont frappé un poste-frontière entre l'Ukraine et la Moldavie (…) Toujours cette semaine, une conductrice a trouvé la mort lors d'une attaque de drone russe contre un train de voyageurs dans le sud de l'Ukraine. Six employés d'Ukrzaliznytsia ont été tués après qu'un dépôt a été touché à Kiev au début du mois (…) Les attaques russes ont considérablement endommagé le vaste réseau ferroviaire ukrainien – principal moyen de transport pour des millions d'Ukrainiens, tous les vols ayant été suspendus depuis le début de l'invasion à grande échelle de la Russie en 2022 ».
C'est dans ce contexte qu'a eu lieu le bombardement de ce train civil à l'ouest de l'Ukraine. Cependant, il est plus qu'improbable que les renseignements militaires russes n'aient pas été au courant du passage des dirigeants européens par l'endroit du bombardement quelques heures auparavant (Petraeus affirme avoir été sur les lieux au moment de l'attaque).
Poutine, qui semble vouloir accentuer la guerre cet hiver afin d'obtenir une capitulation de Zelensky, envoie un message aux Européens. Mais ce n'est pas celui que les propagandistes dans les gouvernements et rédactions occidentales diffusent sur une supposée volonté d'envahir des pays de l'OTAN et de l'UE. Le Kremlin est en train de dire plutôt aux puissances impérialistes européennes, qui sont de fait impliquées dans la guerre, qu'elles pourraient subir directement les conséquences de leur soutien à l'Ukraine si elles s'interposent entre l'armée russe et sa prochaine offensive contre l'Ukraine. C'est dans ce contexte également qu'il faudrait interpréter des incidents survenus ces derniers temps, imputés à la Russie. Toujours selon la BBC, « la semaine dernière, l'Allemagne a déclaré que la Russie était responsable de l'attaque par drone perpétrée en août à l'aéroport de Leipzig – une accusation que Moscou a qualifiée d'« absurde ». Plusieurs incendies suspects se sont également déclarés dans des installations militaires, de l'Italie à l'Estonie, et certains des pays touchés ont accusé la Russie ».
Du côté des puissances européennes, il est plus que clair que la guerre en Ukraine, et donc la guerre contre la Russie, est devenue « leur » guerre. Et cette guerre n'est pas une guerre « pour défendre la démocratie », les « valeurs européennes » ou « l'auto-détermination de l'Ukraine ». Cette guerre est devenue celle des impérialistes européens car elle est fonctionnelle à leurs intérêts. En effet, dans un contexte de crise de l'hégémonie globale états-unienne et de polarisation entre les Etats-Unis d'un côté et la Chine de l'autre, les impérialistes européens tentent de rattraper leur retard en termes d'armement. La guerre en Ukraine et présenter la Russie comme le grand ennemi reste un discours qui permet de légitimer les dépenses pharaoniques des Etats européens en armements. Mais cela sert aussi à légitimer une forme de « militarisation des esprits » dans les différents Etats européens.
Mais ce discours contre la Russie reste un discours très dangereux. Car l'implication directe des puissances européennes en Ukraine est bien réelle. Depuis l'arrivée de Trump à la Maison Blanche, l'UE est devenu le principal fournisseur d'armes et de capitaux à l'Ukraine (au prix d'un endettement énorme du pays et de sa totale dépendance à l'égard des impérialistes occidentaux). Les impérialistes européens sont également devenus, pour ces même raisons, les principaux soutiens de la poursuite de la guerre. Or, cet attitude devient de plus en plus dangereuse car les difficultés, mais aussi la perte de patience du Kremlin poussent Poutine à adopter une posture de plus en plus agressive. Et la Russie reste une puissance nucléaire.
Personne ne veut utiliser d'armes nucléaires, ni les Occidentaux ni Poutine. Personne ne veut non plus d'une guerre entre des puissances de l'OTAN et la Russie. Mais l'évolution des guerres n'est pas toujours maîtrisable. On ne peut donc pas exclure que dans une escalade qui échappe du contrôle, ou lors d'un « accident », on se dirige vers un affrontement direct entre la Russie et des puissances de l'OTAN. De la même façon, on ne peut pas exclure que le « réarmement » des puissances européennes un jour ne serve à qu'elles fassent la guerre entre elles plutôt qu'à la Russie (ou en plus qu'à la Russie).
La banalisation des discours guerriers des dirigeants européens « du centre » est alarmante. Cette guerre est totalement réactionnaire. Il n'y a pas de camp progressiste. La Russie de Poutine poursuit un agenda qui ne répond qu'aux intérêts des capitalistes russes. Du côté de l'Ukraine, la cause légitime de son auto-détermination a été totalement accaparée par les puissances impérialistes qui l'ont vidée de toute velléité de progressisme. Elles ne poursuivent que leurs propres intérêts. Et cela implique aussi la soumission semi-coloniale de l'Ukraine. Mais les ambitions des impérialistes européens peuvent mener droit à la catastrophe. En ce sens, en France Révolution Permanente s'oppose au réarmement et aux budgets milliardaires pour l'armée et à la militarisation de la société. Cela ne peut que se traduire que par le renforcement de l'autoritarisme et la répression du mouvement ouvrier, et de tout mouvement d'opposition à la course à l'armement et à l'impérialisme. Les courants anticapitalistes, comme le NPA-A, qui sous prétexte de « défendre l'auto-détermination ukrainienne » ont soutenu et soutiennent directement ou indirectement le la guerre que mènent les impérialistes dans ce pays, n'ont fait preuve que de leur total aveuglement stratégique.