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Tunisie : la crise de l'eau, le symptôme d'une crise sociale qui s'aggrave

Fri, 18 Sep 2026 13:12:12 CEST

Révolution Permanente

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En Tunisie, la sécheresse et la crise climatique sont devenues l'excuse toute trouvée de Kaïs Saïed pour justifier les pénuries d'eau. Mais elles masquent mal une crise bien plus profonde : coupures d'eau et d'électricité, chômage, précarité et services publics à bout de souffle. Derrière l'alibi climatique, c'est aussi le bilan de cinq années de pouvoir de Saïed qui est en cause.

Alors que les températures ont atteint des niveaux extrêmes cet été, les coupures d'eau ont atteint un niveau alarmant dans plusieurs régions du pays. Pour de nombreuses familles, l'accès à l'eau potable devient un véritable parcours du combattant, faisant planer le risque d'une véritable crise humanitaire si la situation perdure. La situation est d'autant plus dramatique que la Tunisie se trouve au cœur d'une région où le manque d'eau est devenu l'une des conséquences les plus visibles du changement climatique.

Mais derrière la sécheresse et les conditions climatiques apocalyptiques, c'est surtout l'état du système d'approvisionnement en eau qui apparaît au grand jour. Dès le début de l'été, les stocks d'eau minérale ont commencé à diminuer avant que la situation ne se transforme, à la fin du mois d'août, en véritable pénurie.

La Tunisie est devenue extrêmement dépendante de l'eau embouteillée. Cette situation s'explique notamment par les coupures répétées qui contraignent les habitants à constituer des réserves, mais aussi par la qualité médiocre de l'eau du robinet. Les chiffres de cet été donnent une idée de l'ampleur de la catastrophe. En juillet, l'Observatoire tunisien de l'eau a enregistré 608 signalements liés à des problèmes d'eau, soit le bilan mensuel le plus lourd depuis le début de l'année.. Dans le nord-ouest du pays, des habitants témoignaient déjà l'année dernière de coupures pouvant durer plusieurs mois. Dans le village d'Al-Aqla, un propriétaire de café expliquait ainsi que les habitants vivaient chaque été au même rythme, avec des coupures répétées imposées par la SONEDE, la société chargée de l'exploitation et de la distribution de l'eau. Un ancien salarié de cette société parlait quant à lui d'une « crise de soif » qui dure depuis trois ans.

Face à cette pénurie, la colère du peuple tunisien commence à prendre la forme d'appel à se mobiliser contre le gouvernement Saïed, visage de cette misère. Les coupures d'eau interviennent dans un contexte marqué par la crise économique, les pénuries, la dégradation des services publics, l'inflation et les conditions de travail lamentables pour une grande partie des travailleurs tunisiens. L'année 2025 avait déjà été marquée par plusieurs mobilisations importantes. En octobre dernier à Gabès, une grève générale contre la pollution provoquée par le complexe chimique public, avait paralysée la ville. Une centaine de milliers de personnes avaient participé à cette journée de mobilisation. Ces contestations témoignaient déjà d'une colère sociale profonde, alors que la population tunisienne fait face depuis plusieurs années à une dégradation de ses conditions de vie et à un durcissement du pouvoir sous Kaïs Saïed. L'été 2026, marqué par des températures extrêmes et une pénurie d'eau aggravée, a constitué un nouveau facteur de mobilisation. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes , tandis que des habitants bloquaient des routes ou brûlaient des pneus pour dénoncer les coupures d'eau et d'électricité, mais aussi plus largement la dégradation de leurs conditions de vie.

À Tunis, le 20 août, plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre les coupures d'eau et d'électricité, mais également contre la situation économique et politique du pays. Les mots d'ordre faisaient directement écho à ceux de la révolution de 2011, avec notamment les slogans « Dégage » et « le peuple veut la chute du régime » . Ces références à 2011 montrent que, dans une partie des mobilisations, les revendications liées aux conditions de vie se mêlent à une contestation plus large du pouvoir en place.

Pour répondre à la colère de son peuple, le gouvernement de Kaïs Saïed durcit son régime et tente de faire taire toutes les voix dissidentes. Depuis 2021, le régime s'est engagé dans une concentration croissante du pouvoir exécutif entre les mains de la présidence. Cinq ans après, à mesure que son incapacité à résoudre les difficultés économiques et sociales devient manifeste, Kaïs Saïed s'appuie toujours davantage sur l'appareil d'État pour neutraliser toute contestation. Les condamnations prononcées ces derniers mois en donnent une illustration brutale. En juin, Sihem Bensedrine, ancienne présidente de l'Instance vérité et dignité, a ainsi été condamnée à 25 ans de prison. Plus récemment, en septembre, quatre militants propalestiniens, engagés notamment dans la flottille pour Gaza, étaient toujours détenus en Tunisie, parmi eux, Wael Naouar, militant politique, a entamé une grève de la faim le 16 août pour protester contre sa détention. Cette répression est devenue l'un des principaux moyens par lesquels le régime tente de préserver son pouvoir face à une colère sociale qui se radicalise de plus en plus.

La crise de l'eau vient ainsi révéler, derrière la catastrophe climatique, une crise sociale et politique que le régime de Kaïs Saïed est incapable de résoudre. Quinze ans après la chute de Ben Ali, les aspirations qui avaient porté la révolution tunisienne demeurent à l'ordre du jour. Dans tout le monde arabe, les peuples se retrouvent pris en étau entre crise économique, retour des guerres et complicité des régimes avec le génocide en Palestine. La combinaison de ces crises constitue un cocktail explosif, capable de rouvrir la possibilité d'un nouveau souffle révolutionnaire dans la région. Comme en 2011, la solidarité avec le peuple palestinien traverse les sociétés arabes et constitue un puissant vecteur de politisation et de contestation. De Tunis à Gaza, les mêmes aspirations à la dignité, à la justice et à l'émancipation continuent de chercher leur débouché. Tirer les véritables bilans des printemps arabes, c'est donc aussi comprendre comment ces aspirations peuvent à nouveau se transformer en dynamique de mobilisation. C'est dans la jonction entre la colère sociale, la lutte contre l'autoritarisme et la solidarité avec la Palestine que se joue aujourd'hui une partie de l'avenir politique de la région.

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