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Enquête. Mal-être des agents communaux à Saint-Denis : « j'ai l'impression de vivre encore sous Hanotin »

Fri, 18 Sep 2026 15:37:48 CEST

Révolution Permanente

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Le mandat du maire socialiste Mathieu Hanotin à Saint-Denis a été marqué par une dégradation sans précédent des conditions de travail des agents municipaux. Son départ après l'élection de Bally Bagayoko a provoqué un sentiment de soulagement chez de nombreux agents. Mais les agents attendent des changements profonds, qui nécessitent la construction d'un rapport de force.

Après 6 ans d'aggravation de leurs conditions de travail, la situation critique des agents municipaux

Le mandat de Mathieu Hanotin entre 2020 et 2026 aura été marqué par des attaques sans précédent contre les conditions de travail des agents municipaux. Comme le titrait un article du 30 mai 2023 publié sur Streetpress, l'objectif de la mairie PS était de mettre la fonction publique de Saint-Denis « au pain sec » appliquant au niveau local l'orientation politique nationale (austérité budgétaire, attaques contre les congés payés ou encore chasse aux arrêts maladies…).

Concrètement, cela s'est traduit par la suppression de jours de congés, le non renouvellement des contractuels et des départs à la retraite, la fermeture de trois espaces jeunesse, l'externalisation de l'entretien dans les écoles ou encore de prestations de gardiennage, la « réorganisation » de services ou autrement dit la fin de certains services, la modulation de la prime selon les absences, l'augmentation du temps de travail, ou encore l'augmentation du nombre d'enfants à encadrer par animateur. Selon le rapport d'orientation budgétaire de la ville de Saint-Denis, le nombre de fonctionnaires est ainsi passé de 3560 à 3032 entre 2020 et 2022, soit 528 agents en moins.

Ces attaques contre les conditions de travail des agents municipaux ont évidemment rimé avec une perte de qualité du service public pour la population. Yann, animateur depuis 1986, explique ainsi que « la dégradation de nos conditions de travail avait commencé avant l'arrivée d'Hanotin, lui a mis un coup d'accélérateur. Les animateurs ont été particulièrement touchés avec la dégradation des taux d'encadrement notamment pour l'accueil des enfants en situation de handicap et l'arrivée d'une nouvelle génération d'encadrants méprisants et maltraitants. » En effet, ces politiques austéritaires se sont couplées au développement d'une politique managériale visant à « mettre au pas » des agents de la fonction publique territoriale connus pour leur engagement politique, dans une ville avec une tradition de luttes et de grèves ayant permis la conquête et la sauvegarde de nombreux acquis.

Le cas de Bertie Ernault est édifiant à ce titre. Il commence sa carrière en tant qu'animateur dans les années 1980, et se mobilise aux côtés de ses collègues pour la création de la filière animation. Il devient ensuite responsable de la mise en place du réseau de ludothèques sur la ville à partir de 1993, puis directeur de la jeunesse en 2005. Dès l'arrivée de Mathieu Hanotin en 2020, il fait partie des agents placardisés, avant d'être poussé à une rupture conventionnelle. En 2022, la mairie annonce un projet de “réorganisation” du réseau des 8 ludothèques de la ville et de la direction Jeunesse de la ville de Saint Denis, qui aboutit à la fermeture de trois structures malgré l'opposition des habitants et du personnel communal.

Dans une lettre ouverte du syndicat Force ouvrière adressée au maire Mathieu Hanotin, on apprend qu'en 2024 il y a eu 26 sanctions disciplinaires contre seulement 2 en 2022. Dans ce sens, nous avons pu prendre connaissance de différents témoignages d'agents qui racontent leur mal être au travail, avoir subi du harcèlement, été placardisés ou réprimés. Le cas de Yann animateur arrêté, le 18 novembre dernier, par la police municipale, sur son lieu de travail, après avoir exprimé des désaccords avec sa direction quant à ses conditions de travail, en est un parfait exemple. Cette arrestation suivie d'une garde à vue a débouché sur une procédure disciplinaire, qui n'est toujours pas close à l'heure d'aujourd'hui, et ce alors même qu'une enquête administrative a conclu, en août, qu'il n'y a rien qui puisse être retenu contre lui.

Les conditions de travail des agents municipaux et la dégradation du service public, notamment la fermeture des espaces jeunesse, ont ainsi été au cœur de la campagne des élections municipales, en mars dernier. La principale liste d'opposition au PS menée par Bally Bagayoko de la France insoumise a inclus dans son programme un volet concernant les employé-es municipaux. Ils s'engagent notamment à mettre en place « un plan de titularisation des contractuel·les et de réduction des temps partiels », à l'ouverture de nouveaux espaces jeunesse, à « la mise en place d'un audit approfondi de la santé et de la sécurité au travail » ou encore à « mener une politique volontaire d'amélioration des conditions de travail pour endiguer la pénibilité et les accidents du travail. »

Avec la candidature de Révolution Permanente, menée par Elsa Marcel, nous avons défendu qu'en plus de la titularisation des contractuels, il fallait lutter pour les revendications suivantes : la réouverture des espaces jeunesse existants, une augmentation des salaires indexés à l'inflation, un plan d'embauche à la hauteur des besoins centralement chez les catégories C, ou encore l'annulation des sanctions disciplinaires et la réintégration des agents faisant l'objet de sanctions.

Actuellement, sur le terrain, les agents déplorent une situation pour le moment inchangée et souffrent toujours des mêmes politiques managériales, notamment parce que les directions et encadrants sont les mêmes que sous l'ère Hanotin. Adam*, animateur, se pose beaucoup de questions : « on voit bien quelques mesures symboliques comme la réouverture de l'espace jeunesse à Gabriel Péri mais on se demande quels changements plus de fond il va y avoir. Pour le moment j'ai le sentiment de vivre toujours sous Hanotin. On a commencé l'année comme d'habitude en sous effectifs et l'été a été très compliqué ». Isabelle* abonde dans le même sens : « dans mon service, les encadrants contractuels qui ont participé à mon harcèlement et à ma placardisation ont été renouvelés. J'ai l'impression que rien ne va changer. Des agents évoquent déjà leur envie de partir. ».

Yann, l'animateur interpellé sur son lieu de travail, en novembre dernier, est suspendu depuis le 20 novembre 2025, et ce alors même que la durée légale de suspension temporaire est de quatre mois. Par ailleurs, il attend toujours les conclusions de son entretien disciplinaire. Depuis 10 mois, il ne perçoit que son salaire sans les primes et est isolé de son collectif de travail. L'enquête administrative ouverte par la préfecture a rendu ses conclusions le 18 août dernier : rien dans le dossier et l'enquête ne permettent d'affirmer que l'agent aurait eu « un comportement inapproprié ».

Prisca Ancion, avocate de Yann et militante au collectif d'action judiciaire, dénonce cette situation : « concrètement il n'y a rien contre lui et pourtant il est toujours suspendu et ce en toute illégalité depuis le 20 mars 2026. On ne lui a même pas proposé un poste dans un autre service, et il n'a toujours pas été reçu en rendez-vous par la nouvelle équipe municipale malgré nos relances. Yann a été visé par l'ancienne municipalité parce qu'il contestait leurs politiques, qu'il s'est toujours battu pour les conditions de travail des agents depuis plus de 40 ans qu'il travaille à la ville. »

Du côté de la direction de l'enfance, celle-là même qui a réprimé et harcelé Yann, l'équipe de direction reste inchangée malgré le préavis de grève déposé le 23 juin dernier par le syndicat Force Ouvrière « motivé par une dégradation grave et continue des conditions de travail, un climat social particulièrement dégradé et des pratiques managériales dénoncées par de nombreux agents, cadres et responsables de service », preuve des problèmes de management dans ce service.

« La question n'est pas de gérer mieux l'austérité mais de la refuser »

Lors du Conseil Municipal du 28 mai 2026, Elsa Marcel, élue municipale de Révolution permanente, après avoir rappelé l'ensemble des attaques sous le mandat Hanotin, a questionné la majorité actuelle sur plusieurs points : « quelles dispositions sont envisagées pour permettre la réintégration des agents ayant fait l'objet de sanctions disciplinaires sous le mandat de Mathieu Hanotin ? Quand comptez-vous pallier à l'absence de médecine du travail ? Les agents contractuels vont-ils être titularisés ? Et enfin, la municipalité prévoit-elle un plan de recrutement permettant non seulement de reconstituer les effectifs municipaux supprimés depuis le mandat de Mathieu Hanotin mais aussi d'embaucher à la hauteur des besoins ? »

Yoan Sales Salada, adjoint au maire, a répondu en expliquant que la priorité depuis le 15 mars était de remettre le dialogue social au cœur du fonctionnement de la collectivité. Concernant les procédures disciplinaires, l'élu a rappelé qu'ils allaient engager un audit sur les risques psycho-sociaux et que « toutes les procédures disciplinaires engagées avant le 15 mars ont été suspendues sauf dans des cas graves et avérés telles que les agressions physiques ou les violences sexistes et sexuelles ». Pour ce qui est de l'application des autres mesures de leur programme (titularisation, embauches, internalisation de certains services etc) l'élu a expliqué qu'elle est conditionnée au vote d'un prochain budget rappelant qu'ils dépendent encore de celui voté par l'équipe de Mathieu Hanotin, et qu'il s'agira ensuite d'utiliser autrement le budget donné à la municipalité.

Ce discours implique de repousser à plus tard tout un ensemble de promesses électorales et d'accepter de gérer les miettes que l'Etat donne aux municipalités en déshabillant Pierre pour habiller Paul. Il s'agit en effet de la politique plus largement de la France Insoumise qui accepte de composer avec le cadre institutionnel et légal existant sans le remettre en cause. A l'inverse, comme l'a soulevé Dorian Gonthier, élu municipal de Révolution Permanente, il est nécessaire de remettre en cause le jeu institutionnel et de chercher à construire un rapport de force par l'organisation par en bas et la grève sans lequel rien ne pourra être obtenu : « nous, nous pensons que la question n'est pas de gérer mieux l'austérité, les coupes de budget mais de la refuser. Et ça ne se jouera ni ici, ni à l'Assemblée nationale, ni par le bon bulletin de vote lors des présidentielles : ça se jouera dans les entreprises, dans les quartiers, dans la rue. »

Toujours au sujet de la situation des agents réprimés et les méthodes managériales brutales sous l'ère Hanotin, Dorian Gonthier, faisait part au conseil municipal du 25 juin dernier de son incompréhension quant à la décision de verser une indemnité transactionnelle au montant mirobolant de 25 000 euros à M. Boucher. En effet, l'ancien directeur de l'adolescence a été mis en cause par de nombreux agents pour des faits de harcèlement révélés dans Streetpress et fait l'objet d'une enquête interne. Il est également l'un des principaux artisans de la fermeture des trois espaces jeunesse sous la précédente mandature. « Au-delà du montant astronomique de cette indemnité, nous refusons qu'un responsable dont l'action a eu des conséquences si néfastes pour nos services municipaux et les agents puisse bénéficier d'une indemnisation financée par l'argent public » a ainsi défendu l'élu de Révolution permanente. Dorian Gonthier en a profité pour demander à nouveau ce qu'il en est du traitement des cas des agents réprimés et harcelés par leur hiérarchie et l'ancienne majorité à l'image de Yann, ce dernier étant toujours dans l'attente de la résolution de sa situation jusqu'à aujourd'hui malgré les engagements de la municipalité à le recevoir.

A l'heure du vote du prochain budget 2027 qui promet 54 milliards d'économies, pour arracher des revendications telles que la titularisation des agents contractuels et l'ouverture de postes, il est nécessaire de refuser que le coût de la crise économique repose sur les épaules des travailleurs, alors que dans le même temps des investissements vertigineux sont mis dans le réarmement militaire ou que les profits des grandes entreprises n'ont fait qu'augmenter.

La politique nécessaire et urgente pour les agents municipaux mais aussi pour les habitants serait de combiner une étude sérieuse des besoins réels des personnels et de la population, l'évaluation du coût d'un plan de titularisation et d'embauches, à une mobilisation par en bas et par la grève à la fois des agents de la municipalité de Saint-Denis et de Plaine Commune, des habitants et de la jeunesse concernés en premier chef par la détérioration des services publics sur le territoire.

Face à ces méthodes scandaleuses de management qui visent à discipliner les fonctionnaires, et à accompagner la casse des services publics, il est nécessaire de mettre la lumière sur cette situation qui perdure et de s'organiser collectivement pour exiger des conditions de travail décentes pour l'ensemble des agents de la ville. Dans ce sens, nous mettons à disposition les colonnes de Révolution permanente pour visibiliser la réalité des problématiques (harcèlement, répression, dégradation des conditions de travail, manque de moyens, maltraitance managériale…) rencontrées par les agents municipaux sur le terrain ainsi que participer à mettre en lien des agents entre eux.

Si vous êtes un·e agent·e de la ville et que vous souhaitez témoigner (possiblement anonymement), contactez-nous : temoignage_agent_SD@proton.me.

Crédits photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0

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