Retraites, arrêts maladie, collectivités… : Lecornu prépare une cure d'austérité de 54 milliards
Fri, 18 Sep 2026 18:26:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans un entretien au Figaro, Lecornu a dévoilé les grandes lignes de son budget 2027 : une cure d'austérité brutale, avec 54 milliards d'économies dans la sécurité sociale et dans le budget de l'État. Autant d'attaques anti-ouvrières pour préserver les profits des patrons et financer la militarisation.

Une « copie offensive sur la réduction de la dépense publique ». C'est dans ces termes euphémisants que Lecornu a annoncé les grandes lignes de son budget pour 2027 dans un entretien au Figaro, ce jeudi 17 septembre. Le premier ministre avait déjà donné le ton en début du mois, annonçant une austérité de 30 milliards d'économies. La copie finale est encore plus brutale et s'attaque à l'ensemble des secteurs des classes populaires : 54 milliards d'économies réparties entre le budget de l'État et de la sécurité sociale, avec l'objectif affiché de limiter le déficit à 5 %.
Fort de l'expérience de 2026, Lecornu savait à qui s'attaquer. Après un été passé à dénoncer les dépenses « excessives » de l'assurance maladie, l'offensive se prolonge : le premier ministre a annoncé un effort supplémentaire de 2 milliards sur les arrêts maladie, déjà limités à un mois à partir de septembre. Les arrêts liés à des accidents du travail ou à des maladies professionnelles sont également dans le viseur : alors que 50 % de leur montant était jusqu'ici exonéré d'impôts, Lecornu propose désormais leur fiscalisation entière, de quoi amputer jusqu'à 10 % des indemnités dans , certains cas. Autant d'attaques contre les travailleurs les plus précaires, à la santé abîmée par le travail et que les patrons mettent de plus en plus en danger pour leurs profits, comme nous l'avons vu tout au long de cet été caniculaire.
Le reste de la protection sociale n'est pas en reste. Si le premier ministre prétend ne pas vouloir s'attaquer aux « plus pauvres » en refusant de geler le RSA ou l'AAH, la désindexation de l'inflation est un outil privilégié dans son projet. Le première cible : les APL, pourtant essentielles pour pour boucler les fins de mois pour de nombreux ménages, et tout particulièrement les jeunes et étudiants. Mais aussi les retraites, contre lesquelles le gouvernement avait déjà annoncé une cure de 6 milliards la semaine dernière. Lecornu entend également geler le point d'indice du traitement des fonctionnaires. Alors que, selon l'INSEE, l'inflation atteint en août 2,4 % sur un an et que les prix de l'essence atteignent des sommets, cette désindexation vient un peu plus aggraver la crise sociale.
Après les dépenses sociales, ce sont les budgets des ministères et des agences gouvernementales qui passent à la caisse. Sans surprise, le ministère du Travail est particulièrement touché : le premier ministre exige un rabot de 2,5 milliards sur ses crédits. Lecornu a trouvé une manière de mettre la main sur cet argent : augmenter le reste à charge des formations financées grâce au Compte personnel de formation (CPF). Une première option qui présage d'autres attaques contre les travailleurs. Le premier ministre n'entend pas non plus oublier le budget des collectivités territoriales : après des années d'austérité brutale imposée aux régions et départements, le gouvernement entend bien continuer en limitant toute hausse de leur budget.
Les justifications avancées par Lecornu pour justifier sa cure d'austérité d'une ampleur inédite ? La hausse des taux d'intérêts qui renchérissent le service de la dette, mais aussi le coût de la guerre en Iran et de la sécheresse estivale... Autant de facteurs conjoncturels qui impactent l'économie française, mais qui masquent les motivations politiques de l'austérité. La première : protéger les profits des grands patrons en maintenant en place l'ensemble des cadeaux fiscaux et des aides qui leur sont accordées pour plusieurs centaines de milliards d'euro par an. Lecornu a promis la « stabilité fiscale », autrement dit le refus de toute nouvelle attaque contre les revenus du capital. Et même plus : il s'engage à réduire la surtaxe d'impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, de 7,5 à 5 milliards d'euros. Pendant ce temps, les dividendes explosent : pour le second semestre 2026, les dividendes du CAC 40 ont atteint la somme record de 61 milliards.
La deuxième motivation est encore plus claire : « Je tiens à rappeler que, sans l'augmentation des 30 milliards d'euros des moyens de notre Défense depuis 2017, nous serions à 4% de déficit. » Sans langue de bois, Lecornu assume jusqu'au bout : l'austérité brutale imposée aux travailleurs est nécessaire pour financer la militarisation du pays. L'explosion du déficit est le résultat logique de la hausse à marche forcée des crédits du budget des Armées que le gouvernement entend poursuivre l'an prochain avec une augmentation de 6,4 milliards. Le premier ministre va même jusqu'à suggérer que seules les dépenses militaires sont « de la bonne dépense publique » et qu'il conviendrait de les distinguer des dépenses civiles dans les statistiques. Au moins, le message est clair.
Mais le fidèle macroniste sait qu'imposer ce projet pro-patronal ne sera pas chose aisée, en l'absence de majorité. Endossant le costume du gestionnaire responsable, il a exigé qu'on dise la « vérité » aux Français, faisant mine d'appeler les oppositions à la raison. Mais un de ses principaux espoirs pour faire passer l'ensemble des attaques anti-ouvrières de son projet, c'est d'en appeler au Rassemblement national. Marine Le Pen avait déjà esquissé une ouverture, il y a quelques jours en affirmant préférer un budget « imparfait » mais « opérationnel » à une loi spéciale. Autrement dit, le parti d'extrême droite n'exclut pas de laisser passer un budget gouvernemental, pour parfaire sa figure de présidentiable en offrant de nouveaux gages de stabilité.
Sans assumer ouvertement la recherche d'un soutien du RN, une des propositions de Lecornu ne laisse pas de doute. « Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n'a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits » : c'est ce que compte changer le gouvernement, en instaurant une carence sur les allocations sociales pour les étrangers. Sous couvert d'égalité des droits entre étrangers et Français de l'étranger, Lecornu cible une des marottes de l'extrême droite en France : les aides sociales perçues par les étrangers, supposément responsables du déficit public. Tout en ouvrant un dialogue avec le RN, cette proposition s'inscrit en réalité dans la continuité de l'offensive raciste menée par le gouvernement cette année, de la suppression des APL pour les étudiants étrangers à la hausse de leurs frais d'inscription à l'université.
Mais par delà la recherche d'une majorité, Lecornu pourrait rencontrer un autre obstacle sur son chemin. L'annonce de l'ampleur des attaques qu'il prépare pour l'année prochaine intervient en pleine flambée des prix à la pompe, conséquence directe des guerres impérialistes au Moyen Orient. Une nouvelle montée de l'inflation qui intervient après des années de précarisation des travailleurs et de décrochage des salaires. Au cœur de cette crise sociale, des signes de colère grandissante commencent à se faire sentir et plusieurs secteurs ont annoncé ou entamé des mobilisations : la grève des énergéticien en début de semaine, la mobilisation des pêcheurs, l'appel à la grève des raffineurs mais aussi la journée de grève dans la fonction publique du 29 septembre, que la CGT appelle désormais à transformer en « journée noire ».
Mais une colère plus diffuse émerge aussi de la jeunesse et sur les réseaux sociaux, avec l'appel à se mobiliser le 17 octobre prochain contre la hausse vertigineuse du prix de l'essence. Le mouvement ouvrier a la responsabilité d'unir l'ensemble des secteurs en lutte dans les prochaines semaines : seule une mobilisation large sera capable de mettre un terme aux politiques d'austérité et à la militarisation que Lecornu entend bien poursuivre. Comme l'affirme Anasse Kazib, « il faut utiliser la question du 17 octobre pour faire converger les colères, faire baisser le prix du carburant, augmenter les salaires et commencer à s'attaquer sérieusement au grand patronat. [...] Le gouvernement est fragile, on a la force de le faire tomber avec son budget et de changer la situation dans le pays, mais pour cela, il faut un plan à la hauteur. »
Crédits photo : Capture d'écran FranceInfo.