Record de dividendes pour le CAC 40 : l'austérité sert aussi à sauver les profits du patronat
Thu, 17 Sep 2026 20:23:11 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe CAC 40 verse ce trimestre 61 milliards de dividendes aux actionnaires. Un chiffre record, suffisant pour financer l'abrogation des cinq dernières réformes des retraites. Une manne qui vient directement des aides de l'État aux entreprises : c'est l'austérité qui sert à sauver les taux de profit des capitalistes.

Cocorico ! Les grandes entreprises françaises, Sanofi et Groupe Bolloré en tête, ont versé à leurs actionnaires des dividendes record au cours du deuxième trimestre, pour un total de 61 milliards d'euros. D'après le rapport du gestionnaire d'actifs Janus Henderson publié mardi, elles surpassent ainsi les grandes entreprises de tous les autres pays européens, et ne sont devancées sur la scène mondiale que par les entreprises étasuniennes (177 milliards de dollars). Mais qu'on ne s'inquiète pas trop pour les autres : en moyenne sur la planète, les dividendes des 1500 plus grandes entreprises ont grimpé de 7,3%, en cette opulente année 2026.
Pour qui n'en possède pas déjà un ou deux, il est vrai que la valeur d'un milliard peut être difficile à appréhender. Anasse Kazib, candidat de Révolution Permanente à la présidentielle, se charge de rendre l'ordre de grandeur tangible pour le commun des mortels dans un post sur X : « Simplement avec les 60 milliards de dividendes versés ce trimestre aux actionnaires, on pourrait financer et revenir sur les 5 réformes des retraites : 1993, 2003, 2010, 2014 et 2023. C'est-à-dire : retour de l'âge légal à 60 ans demain matin, diminution de la durée de cotisation, retour vers un calcul plus favorable de la pension sur les dix meilleures années ».
🔴 « Avec les dividendes versés ce trimestre, on peut revenir sur l'ensemble des 5 réformes des retraites et partir à 60 ans demain matin. »
Les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 60 milliards de dividendes seulement au deuxième trimestre. Comme toujours, la crise, c'est… pic.twitter.com/OOBDU8ZbhM
— Anasse Kazib (@AnasseKazib) September 15, 2026
On nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour les retraites, ni pour la santé, ni pour l'éducation, ni pour la recherche publique... Pourtant, dans les caisses des actionnaires, il ne semble pas manquer. Comment tant d'argent arrive-t-il là ?
Les cadeaux aux entreprises et à leurs actionnaires : premier budget de l'État
Subventions, niches fiscales, exonérations des charges patronales, crédit d'impôt recherche… en tout, ce sont 270 milliards d'euros d'argent public qui sont annuellement transférés aux entreprises, faisant des cadeaux au patronat le véritable premier poste de dépense de l'État, largement devant l'éducation, la recherche et l'enseignement supérieur.
Loin d'être des aides à des entreprises en difficulté ou de servir à de prétendus investissements productifs, tout cet argent dont l'État arrose les grandes entreprises finit en réalité par « ruisseler »… directement dans les poches des actionnaires. L'année dernière, lors de la commission d'enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises, le sénateur PCF Fabien Gay relevait par exemple au sujet de Carrefour les chiffres suivants : « En six ans, les exonérations, additionnées au CICE, s'élèvent à 2,3 milliards d'euros. Or, sur cette même période, [...] les dividendes versés atteignent 2,8 milliards d'euros ». Evens Salies, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, résumait alors à propos du Crédit Impôts Recherche : « Ce que les entreprises en font, on ne sait pas. Enfin, elles peuvent en faire ce qu'elles veulent. »
On se rappellera aussi, lors des premières années de la pandémie de COVID-19, l'explosion aussi indécente qu'apparemment paradoxale des dividendes octroyés par les grandes entreprises à leurs actionnaires (+22 % entre 2020 et 2021), alors même que les travailleurs étaient touchés de plein fouet par la crise, le chômage et les baisses de revenus. Les résultats des entreprises du CAC 40 avaient pourtant bien chuté sur la période : de plus de 55 %, comme le révélait l'observatoire des multinationales dans un rapport de 2021. L'État leur a versé des aides publiques pour les aider à faire face à la crise sanitaire, et ces entreprises s'en sont servi pour engraisser encore plus leurs actionnaires, tout en supprimant des emplois. Un phénomène qui n'est pas spécifique à la crise COVID.
L'austérité pour les travailleurs sert à sauver les taux de profits de la bourgeoisie
Le refrain se répète en boucle en France ces dernières années. Pour les travailleurs, ce sont les fermetures d'usines et les suppressions d'emplois par milliers au nom de « difficultés économiques », et pour les actionnaires, ce sont des dividendes record. Quelques exemples ?
Michelin : deux fermetures de site en 2025, 3000 travailleurs licenciés sur deux ans. Près de 2 milliards de dividendes sur la même période. Renault, en 2026 : un plan de 800 « départs volontaires » d'ingénieurs annoncés d'ici 2027 ; 2,1 milliards de dividendes sur les trois dernières années. Magellium-Artal, en 2026 toujours : lors des NAO, la direction propose une augmentation des salaires de 2%, la plus faible depuis cinq ans. Pourtant : 10 millions d'euros de dividendes versés, dont la moitié provient du Crédit Impôt Recherche.
Si le grand patronat prétend avoir des difficultés économiques, c'est simplement que la rentabilité actuelle du capital n'est pas suffisante à son goût. Voilà la vraie fonction des 211 milliards d'aides publiques au patronat : l'État vient à la rescousse des taux de profit en berne de la bourgeoisie. Cette ponction des richesses créées par les travailleurs pour servir les intérêts d'une élite économique, année après année, creuse les déficits publics. L'austérité ensuite imposée aux travailleurs est donc un choix politique. Dire qu'il faut multiplier les attaques contre les chômeurs, la sécurité sociale ou encore les retraites et fermer des usines pour soi-disant redresser l'économie française, c'est masquer l'évidence que les ressources existent bel et bien, mais sont détournées au profit d'une minorité, au détriment des conditions de vie de la majorité.
Alors quand Lecornu somme les travailleurs de se serrer encore la ceinture pour pouvoir boucler son budget 2027 avec 54 milliards d'euros d'économie, les dividendes indécents des actionnaires révèlent au grand jour la vraie priorité d'un gouvernement bourgeois : vampiriser une part sans cesse croissante des richesses crées par la classe ouvrière, pour servir les intérêts d'une élite économique.
L'heure est à une lutte déterminée et à la construction d'un véritable rapport de force face au patronat avec les méthodes du mouvement ouvrier : interdire les licenciements, augmenter les salaires, et les indexer sur la hausse des prix via une échelle mobile. Face aux actionnaires qui se gavent, il faut défendre l'expropriation sans indemnité ni rachat des grandes multinationales, et leur mise sous le contrôle des travailleurs.