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ZEvent : une dernière édition marquée par des influenceurs d'extrême droite et un ras-le-bol grandissant

Thu, 17 Sep 2026 20:53:53 CEST

Révolution Permanente

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Lors de la dernière édition du marathon caritatif, le streamer Anyme a provoqué la polémique en invitant des influenceurs masculinistes. Le symbole d'une idéologie dont la place grandit dangereusement sur Internet, ainsi que d'une certaine rupture entre les streamers et leurs spectateurs.

Le dernier ZEvent, qui s'est tenu du 4 au 6 septembre, a récolté plus de 32 millions d'euros pour 22 associations, allant de la lutte contre la précarité à l'écologie en passant par la santé. Cette édition marque la fin d'une série quasi-annuelle du marathon caritatif en ligne le plus lucratif au monde, recensant des statistiques de visionnage absolument gigantesques en réunissant les streamers français les plus suivis.

Cette édition, comme de nombreuses avant elle, a soulevé la polémique, principalement autour de la présence, sur le stream d'Anyme, de Yomi Denzel. Ce podcasteur business libertarien, admirateur de Trump et d'Andrew Tate, trouve dans le ZEvent l'opportunité de séduire un nouveau public en s'associant à un événement caritatif… après après avoir appelé aux mesures en faveur des milliardaires. À noter que le live d'Anyme a aussi été marqué par le don de 60 000 euros d'un autre influenceur d'extrême droite : MC Pao, rappeur héritier de la firme médicale San Donato, inspiré par Bolloré, et qui se vante de manger des repas plus de trois fois plus chers que son don…

Ponce a été le principal streamer à réagir, en dénonçant sur place cette banalisation de l'extrême droite et du masculinisme, notamment vis-à-vis des femmes dans la salle. Anyme a ensuite été le chercher en bande pour « s'excuser » (dans le cadre d'un gage…), sans le trouver. Quelques jours plus tard, néanmoins, Anyme est revenu sur ce qu'il avait fait, suite au tollé sur les réseaux, en se dissociant de ses invités et en dénonçant la montée de l'extrême droite.

La mise en avant de telles personnalités a été aussi décriée que la réaction de Ponce ; en effet, cette dernière vient troubler le spectacle consensuel que le ZEvent aspire à être. C'est sa stratégie pour engranger toujours plus d'argent, couplée à une surenchère du spectaculaire : lors de cette dernière édition, une tombola pour gagner un maillot de Zidane a engrangé à elle seule plus d'un million d'euros. Les chiffres extraordinaires de chaque édition sont le résultat de l'engagement que proposent les streamers avec leurs challenges, les paliers de dons à atteindre et les collaborations, dans un engouement généralisé.

C'est aussi parce qu'elle aurait ruiné la bonne ambiance de l'événement qu'Ultia subit un cyberharcèlement continu depuis 2021 : elle avait reproché à Inoxtag ses propos sexistes envers une invitée non francophone, afin d'amuser le chat et de créer de l'engagement. Elle est ciblée notamment par les militants masculinistes, une idéologie qui depuis cinq ans a pris du poids sur Internet, au point d'avoir droit de cité au ZEvent.

Malgré une tendance à ne pas faire de vagues, il arrive cependant que le consens soit brisé, comme en 2022 où le choix de GoodPlanet comme bénéficiaire des dons avait provoqué une levée de boucliers : la fondation était dénoncée pour son greenwashing, son financement privé et sa collaboration avec Total. Elle a finalement été remplacée par cinq autres associations écologistes [1]. Lors de la même édition, les streamers Antoine Daniel, AngleDroit ou encore Ponce avaient fustigé Macron qui tentait de récupérer le ZEvent. Aussi consensuel soit-il, la limite s'arrête donc aux responsables des problèmes, précarité ou crise climatique, que la philanthropie cherche à réparer.

Si le ZEvent est aussi populaire et aussi décrié, c'est parce qu'il pousse la jeunesse à financer ce que l'État ne soutient plus. Une jeunesse de plus en plus politisée, consciente des inégalités et des conséquences du capitalisme et de l'impérialisme : c'est pourquoi les streamers Baghera ou Amine ont lancé des marathons caritatifs plus explicitement politiques, afin de réunir des fonds pour la cause palestinienne.

Cependant, la politisation de la jeunesse est à double tranchant, et questionne désormais la légitimité même de l'événement. Plus que jamais cette année, le ZEvent a été dénoncé comme une bulle réunissant des streamers millionnaires, qui soulèvent des dons trois jours par an pour se donner bonne conscience. comme étaient critiqués en leur temps les Enfoirés qui, après avoir chanté pour les Resto du Cœur, cotoyaient les politiciens qui mettaient en place les politiques de précarisation. Ces réflexions s'inscrivent dans la remise en cause généralisée des influenceurs, notamment cristallisée cet été par Léna Situations, dans la vidéo où elle explique « ne pas assez profiter de [sa] vie » en privatisant centres commerciaux et parcs d'attraction. Les spectateurs sont de plus en plus nombreux à souligner le décalage croissant entre leur vie et celle des personnes qu'ils suivent.

Face à l'explosion de la précarité, à la destruction du système de santé, à l'ampleur du changement climatique dont on a vu cet été les prémices dévastateurs, il n'y aura jamais assez de ZEvent pour apporter le commencement d'une réponse. La jeunesse ne peut plus déléguer pour impacter la réalité, elle doit prendre les choses en main elle-même.


[1] Certaines de ces associations sont aussi problématiques, comme Sea Sheperd, fondé par le suprémaciste Paul Watson, ou WWF, ayant participé à des actes impérialistes, et qui a récemment renvoyé sa directrice pour avoir participé à un rassemblement contre le racisme appelé par la France insoumise

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