L'été le plus meurtrier de l'histoire en France : l'État austéritaire et pro-patronal a fait 8 000 morts
Thu, 17 Sep 2026 21:08:00 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPlus de 8000 personnes sont mortes en lien avec la chaleur cet été, selon un nouveau bilan provisoire de Santé Publique France. Un chiffre révoltant, qui doit nous pousser à nous organiser pour imposer un programme ouvrier face à la crise climatique.

Le bilan d'un été aux chaleurs meurtrières s'alourdit : Santé Publique France (SpF) a publié ce mercredi 16 septembre un nouveau bilan provisoire qui porte à 8000 le nombre de décès dûs aux canicules successives qui ont frappé le pays. Un chiffre alarmant et bien supérieur à celui de 2000 morts, publié début juillet suite aux deux premiers pics de chaleur, et agité par le gouvernement pour minimiser l'ampleur de la catastrophe et sa propre responsabilité dans celle-ci.
Ce nouveau rapport sur les décès dits « en excès » prend en compte le plus long épisode de chaleur jamais enregistré sur le territoire, du 27 juillet au 20 août, et lors duquel au moins 817 décès excédentaires ont été comptabilisés. Ils s'ajoutent au décompte macabre des précédents pics, soit 5764 morts estimés lors de la canicule du 17 juin au 2 juillet, 1243 du 3 au 20 juillet et 95 du 24 au 28 mai.
Pour obtenir ces chiffres, tous les certificats de décès dématérialisés d'environ 5000 communes ont été comptabilisés : cette estimation de la moralité a ensuite été comparée à la mortalité attendue sur la période, calculée à partir des données des six dernières années. Cet « excès de mortalité toutes causes » prend donc en compte tous ceux qui ont trouvé la mort à cause de la canicule et ses conséquences, des hyperthermies aux personnes qui se sont noyées alors qu'elles cherchaient un peu de fraîcheur, en passant par celles qui se sont tuées sur la route après s'être assoupies, assommées par la chaleur accablante.
Ce bilan de fin d'été est amené à s'alourdir, car la collecte de chiffres n'est pas terminée et elle ne prend pas en compte l'entièreté de l'été. La période surveillée par SpF court en effet du 1er juin au 15 septembre. Signe d'une accélération des impacts de plus en plus précoces et extrêmes du réchauffement climatique, cette période a même été étendue, alors qu'elle se terminait auparavant à fin août. Ces chiffres restent sans doute également sous-estimés étant donné qu'ils ne prennent en compte que les certificats de décès numériques et que de nombreux décès liés aux canicules surviennent avec plusieurs jours de décalage, notamment lorsqu'ils concernent des personnes atteintes de maladies chroniques.
Face à la chaleur, une lutte de classe
Ces chiffres font des canicules de 2026 les plus meurtrières depuis celle de 2003, bien loin du relativisme du gouvernement, qui fin juin minimisait l'ampleur de la situation et balayait d'un revers de la main la comparaison avec le nombre de décès en 2003.
Le dernier rapport de SpF apporte des éléments supplémentaires sur la troisième vague de chaleur de l'été, qui a frappé presque la totalité (90%) de la population du pays. Pendant ces 25 jours de canicule, près de la moitié des décès est concentrée sur 3 jours, du 14 au 16 août, juste après les deux journées aux températures les plus intenses et survenues sur « la plus grande étendue du territoire ». En effet, à part la Normandie et l'Occitanie, toutes les régions ont connu un excès de mortalité.
Contrairement aux précédents épisodes qui avaient aussi touché des franges plus jeunes de la population, le dernier épisode de chaleur en date a particulièrement frappé les plus de 75 ans : d'après SpF, 751 personnes en plus de cette classe d'âge sont décédées. Un lourd tribut payé par les personnes âgées après un été où l'accumulation de fortes chaleurs a épuisé la résistance des corps les plus vulnérables.
Quant aux lieux où survient cet excès de mortalité, les autorités sanitaires rapportent qu'environ la moitié des décès ont été recensé à l'hôpital, 25% à domicile et un peu plus de 20% en Ehpad et maison de retraite. Des chiffres qui ne doivent pas nous faire minimiser les « morts à domicile », certains décès pouvant survenir à l'hôpital après une exposition au domicile ou en Ehpad.
Les épisodes de forte chaleur à répétition ont pesé de tout leur poids sur un système de santé public déjà à bout de souffle après des décennies de casse austéritaire. Après avoir souffert de la chaleur chez soi, combien sont les usagers de l'hôpital à s'être retrouvés dans des chambres aux températures montant parfois jusqu'à 38 degrés ? D'après une consultation menée par le syndicat SAMU-Urgences de France et dévoilés ce jeudi 17 septembre, 26 déclarent avoir connu au moins une mort d'un patient sur brancard, et 35 structures sur 143 interrogées ont transmis des relevés de température. Dans la moitié des cas, elle était supérieure à 32 °C, parfois au-delà des 38 °C.
Sur les trois canicules survenues cet été, c'est la première, celle de fin juin, qui reste la plus meurtrière. Elle a en effet été marquée par environ 4,5 fois plus de morts en excès que la deuxième et par sept fois plus que la troisième. En cause, son caractère extrême et intense mais aussi le maintien de l'activité, ce qui pointe la lourde responsabilité de la politique pro-patronale du gouvernement visant à en minimiser coûte que coûte l'impact sur la production : en raison de la précocité de la canicule sur la saison en juin, non seulement les organismes n'étaient pas habitués à la chaleur, mais les travailleurs ont continué à devoir affronter des conditions invivables dans les usines, sur les chantiers, dans les établissements scolaires, qui ont continué de tourner comme si de rien était.
Il est urgent d'en finir avec ce système mortifère
L'été 2026 est inédit par rapport aux années précédentes avec des épisodes de canicule presque en continu, là où d'ordinaire, selon SpF, les jours de canicule représentaient « globalement autour de 5% de l'été ». Il est, d'après Météo France, le plus chaud jamais vu en France depuis 1900, devant les étés 2003 et 2022 : un avant-goût d'un avenir de catastrophe climatique sans précédent à l'heure où de telles températures extrêmes pourraient devenir la norme, alors que le dérèglement climatique augmente la probabilité de subir de tels épisodes de canicule très intenses, très longs et étendus géographiquement. Au-delà de la France, cet été de catastrophe et ses canicules a touché l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni. Sans parler des méga-feux de plus en plus récurrents et violents qui ont ravagé des milliers d'hectares à travers l'Europe mais aussi en Algérie.
Cette hécatombe n'est pas une catastrophe naturelle inévitable mais le résultat de décennies de politique pro-patronales et austéritaires. Pendant que nous comptons nos morts, les profits des grandes entreprises capitalistes comme TotalEnergies explosent en même temps que les émissions de gaz à effet de serre, qui ne font qu'accentuer les catastrophes.
Face à cette situation, il est urgent de nous organiser par en bas pour imposer une riposte ouvrière face à la crise climatique, dont les conséquences dramatiques ne vont pas manquer de s'accélérer. Après cet été apocalyptique se pose la nécessité d'arracher, par les méthodes de la lutte de classe, des mesures urgentes en période de forte chaleur comme la suspension des activités non-essentielles, la réduction du temps de travail, la mise à disposition gratuite d'espaces de fraîcheur et le contrôle des travailleurs sur les protocoles, l'organisation et les rythmes de travail pour affronter les canicules. Mais les ravages de « l'été le plus frais du reste de notre vie » montrent combien, pour en finir avec le réchauffement climatique, il est indispensable d'articuler cette lutte à celle pour renverser l'ensemble de ce système capitaliste pourrissant, principal responsable de la crise, qui nous mène tout droit à la catastrophe.