Contraception et méningiome : la santé des femmes encore sacrifiée sur l'autel du profit
Thu, 17 Sep 2026 21:28:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe 10 septembre, 1,6 millions de femmes recevront un courrier les informant d'un risque de méningiome associé à la prise de leur contraceptif. Cette nouvelle, qui n'est pas sans rappeler d'autres scandales autour de la pilule contraceptive, inquiète une nouvelle fois un grand nombre de patientes.

Ce 10 septembre, 1,6 million de femmes recevront un courrier les informant d'un risque de méningiome associé à la prise de contraceptifs contenant du désogestrel, comme les pilules Optimizette, Cérazette et Antigone, ainsi que certains autres contraceptifs hormonaux.
Un méningiome est une tumeur généralement bénigne qui se développe à partir des membranes entourant le cerveau. Lorsqu'il atteint une certaine taille ou se développe à certains endroits, il peut provoquer différents troubles neurologiques.
Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), le risque s'accroît selon l'âge des femmes et la durée d'utilisation de ces pilules. En effet, au-delà de 5 ans, le risque est multiplié par 1,7 et par 2 au-delà de 7 ans. Pour les femmes de plus de 45 ans, ce risque apparaît dès la première année d'utilisation.
Ce n'est pas la première fois que des pilules contraceptives sont mises en cause pour ce genre de risques : des études avaient déjà démontré un sur-risque de méningiome en cas d'utilisation de médroxyprogestérone (Depo Provera), un contraceptif injectable très largement utilisé dans le monde (par 74 millions de femmes).
Selon les dernières études, les résultats de méningiomes restent faibles concernant Optimizette, Cérazette et Antigone. Mais le courrier du 10 septembre ravive le souvenir de contraceptifs comportant des risques importants pour la santé, comme la pilule Diane 35, l'implant Essure et plus récemment l'Androcur.
Des contraceptifs dangereux
Le scandale autour de Diane 35, un médicament utilisé pour traiter l'acné mais largement utilisé comme contraceptif, avait éclaté en 2013 après le décès de 4 jeunes femmes liés à des thromboses. Alors que 315 000 femmes avalaient chaque jour ce médicament, il n'avait jamais fait l'objet d'une demande d'autorisation pour une utilisation contraceptive. Les risques d'accidents thromboemboliques étaient pourtant bien documentés : le progestatif de Diane 35 multipliait le risque de thrombose veineuse par 6,68 au cours de la première année d'utilisation. Le président de la commission d'autorisation de mise sur le marché de l'ANSM expliquait lui-même ce retard pour des raisons financières : avec l'indication « acné », les médicaments n'étaient pas remboursés et coûtaient 7 à 10 fois le prix d'une pilule, il était donc plus rentable pour Bayer de continuer à « traîner les pieds », sachant que 99% des usager·es de ce médicament le prenaient pour des raisons contraceptives.
Quelques années plus tard, c'est l'implant Essure, lui aussi commercialisé par le laboratoire Bayer, qui est mis en cause. Pendant de longues années, des milliers de femmes alertent sur des effets secondaires liés à la pose de cet implant, qui concerne 240 000 femmes en France. En 2017, une expertise commandée par l'ANSM fait état d'un risque de corrosion en lien avec les métaux composant l'implant. L'Agence choisit de ne pas rendre publique l'étude et crée un groupe d'étude clinique, composé de gynécologues connus pour être favorables au médicament. Ce moyen contraceptif a été largement promu en France et a même été en tête des ventes mondiales, en proportion d'habitants. Il a été démontré que, entre 2012 et 2021, le laboratoire Bayer a versé 176 millions d'euros à des médecins prescrivant Essure.
Ces différentes affaires ne sont pas des accidents isolés. L'histoire récente de la contraception est jalonnée de médicaments ou dispositifs dont les risques ont été révélés après leur diffusion massive. Ces scandales exposent au grand jour comment la production de médicaments est profondément dirigée, orientée, par les logiques rentables des laboratoires pharmaceutiques, au détriment de nos besoins de santé, particulièrement ceux des femmes et des minorités de genre.
La pénurie régulière de médicaments organisée par les laboratoires pharmaceutiques, dès lors qu'une molécule est jugée peu rentable, en est une autre illustration flagrante. C'est le cas récent de la Testostérone Besins, l'une des seules remboursées par la Sécurité sociale, privant d'hormones les personnes qui ne produisent naturellement pas assez de testostérone, ainsi que les personnes transmasculines.
De plus, certaines des pilules concernées par le risque de méningiome sont prescrites pour soulager les douleurs liées à une endométriose. Cette maladie, tout comme le SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) récemment renommé SMOP (syndrome métabolique ovarien polyendocrinien), touche 1 femme sur 10 et provoque des douleurs souvent invalidantes. Malgré des avancées sur le terrain du diagnostic, il existe encore aujourd'hui peu de professionnels formés exerçant en secteur 1. Les traitements restent également souvent très coûteux et non remboursés — comme la pilule Slinda, dont la boîte de 3 plaquettes coûte 45 €, prescrite aux personnes à risque neurologique —, donc inaccessibles aux plus précaires.
Une mauvaise prise en charge des femmes par la médecine
Comme l'endométriose et le SMOP, de nombreux troubles gynécologiques ont été très peu étudiés, étant sous-financés. Cette mauvaise prise en charge par la recherche des problèmes de santé des femmes dépasse largement la gynécologie, la recherche s'étant historiquement centrée sur la symptomatologie masculine, avec pour conséquence une méconnaissance des manifestations féminines et des retards de diagnostic.
Pour les femmes racisées, la prise en charge médicale est en plus souvent biaisée par la croyance de l'institution médicale dans l'existence d'un « syndrome méditerranéen » (parfois enseigné dans les écoles d'infirmières). La douleur et la gravité des symptômes des patientes d'origine étrangère ou perçues comme telles sont alors systématiquement sous-évaluées, et mis sur le compte de l'anxiété ou d'une cause psychologique.
L'austérité dans la santé : la grande cause du quinquennat Macron
La prise en charge de la santé reproductive ne s'améliore pas : tandis que de nombreuses structures de santé sexuelle sont menacées de fermeture, 130 centres IVG et des centaines de maternités ont déjà fermé ces quinze dernières années.
Ces nombreuses fermetures de centres de santé sont l'un des symptômes des nombreuses attaques du gouvernement ces dernières années. Alors que Macron se disait grand défenseur de la cause des femmes, annonçant vouloir en faire une priorité lors de son quinquennat, il a été à l'origine de plusieurs milliards de coupes faites dans le système de santé, qui touchent particulièrement les femmes et les personnes LGBTI. Travaillant en grande majorité dans ce secteur, elles sont directement impactées par les 7,1 milliards d'euros d'économies prévues par le budget de Lecornu.
Après le doublement des franchises médicales restant à la charge du patient en 2024, la rentrée approfondit la chasse aux arrêts maladie, plafonnant leur durée à un mois. Mais Lecornu n'entend pas s'arrêter là : cet été, en pleine canicule, alors qu'entre le 17 juin et le 2 juillet Santé publique France estimait à 36 % la hausse de mortalité, dans une interview accordée à Paris Match, le Premier ministre annonçait vouloir à nouveau augmenter le montant des franchises médicales et nous préparer à de nouvelles réformes. Il en explique la raison de manière limpide : « la guerre en Iran et ses conséquences sur les prix de l'énergie » et « le surcoût de l'activité de nos forces armées dans le Golfe ».. Après avoir fait adopter 36 milliards d'euros supplémentaires pour l'armée avant l'été, portant le total des dépenses prévues pour l'armement de l'État français à 436 milliards d'euros entre 2024 et 2030, Sébastien Lecornu compte garantir les intérêts impérialistes de la France sur le dos des malades.
Alors que le système de santé publique est attaqué, les grands groupes pharmaceutiques ne cessent d'enregistrer des milliards de bénéfices depuis la pandémie de Covid-19 et d'obtenir des cadeaux du gouvernement. C'est le sens du plafonnement de la « clause de sauvegarde », une contribution imposée aux entreprises de l'industrie pharmaceutique lorsque leur chiffre d'affaires lié aux médicaments augmente plus vite que ce qui est prévu par la loi.
Dans un contexte de crise et d'austérité, la santé des femmes n'intéresse les classes dominantes que si elle génère du profit.
Reprendre notre santé des mains des laboratoires
Alors même qu'un Français sur quatre déclare ne pas se soigner pour une raison financière, il y a urgence à arracher notre santé des mains des laboratoires pharmaceutiques et d'un gouvernement qui entend payer la militarisation en saignant le système de santé publique.
Pour ça, il nous faut construire une riposte d'ampleur qui nous permette d'imposer notre propre projet de santé : celui d'un investissement massif pour des soins de qualité, sans conditions de nationalité, ni de ressources. Il est tout aussi urgent de soustraire la production des médicaments aux logiques de profit, de lever les brevets de médicaments et de faire en sorte que le système de santé soit organisé et dirigé par des comités de patients et de travailleurs, et d'en finir avec les logiques misogynes, transphobes ou encore racistes qui structurent la médecine.