Ceuta : Mbappé, Vinicius Jr. et Konaté refusent de taire la situation des exilés, ils ont raison !
Thu, 17 Sep 2026 16:21:48 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes trois joueurs du Real Madrid ont refusé d'exhiber un maillot en soutien à Ceuta, dont le slogan n'évoque que les habitants de l'enclave coloniale pour occulter la mort de dizaines d'exilés, voire dénoncer la « menace » qu'ils feraient peser sur les habitants. Un geste courageux.

Mardi dernier lors du match opposant le Real Madrid à l'Elche pour le championnat espagnol, les joueurs sont entrées sur la pelouse portant un maillot où figurait un supposé message de « solidarité » avec les habitants de Ceuta face à la « crise migratoire » de cet été. Trois joueurs du club madrilène ont décidé de cacher une partie du message : les français Killyan Mbappé, Ibrahima Konaté et le brésilien Vinicius Jr. Cela a suffi pour déclencher une campagne de haine de la part de la droite et de l'extrême-droite espagnoles mais aussi ailleurs en Europe, y compris en France. Ils auraient une « attitude anti-espagnole ».
En effet, le club Elche, qui appartient au milliardaire argentin et entrepreneur du monde du football Christian Bragarnik, avait proposé au Real de participer à cette campagne. Le club de la capitale a accepté et imposé à ses joueurs donc de porter ce maillot avant la rencontre des deux équipes. Mais le message porté n'était pas un simple « soutien » aux habitants de Ceuta, cette enclave coloniale espagnole. C'était un message réactionnaire qui véhiculait un certain récit sur ce qui s'est passé cet été.
Car dire « Todos somos caballas » (« Nous sommes tous Caballas », appellation des habitants de Ceuta) occulte le drame de près de 80 migrants morts noyés tentant d'arriver dans l'enclave, et la répression contre des milliers de migrants arrivés dans la ville. Mais ce message laisse également entendre que les migrants ne seraient pas des victimes de la pauvreté, de la précarité et des calculs réactionnaires des classes capitalistes de chaque pays qui les utilisent comme des objets afin de faire pression sur un gouvernement ou un autre. Au contraire, ils seraient des « dangers » pour les habitants de l'enclave.
Si cette campagne a pris cet air réactionnaire, ce n'est pas le fruit du hasard. En effet, elle est à l'initiative d'un groupe de puissants entrepreneurs de la ville de Valence. Comme l'affirme El País : « La campagne a été lancée le 11 septembre par l'Association valencienne des entrepreneurs (AVE), qui a publiquement revendiqué l'initiative. Dans ses communications, l'AVE explique vouloir témoigner sa proximité avec les habitants de Ceuta et le tissu économique local face aux conséquences de la crise migratoire. »
Autrement dit, LaLiga et la FIFA, qui sont des machines à broyer la liberté d'expression des joueurs et supporters, notamment quand il s'agit de causes progressistes comme la lutte contre le racisme ou contre le génocide à Gaza, n'hésitent pas à accepter une campagne portant un message réactionnaire à l'initiative d'un petit groupe de capitalistes. Ce n'est autre qu'une nouvelle illustration du caractère réactionnaire des institutions qui dirigent le football mondial : ce ne sont que les puissants qui ont droit à l'expression dans les stades.
Dans ce contexte, Mbappé, Vini Jr et Konaté n'ont eu que trop raison de s'opposer à devenir des instruments d'un tel message. Comme l'a expliqué l'attaquant français dans une interview, « Je suis pleinement solidaire de Ceuta et de toutes les victimes. Car avant d'être joueur, je suis un être humain. Mais je tenais aussi à avoir une pensée et un geste pour tous les migrants qui ont perdu la vie et qui se trouvent eux aussi dans des conditions difficiles. » Mais Mbappé, Vini Jr et Konaté n'ont pas été les seuls à rejeter cette campagne. Le Barça a pour sa part aussi refusé d'y participer en arguant qu'il « s'agissait d'une initiative de l'Association valencienne des entrepreneurs, présidée par M. Vicente Boluda, sous le slogan #EmpresariosConCeuta [Entrepreneurs avec Ceuta], étrangère au FC Barcelone. (…) Le Barça considère également que cette campagne est avant tout un moyen de pression de la part de l'association valencienne en faveur de certains de ses membres ayant des intérêts à Ceuta. D'où son refus. »
En effet, faire porter un message politique à des stars mondiales n'est pas anodin. La censure de la parole politique dans les stades sert justement à éviter que des joueurs mondialement connus puissent porter des messages qui aillent à l'encontre des intérêts économiques ou politiques des puissants. C'est en ce même sens que la FIFA avait censuré le maillot de l'équipe nationale de Haïti qui revendiquait l'histoire de lutte contre l'esclavage du pays. En ce sens aussi la FIFA avait interdit à la sélection danoise de porter un maillot noir lors de la Coupe du Monde de Qatar 2022 en protestation face aux milliers de morts dans la construction des stades pour la compétition. Par contre beaucoup moins d'énergie est mise en œuvre pour combattre le racisme qui s'abat contre des joueurs noirs comme Vini Jr, entre autres.
Nous ne pouvons que saluer l'attitude de ces trois joueurs qui donnent l'exemple et refusent de servir de caution au racisme et aux messages réactionnaires. Ce n'est pas la première fois que d'une façon ou d'une autre ces joueurs prennent position, notamment Vini Jr qui porte fort la cause de la lutte contre la négrophobie et le racisme dans les stades, une attitude qui lui a valu de s'attirer la haine de beaucoup de racistes dans le monde du football et au-delà. Dans l'histoire il y a eu des joueurs et ex-joueurs qui ont porté des messages politiques importantes en faveurs des opprimés, à commencer par Maradona. Mais dans une période où tout a été fait pour dépolitiser le football, où beaucoup de joueurs au contraire ont participé (et participent) dans des campagnes réactionnaires pour booster des partis ou figures d'extrême-droite, ce geste de Mbappé, Vini Jr et Konaté est un coup de pied au nez des réactionnaires et un point d'appui symbolique très fort pour les luttes populaires progressistes.
Crédits photo : Capture d'écran RTVE Noticias.