Rentrée sociale : premières étincelles autour du carburant, le mouvement ouvrier doit unifier la colère !
Wed, 16 Sep 2026 20:33:09 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la rentrée politique bat son plein, la colère sociale s'exprime de façon de plus en plus marquée en lien avec la hausse du prix du carburant. A quelques semaines de la présentation du budget austéritaire, et alors qu'une journée sectorielle aura lieu le 29 septembre, les directions du mouvement ouvrier doivent proposer un plan de bataille à la hauteur.

La rentrée est désormais lancée, avec au centre la présidentielle 2027. De l'extrême centre à l'extrême droite, les candidats avancent leurs réponses néolibérales et racistes pour faire payer la crise aux travailleurs. Mais ces derniers jours, la colère sociale est en train percuter ce calendrier.
Des foyers de colère qui se multiplient sur fond de hausse du carburant
Si les signaux de colère sociale par en bas se multiplient, elles trouvent un point de cristallisation particulièrement concret dans la flambée des prix du carburant : 2,34 euros le litre de gazole au 15 septembre et 2,15 euros le litre de SP95-E10, niveau historique qui dépasse le précédent pic de 2022. Pour les millions de travailleurs qui dépendent de leur voiture pour aller travailler, cette hausse vient directement amputer des salaires qui ne permettent déjà plus de vivre dignement. Cette réalité nourrit une colère qui dépasse d'ailleurs largement les secteurs déjà rompus à la lutte sociale.
« J'ai vraiment l'impression de payer une vraie taxe à la pompe. Je dépense 371€ par mois de gazole, j'ai l'impression d'être punie et de devoir payer pour travailler ». Sur Tik Tok, les appels au 17 octobre se multiplient, ravivant le spectre des gilets jaunes, en lien cette accumulation des hausses et du sentiment de ne plus pouvoir vivre de son travail : « J'ai jamais manifester mais je suis prêt a enfiler un gilet jaune : l'eau coûte cher, l'électricité coûte cher, la nourriture coûte cher, l'essence se rajoute. Pour 1 euros 40 ont avait manifesté, et on nous a rajouté 1 euro »
Des tendances qui frappent également des secteurs de petit patrons. À Fos-sur-Mer, cette semaine les pêcheurs ont bloqué pendant près de 7 heures le dépôt pétrolier pour protester contre la hausse du prix du carburant et la dégradation de leurs conditions de travail, avant d'être dispersés de force par la police. Le lendemain, c'est un dépôt pétrolier à Frontignan qui a été bloqué, tandis que le port a également été bloqué à Sète. Dans un contexte d'inflation, alimentée par la crise internationale, avec la guerre en Iran, et la crise climatique, qui a provoqué une véritable crise agricole faisant monter les prix de l'alimentation, de tels phénomènes pourraient aller en s'étendant.
Mais le coût de la vie s'inscrit dans une colère beaucoup plus large : les salaires qui ne suivent plus les prix, la dégradation des conditions de travail, le démantèlement des services publics et une politique qui fait payer aux travailleurs les conséquences d'une crise dont l'Etat est responsable. En ce sens, ce mardi, les travailleurs de l'énergie étaient en grève contre la remise en cause du tarif agent, provoquant des baisses de puissance dans plusieurs centrales nucléaires et du barrage hydraulique de Lyon-Villeurbanne. Du côté des universités, le mouvement étudiant s'est mobilisé mercredi contre le sous-financement chronique, les logiques de sélection drastiques de Parcoursup et Mon Master, et l'explosion des frais d'inscription pour les étudiants étrangers dans le cadre de « Bienvenue en France ». Surtout, alors que les pompiers ont déposé un préavis reconductible la semaine dernière, ils feront partie des têtes d'affiche de la mobilisation de la fonction publique qui aura lieu le 29 septembre, à la veille de la présentation du budget.
Une colère sociale qui percute un gouvernement fragile
Bien qu'initiale, cette multiplication de foyers de lutte montre que la colère pourrait ne pas attendre 2027 pour s'exprimer. Un scénario catastrophe pour le gouvernement, qui cherche près de 30 milliards d'euros d'économies pour 2027 sans impacter les profits du patronat, et ambitionne donc de s'attaquer aux travailleurs. D'autant que cette tâche est compliquée par le ralentissement de l'économie française, avec une croissance attendue autour de 0,5 % en 2026, et des taux d'emprunt qui atteignent des niveaux inédits depuis 2008, autour de 4,5 %, alourdissant le déficit.
Sans majorité stable, et alors que les oppositions ont tout intérêt à se démarquer d'un budget impopulaire à l'approche de la présidentielle, le budget 2027 pourrait donc être à nouveau source de tensions, avec le risque d'une censure. Certes, après que le PS ait décidé de passer dans le camp de l'opposition avant les élections, le RN veut jouer les partis responsables en se montrant prêt à éviter la censure. Cependant, le gouvernement planche sur une mise à contribution des retraités qui risque de lui aliéner l'extrême-droite. De même, le projet de taxation de l'épargne salariale a déjà provoqué un tollé, obligeant l'exécutif à temporiser, tandis que Lecornu a dû écrire une lettre au patronat pour tenter de le rassurer la semaine dernière.
Une fébrilité, avant même que le budget n'ait été présenté, qui pourrait s'aiguiser sous le coup de mobilisations sociales, attisées par les annonces à venir. Dans ce paysage, la principale sécurité du gouvernement réside cependant dans la politique des directions syndicales, largement atones en cette rentrée au-delà de dates de mobilisations sectorielles et isolées.
Face au silence des directions syndicales, construire un vrai plan de bataille depuis le mouvement ouvrier
Malgré la colère, il ne semble pas y avoir le moindre plan à la hauteur de cette situation. Les déclarations de Sophie Binet ces derniers jours l'illustrent bien : si la secrétaire générale de la CGT appelle à une mobilisation massive le 29 septembre - « une grande grève pour [les] salaires et [les] services publics » - et dénonce la politique d'austérité du gouvernement, cette mobilisation n'est accompagnée d'aucun vrai plan pour préparer la suite. Surtout, la secrétaire de la CGT botte en touche sur le 17 octobre, laissant de côté une mobilisation qui pourrait pourtant constituer un point d'appui pour faire converger les colères en partant de la question du pouvoir d'achat et du prix des carburants.
Pour ça, il faut en finir avec les mobilisations séparées, et construire un programme qui permette d'unifier les revendications des différents secteurs dans une bataille commune contre l'austérité et le grand patronat. Contrairement à ce qu'avance Sophie Binet lorsqu'elle affirme qu'il faut des travailleurs dans les conseils d'administration des entreprises, ce n'est pas en s'intégrant à ces instances que se jouera la reprise du contrôle des travailleurs sur les modes de production, mais en construisant un rapport de force capable de remettre en cause son pouvoir sur nos vies. Pour cela, il faudrait faire entendre haut et fort des revendications comme le financement massif des services publics, l'augmentation du SMIC à 2000€, le blocage des prix, l'augmentation de tous les salaires et leur indexation sur l'inflation, ou encore la retraite à 60 ans pour toutes et tous et 55 ans pour les métiers pénibles.
A partir d'un tel programme qui réponde à l'urgence sociale, il serait possible de commencer à poser la question de réponses de fond aux problèmes des travailleurs, de la jeunesse et des classes populaires, par exemple en pointant l'urgence d'exproprier les géants comme Total sous le contrôle des travailleurs pour en finir avec la spéculation sur la guerre. Mais également de lier ces préoccupations à d'autres, comme le rejet de l'offensive autoritaire en cours autour de la loi « permis de tuer », contre laquelle des mobilisations auront lieu dans tout le pays ce dimanche. C'est une telle perspective, qui articule des réponses de fond aux problèmes urgents avec une stratégie pour arracher les revendications, qu'il faudra faire entendre tout au long de la présidentielle. C'est précisément le projet de la candidature d'Anasse Kazib.