Payer pour un rendez-vous à la Préfecture : une conséquence des politiques xénophobes
Wed, 16 Sep 2026 20:49:29 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalA Marseille, lorsqu'on est étranger, il faut payer pour espérer un rendez-vous à la préfecture. C'est ce que révèle une enquête de Marsactu sur les réseaux informels qui s'enrichissent sur le dos des étrangers, grâce au racisme d'Etat.

Marsactu révèle dans une enquête ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : l'existence d'un trafic de revente de rendez-vous à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Comme le raconte l'enquête, il suffit d'aller devant la préfecture ou sur internet pour se voir proposer un créneau pour être reçu, moyennant jusqu'à 70 euros selon des personnes interviewées par le journal. Ce réseau informel est connu de la préfecture et de ses services, et surtout permis par le système qu'elle a mis en place, avec des prises de rendez-vous obligatoires, entièrement dématérialisées et en nombre largement insuffisant.
Cela s'inscrit dans une période où les demandes et renouvellements des titres de séjour sont complètement bloqués dans des délais interminables qui créent de fait des ruptures dans les titres de séjour. Les personnes étrangères se retrouvent alors en situation irrégulière, parfois pendant plusieurs mois, avec toutes les conséquences que celà implique : perte d'emploi, d'aides sociales et de logements. Cette situation avait déjà été dénoncée en juin dernier avec le rassemblement organisé par le collectif Bouge Ta Pref, qui avait réuni plus de 400 personnes.
La demande a explosé ces derniers mois, mais cela fait des années que c'est la croix et la bannière pour être reçu en personne. À Marseille, comme partout ailleurs, on ne peut pas venir sans rendez-vous et il est presque impossible de réussir à prendre un rendez-vous en ligne, ces derniers étant délivrés au compte-goutte et réservés automatiquement dès leur publication par des bots au service des réseaux informels. Interrogé par le journal, le juriste Emile Thiodet raconte ainsi n'avoir « jamais réussi à prendre un seul rendez-vous en ligne » en un an et demi de tentatives.
L'opacité de la préfecture et sa politique de tri raciste des demandes permettant ainsi à un réseau informel de s'organiser et de profiter de la situation. Si le premier responsable de cette situation est le gouvernement et ses politiques racistes, ce n'est pas surprenant que face à ces difficultés, des personnes y voient une opportunité de monter un « business ». Comme une ancienne salariée de la préfecture qui se serait « mise à son compte ».
Cette situation n'est pas cantonnée au département, en 2023, le média InfoMigrants dénonçait déjà un marché parallèle de vente de rendez-vous dans d'autres préfectures. C'est également ce que raconte l'avocate et militante au Collectif d'action judiciaire Elsa Marcel, dans son livre « État de droit, ordre bourgeois », paru aux éditions La Fabrique : « Depuis la pandémie et la généralisation des procédures dématérialisée, la plupart des étrangers sont contraints d'avoir recours à un avocat rien que pour arracher un rendez-vous à la préfecture […]. Accéder à un comptoir pour déposer une demande de régularisation est déjà un rude combat ».
Cette enquête est une énième preuve des conséquences des lois racistes et xénophobes sur la vie de milliers de personnes. On ne peut parler des difficultés d'accès à la préfecture sans parler des conditions de délivrances de titres de séjour qui se durcissent avec l'enchaînement de lois racistes ces dernières années : loi asile immigration, circulaire Retailleau et désormais le décret « Bienvenue En France » qui vise à augmenter les frais d'inscription aux étudiants étrangers, ceux qui n'ont pas les moyens de payer se retrouvant sans possibilité de renouveler leur titre de séjour !
Pour en finir avec l'agenda raciste du gouvernement et avec ce système qui fabrique volontairement des sans-papiers, il faut exiger la régularisation de toutes et tous, sans condition, ainsi que la liberté de circulation et d'installation.