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28h, expropriation des secteurs stratégiques... : RP présente les premières mesures de sa candidature

Wed, 16 Sep 2026 20:55:06 CEST

Révolution Permanente

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Ce samedi, Révolution Permanente organisait une table-ronde à la Fête de l'Humanité sur le lancement de la candidature à l'élection présidentielle d'Anasse Kazib. A ses côtés, Elsa Marcel, Irène Karalis et Benjamin Sainty, qui ont présenté les premières mesures de la campagne.

La 91e édition de la Fête de l'Huma s'inscrit cette année dans un contexte de rentrée politique, marqué par le lancement officiel de la campagne présidentielle. Révolution Permanente ne pouvait manquer au rendez-vous. Anti-impérialisme, crise climatique, racisme d'État : les discussions organisées à notre stand ont été l'occasion de débattre de notre stratégie et de notre programme avec d'autres forces politiques et un large public.

Le week-end a notamment été marqué par la table ronde « Présidentielle : pourquoi défendre une candidature révolutionnaire de la nouvelle classe ouvrière ? » Annoncée en juin, la candidature d'Anasse Kazib, cheminot et porte-parole de Révolution Permanente, a été officiellement lancée à cette occasion, où sont également intervus Elsa Marcel, avocate et élue au Conseil Municipal de Saint-Denis, Irène Karalis, étudiante à Paris 8 et porte-parole du Poing Levé, et Benjamin Sainty, travailleur de la santé.

Face aux crises, les classes dominantes radicalisées préparent l'offensive

Anasse Kazib est d'emblée entré dans le vif du sujet : « On a vécu un été apocalyptique, avec les méga-incendies en France en Espagne ou en Algérie, la crue au Népal, les tremblements de terre au Venezuela et en Colombie, les canicules à répétition. » Tous ces phénomènes ont causé des milliers de morts dans le monde entier, frappant en premier lieu les travailleurs et les personnes plus vulnérables. Ces événements tragiques sont « autant de symptômes d'une crise écologique qui s'approfondit parce qu'elle est le produit de la crise du système capitaliste. »

Mais, cet été n'a pas seulement été marqué par des catastrophes : il a aussi été marquée par la poursuite des « guerres impérialistes », à commencer par l'agression contre l'Iran, mais aussi les massacres perpétrés par l'armée israélienne au Sud Liban, la poursuite du génocide à Gaza, l'offensive de l'impérialisme étasunien en Amérique Latine. En parallèle, les États européens poursuivent une militarisation à marche forcée. « Nous sommes dans une période “d'avant-guerre” » résume-t-il.

Quant à la rentrée, elle est placée sous le signe des exigences patronales : le premier débat de la campagne présidentielle, organisé aux Rencontres d'été du Medef, a donné le ton des offensives à venir : attaques toujours plus dures contre la protection sociale, contre les retraites, contre le chômage... Le budget 2027 de Lecornu ne sera qu'un petit avant-goût des offensives que les classes dominantes préparent pour l'après-2027, afin de s'en prendre frontalement aux conditions d'existence des travailleurs, des classes populaires et de la jeunesse.

Comme le note Elsa Marcel, avocate et conseillère municipale RP à Saint-Denis, les classes dominantes comptent bien passer à la vitesse supérieure dans leurs contre-réformes, quitte à opérer un saut bonapartiste pour les imposer plus vite. Les dernières années ont ainsi été marquées par une « surenchère autoritaire », produit de dix ans de macronisme, mais aussi de l'héritage du PS : l'État a répondu aux grèves et aux manifestations de la dernière décennie par la violence et les matraques.

La crise politique s'est ainsi accompagnée d'un durcissement du pouvoir sous la Ve République, avec un recours accru aux mécanismes les plus antidémocratiques et une répression toujours plus forte. Dans le même temps, l'aiguisement des tensions et des guerres impérialistes à l'échelle internationale, notamment en Ukraine et en Iran, a poussé l'État français à accélérer sa militarisation, dans une tentative de répondre à la crise latente du régime et au déclin de l'impérialisme français.

Ces décennies d'attaques contre les travailleurs et la crise de régime actuelle ont fait le lit de l'extrême droite, actuellement en tête des sondages. Mais si le Rassemblement national tente d'apparaître comme une alternative au « système », son élection marquerait une radicalisation des offensives de ces dernières années : renforcement autoritaire, offensive xénophobe et islamophobe toujours plus dure, mais aussi de nouveaux cadeaux aux patrons, que Marine Le Pen tente de rassurer comme l'illustre son opération séduction lors des rencontres du Medef.

Quelle que soit l'issue de la campagne présidentielle, les rires et le mépris que les patrons ont affiché face à l'appel de Mélenchon à « augmenter les salaires » notamment le SMIC, ne laissent aucun doute : dans l'année qui vient, les classes dominantes françaises vont utiliser tous les leviers dont elles disposent pour poursuivre ce cap réactionnaire et refuser toute concession, même les plus minimales. Face aux offensives qui se prépare, « c'est eux ou nous » tranche Anasse Kazib.

Quel programme pour affronter le patronat et repartir à l'offensive ?

Face à ce cap réactionnaire, aucune des candidatures en lice ne propose autre chose que de mieux gérer la crise sur notre dos. « Je ne mentirai pas aux gens en disant qu'il est possible que le capitalisme ait un visage humain », affirme Anasse Kazib avant de dévoiler les premières mesures programmatiques de sa campagne. Un programme qui part d'un principe simple : ce n'est ni aux travailleurs, ni aux classes populaires, ni à la jeunesse de payer la crise du système.

Cela commence par des réponses offensives sur le terrain économique. Face au chômage qui repart à la hausse et aux fermetures d'entreprises qui se multiplient, il s'agit d'interdire les licenciements et les suppressions de postes, et surtout de répartir le temps de travail entre toutes et tous. Pour cela, le candidat a posé comme revendications centrales la semaine de 28 heures et la retraite à 60 ans, 55 ans pour les métiers pénibles, sans condition d'annuités. Face à l'inflation, il entend exiger l'augmentation du SMIC à 2000 euros et de l'ensemble des salaires, indexés sur les prix.

Face à l'éclatement du monde du travail, il faut imposer la fin de la sous-traitance, le CDI pour toutes et tous, l'embauche des précaires, des intérimaires et des contractuels, et le principe « à même travail, même salaire ». Autant de revendications qui s'attaquent à ce qui divise et affaiblit notre camp au quotidien : « les travailleurs ont été frappés par la précarisation des statuts, la multiplication de la sous-traitance, le salariat déguisé avec l'uberisation », rappelle Benjamin Sainty, travailleur social et militant de Révolution Permanente au Mans.

Mais aucune de ces mesures ne tiendra si le patronat conserve son pouvoir de décision sur l'économie. C'est tout l'enjeu de « s'attaquer au pouvoir du patronat et exproprier les secteurs stratégiques », pour reprendre les mots d'Anasse Kazib : exproprier sans indemnité ni rachat, sous contrôle des travailleurs, les entreprises qui refuseraient ces mesures comme les secteurs stratégiques, de l'énergie à la santé. À l'heure où l'emprise de Bolloré, Arnault, Saadé, Niel ou Pouyanné sur nos vies se renforce chaque jour, c'est la seule manière d'engager une planification de l'économie qui soit autre chose qu'une suggestion polie adressée au grand patronat.

Ce programme est indissociable d'un combat frontal contre le durcissement autoritaire et raciste. Elsa Marcel dénonce l'édifice législatif islamophobe bâti de longue date et pose la revendication de son démantèlement, « à commencer par la loi de 2004 et la loi séparatisme », ces lois qui ont institutionnalisé le contrôle des jeunes musulmanes à l'école et facilité la criminalisation des musulmans. À cela s'ajoutent l'abrogation de l'ensemble des lois racistes et sécuritaires et la dissolution immédiate de tous les corps spéciaux de police.

Ce combat contre l'État français ne s'arrête pas aux frontières de l'Hexagone. La critique de l'impérialisme français doit occuper une place programmatique centrale : autodétermination des peuples sous domination française, expropriation des grands groupes qui maintiennent des territoires entiers dans la misère, fin des régimes d'exception, libération des prisonniers politiques et réparations pour les crimes commis. Une exigence qui vaut aussi ici, où l'État organise le tri raciste des étudiants étrangers, comme l'a rappelé Irène Karalis, étudiante et militante au Poing Levé Paris 8, à propos de la politique « Bienvenue en France » : « C'est un devoir anti-impérialiste de défendre nos camarades étrangers ».

Dans une période d'« avant-guerre », la lutte contre la militarisation doit figurer au premier plan, et elle suppose d'en finir avec toute illusion sur un rôle « pacifique » de la France. « On ne peut pas avoir un double discours. On ne peut pas défendre la nécessité de l'augmentation des salaires, la diminution du temps de travail mais considérer de l'autre côté que c'est bon pour les entreprises françaises de soutenir le réarmement du pays. Le chef d'état-major expliquait qu'il fallait se préparer à sacrifier nos enfants pour les intérêts des grands groupes capitalistes, les Arnault ou les Bolloré. Il faut un anti-impérialisme conséquent qui lutte contre les discours guerriers, contre l'impérialisme français », argumente Anasse Kazib. Concrètement : le retrait du porte-avions Charles de Gaulle du détroit d'Ormuz, la fermeture des bases militaires et le retrait des troupes françaises à l'étranger, le démantèlement de l'industrie de l'armement et sa reconversion sous contrôle des travailleurs, l'opposition aux budgets militaires avec le mot d'ordre « pas un euro, pas une vie pour leurs guerres ». L'argent de la guerre doit financer la santé, l'éducation et des transports gratuits.

Reste que ce programme ne vaudra que s'il unifie celles et ceux qui doivent le porter. « La classe dirigeante veut opposer les écolos contre les ouvriers, nous expliquer qu'il n'y a rien en commun entre un militant antiraciste et un ouvrier blanc dans une usine alors qu'en fait, ils ont en commun de lutter contre un même système, le capitalisme », souligne Benjamin Sainty. C'est pourquoi la lutte contre les oppressions est au cœur de la campagne : sur le terrain du genre, avec la « fin de la double journée de travail avec la socialisation intégrale du travail domestique » ; sur celui du racisme, avec la régularisation de tous les sans-papiers et la liberté de circulation et d'installation. « Il faut en finir avec la division entre travailleurs français et étrangers », insiste-t-il : « Unifier notre classe, c'est en finir avec les frontières ».

La nouvelle classe ouvrière et ses méthodes

Un tel programme pose immédiatement une question : qui peut l'imposer ? Aucune de ces mesures ne sera concédée par le patronat, ni arrachée par la seule voie des urnes ou par un « compromis » avec le Medef. Il faudra les défendre avec les méthodes de notre classe : la grève, le blocage de la production, l'auto-organisation dans des assemblées générales souveraines.

Les dix dernières années ont montré que cette force pouvait exister : mobilisation contre la Loi Travail, Gilets jaunes, batailles des retraites de 2019 et 2023, grèves des cheminots, des raffineurs, des travailleurs du nettoyage, de l'éducation, de la santé, avec ou sans papiers. De fait, ce sont les travailleurs qui ont été la principale force d'opposition au macronisme. C'est la voix de ces millions de travailleurs et de jeunes qu'Anasse Kazib souhaite incarner avec sa candidature. « Nous sommes capables de nous représenter nous-même. Nous faisons tourner la société et nous devons faire entrer cette nouvelle classe ouvrière dans la présidentielle », a lancé Anasse Kazib.

Benjamin Sainty, travailleur de la santé et militant à Révolution Permanente au Mans, précise : « La classe ouvrière des années 50/60 a été frappée de plein fouet par les délocalisations, l'éclatement des collectifs de travail, la sous-traitance en cascade. Ça a souvent entraîné une confusion, comme si ce changement dans la composition de la classe ouvrière, ça voulait dire la fin de la classe ouvrière. » Mais la réalité contredit ce récit néolibéral : celles et ceux qui sont contraints de vendre leur force de travail pour vivre n'ont jamais été aussi nombreux, ni aussi politisés sur le racisme, le patriarcat, le validisme, l'écologie ou l'antimilitarisme. « C'est ça cette nouvelle classe ouvrière, ce nouveau visage du monde du travail. Il est plus précaire, plus flexibilisé, plus contrôlé au chronomètre que jamais, mais il est plus majoritaire que jamais dans ce pays », conclut-il.

C'est bel et bien cette nouvelle classe ouvrière qui, par sa position stratégique au cœur de l'appareil de production, est la seule à même de bloquer l'économie et d'opposer une réponse hégémonique, capable de s'adresser à l'ensemble des secteurs exploités et opprimés. Une stratégie de la « grève générale » que revendique Benjamin Sainty en l'opposant à la « Nouvelle France » de La France insoumise, qui dilue le rôle de la classe ouvrière dans un bloc électoral et citoyen : « Ce n'est pas un hasard de vocabulaire : « nouvelle France » contre « nouvelle classe ouvrière », ce sont deux façons opposées de penser qui doit être le sujet politique de la période – le peuple en général, ou les travailleurs en tant que classe. »

La « révolution citoyenne » prétend qu'on pourrait « changer la vie » en activant les bons leviers institutionnels, et conduit à canaliser la colère vers des modes d'action « citoyens », marches pacifiques ou échéances électorales. Face au Medef, Mélenchon a donné le ton : chercher un compromis pour obtenir quelques concessions, sans jamais remettre en cause le pouvoir total du patronat sur l'économie et sur nos vies.

Pourtant, les rires du patronat face à la simple idée d'augmenter le SMIC disent tout de ce que produit cette politique du moindre mal : plus on rogne à l'avance sur ce que l'on défend, moins on obtient. C'est pourquoi nous ne devons défendre résolument l'expropriation des secteurs stratégiques, l'abrogation de la loi de 2004 et de l'arsenal islamophobe, la régularisation de tous les sans-papiers, ou encore porter un anti-impérialisme conséquent, et à l'horizon le renversement du capitalisme.

Tout au long de la table ronde, Anasse Kazib et les militants et militantes de Révolution Permanente ont souligné la nécessité de défendre une politique qui incarne les intérêts de cette nouvelle classe ouvrière, qui prenne en compte sa diversité et ses réalités contemporaines, et surtout qui garde comme boussole ses propres méthodes de lutte. Anasse Kazib résume : « Il faut en finir avec le discours du « moindre mal ». La progression du RN est le résultat du macronisme, mais aussi des trahisons de la gauche, de Mitterrand à Hollande. Nous voulons porter une candidature ouvrière et révolutionnaire parce que c'est sur le terrain de la lutte de classe que nous pourrons faire reculer l'extrême-droite durablement ».

Les applaudissements du public de la Fête de l'Huma aux mots d'ordre lancés par Anasse et les autres intervenants sont à l'image de ce que peut devenir cette candidature : une candidature ouvrière et révolutionnaire, qui oppose une stratégie et un programme visant à préparer le monde du travail et la jeunesse à l'affrontement avec le grand patronat. La première bataille sera démocratique : celle des 500 parrainages, une barrière faite précisément pour écarter les candidatures subversives. Après le succès de ce week-end, la campagne se poursuit avec des Assemblées ouvertes dans toute la France dans les mois qui viennent, et un premier grand meeting à Paris le 9 novembre !

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