Turquie : Erdogan ordonne un coup de filet massif et poursuit une centaine de militants LGBT
Wed, 16 Sep 2026 13:04:42 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe dimanche 13 septembre matin, la police turque a procédé à une vague historique d'arrestation de militants et patrons d'établissements recevant du public LGBT dans toutes les grandes villes du pays. Les locaux ont été perquisitionné, et des dizaines de sites webs et de comptes sur les réseaux sociaux ont été censurés sur demande du gouvernement turc. Un saut considérable dans la répression des personnes LGBT dans le pays.

Ce dimanche 13 septembre, le gouvernement Erdogan a annoncé avoir engagé des poursuites pénales contre 162 militants LGBT, dont au moins 63 auraient déjà été arrêtés, contre 9 associations et 13 établissements commerciaux LGBT, selon les chiffres agrégés par les différents Parquets. Ces arrestations sont présentées comme la concrétisation du plan « Ma famille en sécurité », présenté comme devant permettre de « protéger les enfants, l'institution familiale et l'ordre social » dans le cadre d'une proclamée « décennie de la famille » en réponse au déclin démographique observé en Turquie.
Si l'homosexualité n'est pas explicitement pénalisée en Turquie, le régime a pu engager cette vague de répression massive en s'appuyant sur les délits liés à la prostitution, à « l'obscénité » et à la protection de la morale publique. Il est par exemple reproché à une association LGBT, au titre de ce dernier délit, de ne pas avoir tenu compte de l'âge et du degré de développement d'adolescents LGBT qui avaient pris contact avec cette association pour obtenir de l'information et du soutien moral.
Cette vague répressive marque un nouveau saut dans la répression des personnes LGBT en Turquie, où la Pride d'Istanbul est systématiquement interdite par les autorités depuis 2015, où les femmes trans font l'objet d'un harcèlement policier tel que 89% déclaraient en 2011 avoir déjà subi des violences policières en garde à vue et où les représentations LGBT peuvent faire l'objet de censure dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Cette offensive répressive n'est pas due au hasard : les militantes et militants féministes et LGBT constituent une frange très active - mais relativement isolée - de l'opposition face au durcissement du régime.
La vague d'arrestations du 13 septembre s'inscrit dans une longue histoire de durcissement autoritaire du régime, dans un contexte où il doit faire face à plusieurs crises. Sur le plan interne, la baisse de la fécondité est liée à la forte inflation, à la hausse du coût de l'éducation, à la crise de l'immobilier qui pèse sur les ménages, dont les enquêtes d'opinion révèlent qu'ils font moins d'enfants qu'ils ne le souhaiteraient en raison de contraintes économiques. Par ailleurs, le phénomène d'émigration des jeunes diplômés, dû au manque d'opportunités professionnelles en Turquie continue à renforcer le déclin démographique du pays.
Dans ce contexte, et sur fond de déstabilisation de la région, entre la guerre en Iran et les affrontements entre les houthistes et l'Arabie saoudite, le régime d'Erdogan cherche à assurer ses arrières, en neutralisant une frange de la population susceptible de s'opposer à ces politiques mais isolée par l'homophobie et la transphobie ambiante. Il est probable que des épisodes de répression touchent bientôt d'autres secteurs opprimés ou s'opposant à Erdogan. Depuis la France, nous devons dénoncer cet épisode de répression mais insister aussi sur le rôle des États impérialistes dans le renforcement de l'homophobie en Turquie ces dernières années. Les États impérialistes sont les premiers responsables des escalades militaristes en cours dans le monde, qui accélèrent le durcissement des régimes. C'est pourquoi le meilleur soutien politique à apporter à la communauté LGBT de Turquie est de reconstruire une tradition LGBT anti-impérialiste qui lutte contre les guerres et contre l'exploitation et l'oppression partout dans le monde.