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Mobilisation des pêcheurs : les directions syndicales doivent se saisir de la colère sur le carburant

Wed, 16 Sep 2026 20:58:02 CEST

Révolution Permanente

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Depuis lundi, les pêcheurs multiplient les blocages de dépôts pétroliers pour dénoncer la hausse du prix du carburant et les contraintes qui pèsent sur leur activité. Le mouvement ouvrier doit soutenir leurs revendications légitimes sur le carburant et combattre la domination de la grande industrie de la pêche, qui pèse chaque jour sur les petits pêcheurs.

Dans un contexte de hausse continue des prix du carburant, la mobilisation des pêcheurs s'élargit jour après jour. Entamée lundi 14 septembre à Sète, dans l'Hérault, et à Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales, la mobilisation s'est étendue dès le lendemain à Fos-sur-Mer. Plusieurs dizaines de pêcheurs y ont bloqué, dès 3 heures du matin, la sortie d'un dépôt pétrolier, empêchant une cinquantaine de camions-citernes d'y accéder. Le site a finalement été débloqué peu avant 10 heures par les CRS. À Sète, les manifestants ont également empêché le départ d'un ferry de la Corsica Ferries.

Le mouvement s'est poursuivi mercredi 16 septembre à Frontignan, près de Sète, où une centaine de pêcheurs ont bloqué dès 3 heures du matin l'accès au dépôt d'hydrocarbures. Un barrage filtrant permettait aux travailleurs de rejoindre le site, tout en empêchant les camions de réapprovisionnement d'y accéder.

Les raisons de la colère

À l'appel des comités régionaux des pêches d'Occitanie, de PACA et de Corse, des trois organisations de producteurs de Méditerranée et des syndicats de marins, salariés comme patronaux, ils dénoncent l'envolée des coûts du carburant, la multiplication des contraintes administratives et réglementaires, ainsi que les restrictions qui pèsent sur son activité. Des organisations qui représentent diverses réalités économiques du secteur, présent sur les blocages, des petits pêcheurs, dont les patrons sont souvent eux-mêmes embarqués sur leur bateau, mais aussi des chalutiers et des thoniers relevant d'armement plus important et employant des marins salariés.

Les pêcheurs pointent en particulier, le plan West Med, dispositif européen de gestion de la pêche en Méditerranée occidentale, encadre notamment l'activité des chalutiers en limitant leur nombre de jours de mer. En 2026, les plafonds d'effort autorisés peuvent atteindre 163 jours pour les navires de moins de 24 mètres et 190 jours pour ceux de plus de 24 mètres, selon les mesures de compensation appliquées. Les pêcheurs dénoncent ainsi une réduction de leur capacité à travailler, alors que le prix du gazole détaxé atteint environ 1,20 € le litre, contre 0,56 € auparavant selon les témoignages rapportés par la presse. “On fait 80 heures par semaines pour gagner 600, 700€ “ dénonce un pêcheur à Frontignan.

Concrètement les organisations revendiquent une distribution plus rapide des aides de l'Etat, une baisse des taxations, ainsi que des allègement des réglementations tel que le West Med afin de maintenir leurs activités dans ce contexte. Après leurs premières actions, le secteur a obtenu un rendez-vous avec la ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaub ce jeudi, tandis que Sébastien Lecornu a annoncé ce mercredi soir le prolongement des dispositifs d'aides ciblées jusqu'au 31 décembre, augmentant celle destinée aux pêcheurs de 25 à 35 centimes par litre. Une miette en forme de provocation qui ne va pas calmer la colère.

Le mouvement ouvrier doit pousser les revendications sur le carburant

La colère et les revendications exprimées par les pêcheurs trouvent un écho important alors que la hausse du prix du carburant touche l'ensemble des travailleurs qui dépendent de leur voiture pour aller travailler, les petits agriculteurs et artisans et, plus largement, la hausse des prix qui frappe l'ensemble du monde du travail. Une situation qui risque de s'aggraver alors que les prix du gaz et de l'électricité enregistrent eux aussi des hausses importantes.

Les revendications concernant l'explosion des prix du carburant sont légitimes, car cette hausse menace directement la possibilité pour les petits pêcheurs de poursuivre leur activité et les mène à la ruine. Celles portant sur les restrictions réglementaires illustrent en réalité les écarts qui existent entre les différents acteurs de la filière. Loin de frapper indistinctement l'ensemble du secteur, les contraintes réglementaires et économiques tendent à peser de tout leur poids sur, les petits pêcheurs qui exploitent eux-mêmes leur bateau, favorisant en définitive les grands navigateurs industriels, et les armements disposant de capitaux plus importants, de plusieurs navires et de salariés.

Les données disponibles montrent d'ailleurs que le nombre de navires ne suffit pas à mesurer le poids économique des différents segments de la flotte. En 2020, la flotte métropolitaine comptait 4 163 navires, dont 1 310 en Méditerranée. Pourtant, les plus grands armements concentrent une part importante de la production : en 2023, la flotte hauturière à longue distance, qui représentait moins de 1 % des navires, regroupait 25 % du tonnage et 20 % du poids des débarquements. Ainsi, derrière un discours général, protectionniste,qui vise à convaincre que petit pêcheur et propriétaire de méga bateau, ont des intérêts en commun sous prétexte qu'ils partagent les mêmes frontières, c'est surtout l'intérêt de la grande pêche qui cherche à être préservé.

Ainsi, l'enjeu est de parvenir à identifier ceux contre qui la colère doit s'orienter : le grand patronat, les profiteurs de guerre et, plus largement, un système qui profite aux grands industriels de la pêche.

Dans ce sens la question du carburant, prend une dimension centrale alors que, dans le même temps, les profits du grand patronat, en particulier ceux de l'énergie, continuent d'exploser, et ce avec le soutien du gouvernement qui assume vouloir faire payer la crise aux travailleurs.

Alors que la colère contre la hausse du carburant peut s'exprimer le 17 octobre dans la rue, le mouvement ouvrier et ses directions ne peuvent pas rester extérieurs. Il doit chercher à développer un programme qui dialogue avec les petits pêcheurs mobilisés, dont l'unité trouve un point de rencontre évident dans la baisse et le blocage immédiat des prix du carburant avec l'augmentation générale des salaires, leur indexation sur l'inflation et le contrôle des prix qui désigne un ennemi commun : les grands patrons de la pêche et plus largement de l'énergie. Pour faire face à la crise en cours, il faut s'attaquer aux intérêts de ceux qui en vivent, et exiger l'expropriation sans indemnité ni rachat des profiteurs de guerre.

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