Argentine : la « Marche de la colère » contre Milei monte en puissance avant le 19 septembre
Wed, 16 Sep 2026 21:00:44 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que le gouvernement de Javier Milei accentue sa politique d'austérité, la « Marche de la colère » du 19 septembre gagne en importance. Portée par plus de 350 organisations, à l'initiative du PTS, cette journée d'action aspire à cristalliser la colère dans le pays, qui se traduit par une sympathie massive pour la révolutionnaire Myriam Bregman.

En Argentine, la dégradation des conditions de vie atteint un niveau critique. L'explosion des tarifs de transport, la hausse des produits alimentaires de base, les licenciements massifs et la politique austéritaire du gouvernement Milei ont fait croître une immense colère au sein des classes populaires. C'est pour organiser cette colère face au coût de la vie et aux mesures pro-patronales du gouvernement Milei que s'est construite la mobilisation nationale du 19 septembre, connue sous le nom de Marcha de la Bronca, « Marche de la colère » en français.
L'appel regroupe plus de 350 organisations syndicales, sociales, étudiantes, féministes ainsi que des figures des droits humains et de la culture. Dans un appel vidéo largement diffusé, Myriam Bregman, députée, et les figures du PTS appellent l'ensemble de la population à rejoindre les cortèges du 19 septembre. Nicolás del Caño, également député du PTS, avertit « si nous n'organisons pas notre colère, le pouvoir continuera de n'en faire qu'à sa tête ».
Une résonance médiatique large
L'un des faits marquants réside dans le retentissement exceptionnel de la mobilisation dans l'espace public. Loin de rester confinée aux cercles militants, la Marcha de la Bronca fait la une des journaux, des télévisions, des radios et des canaux de streaming dans tout le pays. De grands quotidiens nationaux comme Clarín, Infobae, Perfil ou Tiempo Argentino, des chaînes de télévision à forte audience comme Telefé, ainsi que des radios d'information comme Radio Con Vos relaient abondamment la préparation du 19 septembre. Sur les réseaux sociaux, les interventions des représentants révolutionnaires rythment les débats.
Même les éditorialistes réactionnaires, à l'instar de Luis Majul ou Jonatan Viale, consacrent leurs émissions à attaquer la mobilisation et la politique de grève générale, apportant malgré eux la preuve que la « Marcha de la Bronca » est devenue incontournable. Cette visibilité est renforcée par les récents sondages d'opinion nationale. Selon l'enquête de l'institut Atlas Intel, Myriam Bregman occupe la première place du classement des dirigeants politiques avec 43 % à 47 % d'image positive, devançant l'ensemble des figures de la droite, du gouvernement et du péronisme – gauche réformiste au pouvoir pendant des années. Ce phénomène exprime un rejet profond des politiques ultralibérales et une reconnaissance envers une figure politique associée depuis le premier jour à la lutte et au refus de tout compromis avec le pouvoir ultra-réactionnaire.
Le rôle moteur des comités
Si la mobilisation est soutenue par de nombreuses organisations, elle est également structurées autour de comités impulsés par le PTS, dans les lieux de travail, d'étude et les quartiers. On en compte désormais près de 200 dans tout le pays, s'étendant à l'ensemble du territoire argentin. Dans la province de Jujuy, les habitants et militants de Humahuaca et Tilcara préparent le voyage vers la capitale provinciale pour manifester ; à Misiones, les comités de base multiplient les réunions et les assemblées ; de même qu'à Córdoba, Mendoza ou Tucumán. Dans le secteur de la santé, à l'image des personnels de l'hôpital de Florencio Varela, le syndicat CICOP s'organise en coordination avec les autres travailleurs de la zone pour construire la mobilisation.
Ces comités réunissent aussi des organisations féministes et LGBTIQ+ historiques telles que Pan y Rosas, Ni Una Menos, ou le collectif Furia Trava. Dans ces comités, les participantes affirment la nécessité d'articuler la lutte contre l'oppression patriarcale avec l'exploitation capitaliste : « Nous sommes des femmes, des dissidentes, mais nous sommes aussi la classe travailleuse ».
Cette recherche d'unité par la base contraste violemment avec la conduite de la bureaucratie de la CGT et des directions péronistes. Alors que les travailleurs subissent des pertes de pouvoir d'achat dévastatrices, la direction de la CGT a reporté des grèves pour envoyer des émissaires au Vatican « prier le Pape » d'intercéder auprès de Milei. La journée du 19 septembre constitue donc une étape cruciale pour imposer aux centrales syndicales une réponse à la hauteur des aspirations. En ce sens, la marche porte en son coeur la nécessité de construire une grève générale, seule voie en mesure de faire tomber le plan de destruction sociale de l'extrême droite de Milei et d'ouvrir une issue favorable aux travailleurs.
Le péronisme veut temporiser, le PTS veut construire la grève générale
L'initiative de la marche a été portée par le PTS. Face aux péronistes qui, comme le gouverneur de Buenos Aires, Axel Kicillof, prônent la modération et appellent à « organiser l'espoir » en vue des échéances électorales de 2027, le parti d'extrême-gauche souligne l'urgence de s'organiser et de se mobiliser pour affronter Milei et le FMI. Une idée au centre des prises de parole des porte-paroles du PTS et du FIT-U (Front électoral des partis révolutionnaires), qui lient la dénonciation de l'austérité à la nécessité d'une organisation indépendante.
Myriam Bregman multiplie les interventions pour rappeler qu'il est possible de faire céder le gouvernement. Elle souligne avec force : « S'il y a bien une chose qui ne peut pas attendre, c'est la lutte contre ce gouvernement ». Face au défaitisme entretenu par les partis traditionnels, elle martèle l'expérience victorieuse des luttes récentes, citant l'exemple du 6 août, lorsque la mobilisation a contraint Milei à reculer sur ses projets de privatisation des terres pour les vendre à des capitaux étrangers.
En poussant l'auto-organisation, en multipliant les interventions médiatiques pour mettre critiquer et mettre face à leurs responsabilités les dirigeants du mouvement ouvrier, et en défendant la perspective du front unique, le PTS et la gauche révolutionnaire démontrent que seule l'organisation de la colère à la base, en indépendance des direction syndicales ou réformistes, est à même de faire trembler le gouvernement de Javier Milei et de lutter efficacement contre ses projets réactionnaires. Dans ce cadre, le 19 septembre exprime non seulement une dynamique inédite mais pourrait aussi être un point d'appui pour unifier les colères et construire la riposte contre l'extrême droite dans le pays.