« Un CDI pour tous, c'est le minimum syndical ! » : Un militant CGT réagit au plan d'embauche de Figeac Aéro
Tue, 15 Sep 2026 14:39:09 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalJérémy Gargaros, ouvrier et militant CGT à Figeac Aéro, réagit à l'annonce de 91 recrutements en CDI dans l'entreprise. Pour lui, le CDI est un minimum : les salariés doivent aussi se mobiliser pour obtenir de meilleurs salaires, faire reculer la précarité et lutter contre l'inflation qui ronge les salaires.

Ancré au sein de la Mecanic Vallée, Figeac Aéro est un équipementier aéronautique qui fabrique des pièces et sous-ensembles pour l'aviation civile et, en partie, militaire. Le groupe voit ses résultats financiers grimper en flèche ces dernières années, notamment avec la hausse des commandes dans l'aéronautique et l'intensification des cadences dans ses usines. Le remplissage de son carnet de commandes est d'ailleurs en partie lié, selon les propres dires du groupe, aux tensions géopolitiques mondiales et à la remilitarisation qui l'accompagne. Cette semaine, la direction a annoncé fièrement l'embauche de 91 nouveaux salariés en CDI, une initiative encensée par la presse locale. Nous nous sommes entretenus avec Jeremy Gargaros, ouvrier et militant CGT, pour savoir ce qu'il en était vraiment.
RP : Alors que le chômage augmente dans tous les secteurs, l'aéronautique semble être épargné par cette crise de l'emploi salarié en France. Est-ce que tu pourrais nous expliquer pourquoi la situation est bien plus compliquée que ce que la direction du secteur ne laisse entrevoir ?
JG : Déjà, il faut voir que l'état de santé de Figeac Aéro est très bon. Le carnet de commande est plein, et s'élève à 5 milliards d'euros. L'avenir du groupe est assuré pour encore dix ans ! Là, ils veulent nous vendre les 91 CDI comme preuve de leur générosité, mais il faut rappeler la réalité : l'emploi précaire est le fond de commerce de l'entreprise. L'année dernière, Figeac Aéro a fait l'objet d'un contrôle de la DREETS (Directions régionales de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) concernant l'abus de recours aux contrats précaires. C'est seulement grâce à l'action syndicale de la CGT que nous avons pu exiger la régularisation de ces emplois en CDI, faisant passer leur taux de 20% à 12% dans l'entreprise. Et c'est encore trop, le combat doit continuer.
Pour nous, la seule avancée possible, ce serait la régularisation de tous les emplois précaires ainsi que l'augmentation des salaires en net. Face à l'inflation et la chute du niveau de vie généralisée dans le pays, c'est un enjeu qui dépasse Figeac Aéro. Nous le disons, la précarité n'est pas une erreur de gestion. C'est un outil pour diviser les travailleurs entre emplois stables et emplois précaires, et maintenir un chantage à l'emploi pour maximiser les profits ! C'est donc nécessaire de revendiquer haut et fort un CDI pour tous !
RP : L'entreprise connaît une période de croissance, pourtant cela ne se répercute pas sur les salaires et sur les conditions de travail. Qu'en est-il réellement des politiques de l'entreprise concernant les salariés ?
JG : C'est précisément là que réside le scandale. Quand il faut investir, produire davantage et satisfaire les clients, on trouve de l'argent. Mais quand les salariés demandent des augmentations de salaire, soudainement il faudrait être responsables, patients et comprendre les difficultés de l'entreprise. La direction nous demande de participer aux sacrifices, mais jamais au partage réel des richesses qu'on produit. Nous devons arrêter d'accepter cette logique. Les travailleurs produisent et créent la valeur. Sans eux, les machines ne produisent rien et les carnets de commandes ne valent rien. Si l'entreprise grandit grâce à notre travail, alors nos salaires doivent augmenter grâce à cette richesse.
La compétitivité est toujours utilisée comme une arme contre les travailleurs. Cela signifie travailler davantage, accepter la pression sur les cadences, limiter les salaires et multiplier la flexibilité pour rester moins cher que le voisin. Et pendant ce temps-là, les grands groupes donneurs d'ordre imposent leurs exigences à toute la chaîne de sous-traitance. Nous refusons que les travailleurs paient la guerre économique que se livrent les patrons. Pourquoi faudrait-il que les salariés de Figeac Aéro soient moins payés ou plus précaires pour garantir les marges et les profits dans toute la filière aéronautique ? Notre intérêt n'est pas de défendre la compétitivité des patrons contre les travailleurs d'autres pays. Notre intérêt est de nous battre avec eux pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
RP : Chez Airbus Espagne, ces offensives du patronat ont provoqué un soulèvement des travailleurs qui se sont organisés en assemblées générales à plusieurs centaines. Comment est-ce que tu perçois cette mobilisation ?
JG : Ce qui se passe à Getafe est important parce que les travailleurs d'Airbus ont montré qu'ils pouvaient relever la tête et utiliser la grève pour défendre leurs intérêts. Pendant que les directions nous expliquent qu'il n'y aurait pas d'argent, les travailleurs répondent : ouvrez les livres de comptes et montrez nous où va réellement la richesse que nous produisons. À Figeac, à Getafe ou ailleurs, nous sommes confrontés au même système. D'un côté, les directions cherchent à augmenter la production et à réduire le coût du travail. De l'autre, les travailleurs veulent vivre correctement de leur travail. La frontière ne passe pas entre la France et l'Espagne. Elle passe entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du travail des autres.
Pour nous, les travailleurs de Getafe montrent l'exemple. Nous avons vu pendant les dernières années que le dialogue social, à travers les NAO, n'apportent que très peu d'augmentation de salaires avec les patrons qui font sciemment la sourde oreille face à la montée de l'inflation et la dégradation de nos conditions de vie. Si l'entreprise grandit et si le PDG, Jean-Claude Maillard, se permet de fanfaronner sur les plateaux télé, c'est grâce à nous. Nous ne devrions pas avoir à pâtir de la situation avec des contrats et des conditions de travail dégradés !
Nous apportons évidemment toute notre solidarité aux travailleurs de Getafe. C'est sur leurs pas, et en alliance entre salariés d'entreprises donneuses d'ordres et de sous-traitants, que nous devons construire un mouvement qui remet vraiment en question la logique de profit des patrons et des actionnaires, pour qui la guerre n'est qu'un espace de plus pour s'enrichir. Pour ça, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces et exiger beaucoup plus. Quatre vingt onze CDI c'est bien, mais nous revendiquons un CDI pour tous, indépendamment de sa fonction, de son genre et de son origine. C'est le minimum syndical ! Nous revendiquons aussi une augmentation du SMIC à deux mille euros pour permettre aux travailleurs de vivre dignement. Nous voulons aussi faire face à la montée du chômage, c'est-à-dire mettre en place un plan d'embauche massif, avec maintien de salaires et heures de travail réparties sur l'ensemble des salariés. C'est seulement par ce biais que nous arriverons à arracher des victoires !
Révolution Permanente ouvre ses pages pour que les travailleurs et travailleuses racontent leur quotidien comme l'a fait un ajusteur de Figeac aéro. Au moment où la course aux profits et la militarisation dégradent les conditions de vie, les travailleurs de l'aéronautique doivent prendre la parole et montrer ce que les patrons veulent cacher.
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