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D'Ormuz à Bab el-Mandeb : la poudrière de l'inflation mondiale

Tue, 15 Sep 2026 19:46:54 CEST

Révolution Permanente

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Ormuz bloqué, Bab el-Mandeb menacé, récoltes effondrées, prix qui s'emballent d'Europe en Asie. La guerre impérialiste et la crise climatique frappent les chaînes de valeur mondiales aux mêmes points de passage et ce qui n'était en 2022 qu'un choc européen se généralise désormais à tous les continents et à tous les secteurs. Une poudrière dont les premières étincelles jaillissent déjà, de la Syrie aux ports français.

« Préoccupante ». C'est comme ça que Kevin Warsh a qualifié l'inflation étasunienne lors d'un discours très attendu à Jackson Hole, le 28 août dernier. Le nouveau président de la Fed ne croit pas si bien dire. À peine 3 jours plus tard, Donald Trump ordonne de reprendre les tirs contre l'Iran, ciblant l'île de Kharg, en plein second « blocus » de l'Iran et du détroit d'Ormuz. Les cours du pétrole ne se sont pas fait prier, et aussitôt le prix du Brent a de nouveau dépassé les 90 dollars le baril. Un seuil symbolique qui marque une augmentation de 35 % du prix du baril sur un an et valide à demi-mots l'aveu du président de la Fed des difficultés à calmer l'inflation dans un contexte international convulsif. Deux semaines plus tard, le seuil des 100 dollars est franchi à son tour : par le Brent le 9 septembre, puis par le WTI le lendemain, dans la foulée de la prise par les houthistes de la ville yéménite de Moka, aux portes du détroit de Bab el-Mandeb. Le 11 septembre, les chiffres officiels confirmaient les craintes du banquier central : l'inflation étasunienne a atteint 3,4 % sur un an en août, avec une hausse de 27,4 % pour l'essence et de 52 % pour le fioul, tandis que le gallon de diesel a franchi pour la première fois la barre des 6 dollars.

Du côté des travailleurs, cela fait plus de cinq ans que les pays impérialistes connaissent une forte hausse des prix. Les salaires n'ont pas suivi, alors que l'indexation sur l'inflation a progressivement disparu sous le néolibéralisme. Avec la hausse des prix, des millions de travailleurs sont payés de moins en moins pour le même travail. En France, il manque désormais 512 euros par mois en moyenne aux ménages pour vivre correctement. Jamais depuis 1996 les salariés n'avaient connu une période aussi longue de perte de rémunération. Comme le résumait l'éditorialiste des Échos Jean-Marc Vittori, « d'autres pays, comme l'Italie, vivent depuis longtemps avec un pouvoir d'achat dégradé. La France, elle, n'a jamais vécu ça depuis la crise des années 1930 et la Seconde guerre mondiale ».
Ce qui préoccupe en réalité la Fed et la BCE, c'est la nouvelle réaccélération de l'inflation, sur fond de guerre impérialiste en Iran, qui s'étend désormais jusqu'à la mer Rouge, et de crise écologique. Le blocage d'Ormuz et la vague historique de sécheresse et d'incendies que l'hémisphère nord a connue cet été sont en train de jeter de l'huile sur le feu. En plus de l'inflation rampante depuis 2021, les prix mondiaux pourraient connaître un nouveau pic important, bien au-delà des seuls pays occidentaux.

Un nouvel emballement mondial des prix avec comme épicentre l'Asie

Alors que le pic inflationniste de 2022-2023 avait marqué le retour d'une inflation généralisée, après la parenthèse néolibérale de stabilité des prix, la flambée s'inscrivait dans une économie mondiale déjà fragilisée par le ralentissement de la production, du commerce et de l'investissement depuis la crise de 2008. Le Covid puis la guerre en Ukraine ont accéléré les ruptures des chaînes de valeur et précipité la hausse des prix. Mais en 2026, un changement majeur se dessine : l'inflation repart et se renforce simultanément dans les trois grands pôles de l'économie mondiale, touchant de plein fouet les travailleurs d'Asie et des pays sous domination impérialiste comme ceux des États-Unis et d'Europe.

Dans la Zone euro, l'inflation sur un an est repassée pour la première fois au-dessus de 3 % depuis la crise du début de Guerre en Ukraine, atteignant 3,3 % en août. Encore une fois, elle est tirée par les prix de l'énergie en hausse de 14,3 % sur un an. Et le mouvement ne fait que commencer : l'Insee prévoit qu'elle atteigne 3,7 % au quatrième trimestre, sous l'effet de la diffusion progressive des coûts de l'énergie aux prix des services et des biens manufacturés. Au Royaume-Uni, l'inflation générale est montée à 2,9 % en juillet, tirée par le gaz et l'électricité, et devrait atteindre 3,4 % en fin d'année.

Mais le vrai basculement se situe désormais en Asie : le diesel a bondi de 59 % et le GNL asiatique de 75 %, avec un écart de 85 points de pourcentage entre les hausses asiatiques et américaines. Aux Philippines, le peso tombe à un plus bas historique de 62,265 pour un dollar le 28 août, après trois semaines consécutives de baisse et une perte de près de 8% depuis le début de la guerre ; la banque centrale anticipe désormais une inflation moyenne de 6,1 % cette année et 5,4 % en 2027, contre un plancher décennal de 1,7 % en 2025 d'après The Diplomat. Le pays cumule la deuxième croissance la plus faible et l'inflation la plus rapide d'Asie du Sud-Est, avec d'énormes niveaux de chômage et des conditions de vie de plus en plus difficiles pour les travailleurs. La roupie indonésienne a perdu environ 8 % au premier semestre et est tombée début juin à un record de 18 190 pour un dollar – plus bas encore qu'au plus profond de la crise asiatique de 1997-1998. Le baht thaïlandais a reculé de 4,6 % depuis janvier.

Parmi les pays les plus industrialisés d'Asie, la note est toute aussi salée. La Banque de Corée a relevé son taux pour le deuxième mois consécutif à 3,0 %, plus haut niveau depuis février 2025, en assumant franchement de faire payer la situation économique aux travailleurs et aux ouvriers, alors que l'inflation coréenne était à se maintient autour de 3% depuis le mois de mai. Au Japon, un yen faible nourrit les prix à l'importation et l'inflation générale ; tandis que Scott Bessent lui-même a publiquement signalé une forte probabilité de hausse des taux de la Bank of Japan en septembre pour freiner l'inflation « importée » aux Etats-Unis, rappelant au Japon son devoir d'obéissance à l'égard des États-Unis.

Ormuz, Bab el-Mandeb, l'Ukraine, le réarmement : l'impérialisme est responsable de la hausse des prix

Alors que les principaux analystes financiers et instituts économiques essayent de présenter la guerre en Iran et de la crise écologique comme des facteurs « externes » ou « conjoncturels » venant perturber l'économie, ils sont en réalité profondément liés aux contradictions du système capitaliste et à la crise de l'équilibre capitaliste. Après la guerre en Ukraine, la guerre impérialiste en Iran constitue une nouvelle étape de cette déstabilisation de l'ordre mondial. Dans une période de déclin de l'hégémonie des États-Unis, elle visait à éliminer toute forme d'insubordination à l'ordre géopolitique de Washington au Moyen-Orient, en visant l'Iran et ses réserves pétrolières et à renforcer la place d'Israël dans la région. Si elle a tourné au fiasco pour Trump, enlisé dans les sables mouvants de la guerre asymétrique, elle a profondément affecté les chaînes d'approvisionnement énergétiques et alimentaires mondiales. Quant au réchauffement climatique, il est le produit direct de la course sans fin aux profits.

Depuis le début de la guerre, les volumes de brut et de liquides transitant par le détroit d'Ormuz sont tombés à 5 millions de barils par jour au deuxième trimestre, selon l'Energy Information Administration étasunienne.
Pour donner une idée du désordre provoqué dans les chaînes de valeur mondiales, une vingtaine de millions de barils y transitaient chaque jour fin 2025, soit environ un tiers du commerce mondial de pétrole et un cinquième de la consommation mondiale. Les stocks mondiaux sont passés sous les 8 milliards de barils, en recul de plus de 400 millions depuis fin février, et l'offre mondiale devrait tomber à 101 millions de barils par jour cette année, contre 106 en 2025 d'après The Conversation. Depuis, le zigzag permanent de Trump, qui « ne peut ni continuer la guerre sans affaiblir les leviers de puissance des États-Unis ni l'arrêter sauf à concéder une victoire historique à une nation opprimée qui dispose, avec le détroit d'Ormuz, d'un levier de pression considérable sur l'économie mondiale », empêche toute normalisation de la situation. Au pic, après des frappes de février qui ont supprimé près de 20 % de l'offre pétrolière mondiale d'un coup, le Brent avait dépassé 120 dollars. La perturbation ponctuelle est devenue conjoncturelle et le détroit d'Ormuz s'est bien révélé être le « talon d'Achille du système économique mondiale » comme l'avait noté le président de la Banque centrale allemande en avril. Selon Patrick Pouyanné, des supertankers de brut traversent encore le détroit tous signaux éteints, symbole du peu de valeurs qu'attribuent les patrons de l'énergie et du fret maritime à la vie des ouvriers maritimes, mais « pas un seul pétrolier de produits raffinés ne traverse Ormuz ».

Surtout, l'intervention des houthis a renforcé le poids stratégique du détroit d'Ormuz et accru son rôle dans l'incertitude économique mondiale. Face au blocage d'Ormuz, la principale parade avait consisté à le contourner : l'Arabie saoudite, deuxième exportateur mondial de brut, a redirigé une partie de ses exportations vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, via l'oléoduc Est-Ouest. Dès juillet, les houthistes ont commencé à frapper les navires et les infrastructures saoudiennes ; puis au terme d'une offensive éclair, ils ont pris le contrôle de Moka, Dhubab et l'île de Périm, s'assurant la prise du Détroit de Bab el-Mandeb, par lequel transitent 10 % du trafic maritime mondial.

De quoi démentir cruellement l'espoir des dirigeants européens de voir la situation se normaliser. En relevant ses taux le 10 septembre, la BCE a laissé toutes les options ouvertes en misant sur un apaisement des tensions géopolitiques et une normalisation du marché pétrolier d'ici sa dernière réunion de l'année, le 17 décembre. Loin de s'estomper, les tensions internationales se creusent, et les zigzags de Trump ne suffisent pas à cacher que la guerre impérialiste contre l'Iran s'étend désormais de l'Irak à la mer Rouge.

Si les prix du baril évoluent si rapidement, c'est en grande partie à cause de la spéculation à laquelle se livrent les bourgeoisies impérialistes qui a, par exemple, permis à Total de faire des bénéfices record en pariant dès le début de la guerre sur la fermeture du détroit. Selon une étude des économistes de la BCE, 90 % de la hausse des prix de l'énergie depuis janvier provient de la fermeture du détroit d'Ormuz.

Au blocage d'Ormuz s'ajoute la décision russe, début juillet, d'interrompre toutes ses livraisons de gazole à l'étranger, conséquence de la politique ultra-aventuriste des impérialistes européens qui soutiennent la campagne d'attaques de drone ukrainienne contre des cibles stratégiques du capitalisme russe. Le bombardement des raffineries russes a fortement réduit les capacités de raffinage mondiales, déjà amputées par l'indisponibilité forcée des unités des pays du Golfe, provoquant selon l'Insee « une envolée considérable des marges de raffinage ». Résultats : en France 2,23 euros le litre de gazole la semaine du 17 août, contre 1,86 € début juillet, soit plus 37 centimes en six semaines ; et l'écart entre un baril de diesel et un baril de brut a plus que triplé depuis fin février en Europe, le baril de diesel a dépassé 102 dollars aux États-Unis le 17 août, du jamais-vu.

Cette hausse des coûts et l'incertitude sur les approvisionnements expliquent que l'inflation se soit étendue brutalement à l'Asie : celle-ci importe la majorité de son pétrole et un tiers de son gaz du Golfe ; la dépendance au brut du Golfe atteint 93 % pour le Japon, 67 % pour la Corée du Sud, 58 % pour Singapour, 55 % pour la Thaïlande, 42 % pour l'Inde d'après les analystes économiques. Avant la crise, à peine 20 % du pétrole importé par l'Europe transitait par Ormuz, contre plus de 80 % pour plusieurs pays asiatiques.
Mais le blocage du détroit d'Ormuz n'est pas le seul canal par lequel le retour de la guerre au premier plan nourrit l'inflation : la course au réarmement entamée par les pays impérialistes produit aussi de nouvelles tensions sur certaines chaînes de production. À titre d'exemple, l'unité de tonne sèche de paratungstate d'ammonium, qui dépassait rarement 500 dollars, s'est envolée à 3 000 dollars cette année, sous l'effet de la demande liée au réarmement mondial et des restrictions chinoises à l'exportation d'après Les Échos. L'industrie de l'armement et de la mort nourrit en outre le dernier facteur qui pourrait faire grimper le thermomètre des prix dans les prochains mois : la crise climatique et ses conséquences meurtrières.

La crise climatique, un facteur aggravant de l'inflation mondiale

L'Europe occidentale a connu son mois de juin le plus chaud jamais enregistré, avec plus de 40 °C en Espagne, en France et en Italie, près de 40 °C en Belgique et 35,5 °C au Royaume-Uni. Surtout, la précocité et la répétition des vagues caniculaires ont mis à mal l'ensemble de la chaîne de production agricole. Depuis cet été, les rendements s'effondrent, et les résultats se feront ressentir durement dans les prochains mois. En Italie, 60 % des terres agricoles sont touchées, les pertes dépassent 3 milliards d'euros et la production laitière chute de 20 % ; dans l'État espagnol, les récoltes de céréales reculent de près de 49 % dans la région de Madrid, violemment touchée par les incendies. Au Royaume-Uni, la moisson 2026 est la plus précoce depuis le début des relevés en 2006. En France, on assiste à une « chute sans précédent » de la production de patates et de carottes. A Rungis, le concombre origine France avait déjà pris 41 % la semaine du 20 juin et le concombre espagnol, 75 %, et les chaleurs de fin juin avaient déjà tué 1,5 % du cheptel de poules pondeuses. Fin août, le président des Mousquetaires Thierry Cotillard annonce une possible baisse de 30 % de la récolte de tomates et des pénuries de salades naissantes.

En Inde, les températures de mai sont montées de 4 à 8 °C au-dessus des normales et au moins 37 personnes sont mortes dans les rues du Telangana ; les chiffres officiels sous-estiment massivement le phénomène, une étude récente estimant qu'« une seule journée de chaleur extrême provoque environ 3 400 décès supplémentaires » à l'échelle du pays.

Cet été historique n'est pas la seule coordonnée climatique à mettre la production en tension. 2026 est notée depuis longtemps comme l'année du « retour » du phénomène climatique El Niño, dont l'intensité pourrait faire chuter la production agricole mondiale de 14,3 % selon UniCredit, et provoquer une envolée cumulée de 15,8 % des cours mondiaux des matières premières agricoles d'ici au second semestre 2028 selon Goldman Sachs, avec des hausses vertigineuses sur le riz, l'huile de palme, le sucre, le café, le soja.

A cela s'ajoute les perturbations sur la circulation des engrais, causée par… le blocage du détroit d'Ormuz.
Les agriculteurs d'Afrique subsaharienne et d'Asie du Sud sont ainsi confrontés à des coûts d'engrais 2 à 3 fois supérieurs à l'avant-crise. Pour autant, il serait erroné de penser que ces deux canaux créent l'inflation. Guerre en Iran et crise écologique l'attisent plus qu'elles n'en sont à l'origine. Ces phénomènes participent cependant à refermer la parenthèse néolibérale, avec laquelle les prix étaient stables dans les États impérialistes. La crise climatique, en particulier, n'agit plus comme un simple choc ponctuel : en frappant chaque année plus tôt et plus fort les capacités de production agricole, elle s'impose comme un déterminant de plus en plus structurel de la dynamique inflationniste. Alors que l'architecture des chaînes de valeur mondialisées a été le déterminant structurel de la faible inflation durant les décennies du néolibéralisme triomphant, leur perturbation, combinée aux effets croissants du dérèglement climatique, contribue aujourd'hui à installer un nouveau cycle de hausse des prix, attisé par les contradictions d'une situation mondiale marquée par les crises et les guerres.

Face à l'inflation, la lutte pour nos salaires

Alors que l'inflation est repartie à la hausse partout cet été, elle devrait continuer à augmenter dans les prochains mois, la hausse des prix de l'énergie contaminant progressivement, selon l'Insee, ceux des autres biens et services. Et la facture sera lourde pour les travailleurs et les classes populaires.

Si les banquiers centraux appellent à lutter contre l'inflation, ils défendent en réalité le maintient de la stabilité de l'économie mondiale et donc des profits. Pour cela, la BCE a déjà relevé le 10 septembre son taux de dépôt d'un quart de point, à 2,5 %, deuxième hausse après celle de juin, et les marchés en anticipent deux supplémentaires dans les prochains mois d'après Le Monde ; la Fed et la Bank of Japan envisagent elles aussi une hausse de leurs taux directeurs. Les banques centrales relèvent leurs taux directeurs conformément à la conception dominante de la politique monétaire, selon laquelle une contraction de la demande permet de contenir l'inflation. En renchérissant le coût du crédit, elles cherchent à freiner la consommation et l'investissement et à desserrer les tensions sur le marché du travail. Cette politique vise à faire peser le coût de la lutte contre l'inflation sur les travailleurs, en affaiblissant leur rapport de force face au capital.

Ces tendances économiques ne produisent donc pas seulement de nouvelles attaques contre les conditions de vie : elles nourrissent aussi les contradictions sociales et peuvent devenir un moteur de la lutte des classes. Dans les mois qui viennent, la question est de savoir comment le prolétariat pourra transformer ces conditions objectives en force collective.

Cette dynamique possède une dimension profondément. L'Asie du Sud et du Sud-Est concentre une part importante du prolétariat mondial et se trouve aujourd'hui en première ligne des effets du capitalisme pourrissant. De l'inflation aux pénuries d'hydrocarbures en passant par l'insécurité alimentaire, les tendances économiques constituent des facteurs explosifs qui pourraient se traduire sur le terrain de la lutte des classes. En Inde et aux Philippines, le blocage d'Ormuz et ses conséquences économiques ont attisé les grèves tandis que la Chine connaît une vague montante de luttes. En Amérique latine, la rébellion ouvrière, paysanne et indigène en Bolivie a constitué l'un des facteurs les plus avancés de la lutte des classes à l'échelle internationale, précédée par les grèves en Italie en solidarité solidarité avec la Palestine et la résistance héroïque des habitants de Minneapolis face à l'ICE.
L'inflation constitue ainsi une véritable poudrière pour la lutte des classes, susceptible de la ramener sur le devant de la scène mondiale après des mois marqués par la crise climatique et les tensions internationales.

Les premières étincelles jaillissent déjà. En Syrie, le 13 septembre, l'annonce par le gouvernement d'Ahmed al-Charaa d'une hausse de 40 % du prix du diesel et de 28 % de celui du pétrole a déclenché des manifestations spontanées dans plus d'une trentaine d'endroits, du Nord-Est kurde jusqu'à Idlib, bastion historique du nouveau pouvoir, avec des blocages de l'autoroute Damas-Alep et de routes frontalières vers l'Irak et la Turquie. Dans un pays où 74 % du diesel et 96 % du gaz domestique sont importés, la crise énergétique ouverte par la guerre impérialiste contre l'Iran s'est rapidement muée en crise politique : on a pu entendre dans les cortèges le slogan emblématique des printemps arabes, « Le peuple veut la chute du régime », dans une mobilisation qui réunit à la fois des secteurs arabes sunnites et kurdes.

En France aussi, la colère contre l'inflation commence à se faire entendre. Ce 15 septembre, des dizaines de pêcheurs ont bloqué dès 3 heures du matin le dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer pour protester contre la hausse du carburant et la dégradation de leurs conditions de travail, au lendemain de mobilisations à Sète et Port-Vendres. La grève du 15 septembre des énergéticiens, mobilisés contre l'offensive sur le « tarif agent » montre à quel point la question du coût de l'énergie est un catalyseur des affrontements entre notre classe et le patronat radicalisé qui veut en finir avec nos conquis sociaux et faire les poches aux travailleurs pour payer la crise du capitalisme. La date du 17 octobre qui commence à circuler contre l'austérité et la hausse des prix montre à quel point le sujet est inflammable.

C'est dans ces coordonnées qu'il faut défendre un programme radical pour l'ensemble des travailleurs et des classes populaires, pour faire face à la dégradation drastique des conditions de vie de centaines de millions de personnes à travers la planète. Avec les méthodes de lutte du mouvement ouvrier, il faut défendre et arracher l'échelle mobile des salaires, c'est à dire l'indexation des rémunérations sur la hausse des prix, calculée non par les indices étatiques qui la sous-estiment structurellement, mais directement par des comités de travailleurs pour que l'ensemble des salariés et des classes populaires puissent vivre dignement.

Pour que cessent les profits de guerre et la spéculation, il faut défendre l'expropriation sans indemnité ni rachat des grandes multinationales et la reconversion des industries militaires vers la production civile sous le contrôle des travailleurs. Mais ces revendications sont inséparables d'une lutte plus large contre l'impérialisme et ses guerres : il faut défendre l'annulation des dettes des pays dominés par l'impérialisme et prendre fermement la défense des nations opprimées, du Venezuela à Cuba en passant par l'Iran, la Syrie et la Palestine, en toute indépendance politique de leur direction. Face au réchauffement climatique et au monde de crises et de guerres dans lequel nous vivons, c'est le système capitaliste lui-même qu'il s'agit de remplacer par une forme supérieure d'organisation sociale. Seule la planification de la production, sous contrôle des travailleurs, peut permettre à tous et toutes de vivre dignement et poser la base d'une société débarrassée de l'exploitation et de toute oppression.

Paul Harrison / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

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