New York : Mamdani participe à la criminalisation « de l'extrême gauche » aux côtés de la police
Tue, 15 Sep 2026 20:03:28 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 12 septembre, l'administration Mamdani a publié, main dans la main avec la police de New York, un communiqué mettant en garde notamment contre les menaces terroristes « d'extrême gauche [et] d'extrême droite » qu'il renvoie dos à dos. Une position qui s'aligne sur la doctrine du gouvernement de Trump de criminalisation du mouvement social.

Samedi 12 septembre, l'administration Mamdani et la police de New York (NYPD) ont publié une déclaration commune mettant en garde contre les menaces terroristes émanant de personnes « d'extrême gauche, d'extrême droite ou anti-gouvernementales », ainsi que de celles motivées par « des théories du complot, des revendications ou une violence nihiliste ». Dans le contexte du 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre, dont le gouvernement américain se sert pour renforcer toujours davantage sa rhétorique de « guerre contre le terrorisme », Mamdani renvoie dos-à-dos extrême droite et être gauche et s'aligne sur la doctrine du gouvernement de Trump de criminalisation du mouvement social.
Cette prise de position ne sort pas de nulle part : élu sur un programme de rupture (gratuité des bus, gel des loyers, protection des personnes ciblées par l'ICE, soutien à la Palestine), Mamdani a choisi dès la mi-novembre de maintenir Jessica Tisch à la tête du NYPD, une commissaire pourtant associée à la répression des mobilisations pro-Palestine à Columbia et CUNY, et saluée par Trump lui-même ainsi que par l'élue pro-israélienne Inna Vernikov, qui la qualifie de « compétente, sensée et pro-police ».
Mamdani, qui dénonçait en 2020 un NYPD « raciste, anti-queer et une menace majeure pour la sécurité publique », affirme désormais lui faire confiance et présente ses excuses aux policiers pour ses propos passés. Sur le plan budgétaire, l'homme qui promettait de réduire les 6 milliards de dollars alloués au NYPD, rétropédale et félicite même celle qui a intensifié la répression à New-York pour son bilan. Se disant prêt à « travailler avec Trump sur n'importe quel agenda qui profitera aux New-Yorkais », il fait clairement le choix du compromis.
En septembre, une manifestation anti-ICE visant un hôtel new-yorkais soupçonné d'héberger des agents fédéraux, dans un contexte marqué par la mort de 2 personnes lors des rafles de l'ICE à Minneapolis, est réprimée par la police de la ville : entre 40 et 70 arrestations, avec déploiement du Strategic Response Group, l'unité anti-émeute que Mamdani avait pourtant promis de dissoudre. Alors qu'il avait dénoncé publiquement les meurtres commis par l'ICE, il mobilise sa propre police contre celles et ceux qui protestent contre cette même agence.
En outre, porté au pouvoir par une génération politisée par le meurtre de George Floyd, il disqualifiait il y a quelques semaines, avec Alexandria Ocasio-Cortez, l'une des revendications centrales du mouvement : le définancement de la police.
Dans la continuité de ces positionnements et reculs derrière le vernis de radicalité affiché pendant sa campagne, l'utilisation par l'administration Mamdani de la catégorie de « menace d'extrême gauche » prend aussi une portée particulière parce qu'elle intervient alors que l'administration Trump mène elle-même une offensive internationale pour imposer cette lecture des mouvements militants de gauche et antifascistes.
En juillet, le secrétaire d'État Marco Rubio a ainsi organisé à Washington une réunion internationale de coordination des Etats contre le « terrorisme politique d'extrême gauche », pour mieux criminaliser toute forme de contestation politique et les moiuvements sociaux.
Le positionnement de Mamdani, en reprenant de cette façon une catégorie centrale de la nouvelle doctrine sécuritaire de Washington, contribue à lui donner une légitimité supplémentaire, tout en normalisant une représentation dans laquelle extrême droite et extrême gauche seraient présentées comme deux pôles symétriques d'une même menace « extrémiste ». Légitimant ainsi une logique qui vise sa propre base politique, celle-là même qui l'a propulsé au pouvoir.
Une logique qui sert aujourd'hui à justifier la répression de militants de gauche, comme dans le cas des Prairieland Defendants, un groupe de militants antiracistes et de défenseurs des droits des immigrés arrêtés au Texas après une manifestation nocturne en 2025, ou dans celui des inculpés du « Michigan 8 », huit militants pro-palestiniens de l'université du Michigan qui ont été visés par des perquisitions du FBI et ont fait l'objet d'inculpations fédérales en juin 2026.
Zohran Mamdani, le candidat qui promettait de définancer une police qu'il jugeait raciste, a fini par cosigner avec elle un texte assimilant l'extrême gauche à une menace terroriste. Cette capitulation illustre l'impasse de la stratégie menée par le DSA, qui voudrait transformer la société tout en demeurant au sein du Parti Démocrate et en administrant des institutions au service du capitalisme. Ce faisant, Mamdani offre une légitimité politique à un système en crise - notamment à l'approche des élections de mi-mandat dans un contexte de polarisation et de crise politique, avec une administration Trump bloquée dans les conséquences d'une guerre impopulaire contre l'Iran et confrontée à des reculs significatifs face à la résistance à l'ICE -, et le Parti démocrate continue de canaliser la colère populaire vers ses propres structures.
La voie institutionnelle incarnée par Mamdani a aboutit, un an plus tard, à une capitulation face à Trump et à un recul sur ses promesses, au détriment de sa propre base. Si le gel des loyers, la gratuité des transports et les autres mesures portées par sa candidature doivent effectivement être arrachées, elles ne pourront l'être qu'à travers l'organisation de la jeunesse et des travailleurs, en toute indépendance des institutions bourgeoises et de leurs politiciens.
C'est ce qu'a montré, en janvier dernier à Minneapolis, l'auto-organisation à la base (patrouilles de quartier, réseaux d'alerte, grève partielle dans la ville et mobilisation de dizaines de milliers de personnes) qui a permis de faire reculer l'administration Trump et de faire partir l'ICE de la ville.