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Justice coloniale : les prisonniers politiques kanak portent plainte contre quatre ministres

Tue, 15 Sep 2026 12:30:00 CEST

Révolution Permanente

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Mercredi dernier, une plainte a été déposée par des militants indépendantistes Kanak contre quatre ministres afin de dénoncer leurs conditions d'arrestation et de déportation vers la France. Une démarche rappelant la nature coloniale de la justice, qui a été un levier crucial pour la répression des révoltes de mai 2024.

Selon Médiapart, six militants Kanak ont déposé une plainte collective le 9 septembre dernier, auprès de la Cour de Justice de la République, contre quatre ministres ou ex-ministres du gouvernement Macron : Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu et Eric Dupond-Moretti. Tous étaient en poste au moment des événements du mois de mai 2024, contre le projet de dégel du corps électoral. Cette plainte vise à démontrer que leurs arrestations et déportations en France fut motivée par des raisons politiques : celle-ci s'appuie sur des déclarations de représentants du gouvernement qui ont ouvertement affirmé leur volonté de réprimer la mobilisation par l'incarcération de masse. Elle cite notamment des propos filmés dans le cadre du documentaire sur Darmanin, tenus lors d'une cellule interministérielle, le 16 mai 2024, trois jours après le début des révoltes : lors de cet échange le Ministre de l'Intérieur a déploré le fait que sur les 200 premières interpellations il n'y avait eu aucun mandat de dépôt, ce à quoi Gabriel Attal a répondu qu'il fallait faire « quelques exemples » .

La déportation de militants de la CCAT le 22 juin 2024 a mobilisé des moyens exceptionnels et dans conditions volontairement humiliantes comme en a témoigné Brenda Wanabo, dans un entretien accordé à Révolution Permanente : « J'ai subi des conditions d'arrestation et d'incarcération dégradantes : j'ai été constamment menottée lors de ma garde à vue jusqu'à mon arrivée en prison. Quand je devais manger, dormir et même aller aux toilettes, je suis restée menottée. En prison, avec cette promiscuité et les fouilles au corps, c'est ma dignité qui a été atteinte. »

Une opération qui, d'après les propos de François de Keréver, conseiller spécial pour l'outre-mer du chef de l'État, aurait été préméditée bien avant les verdicts des juges d'instruction et de liberté. Un mois avant leur arrestation, celui-ci aurait tenu cette phrase auprès d'un journaliste : « De toute façon, si ça continue, on prendra les principaux activistes et on les incarcérera en métropole, ça va calmer le jeu. »

Des propos cyniques qui ont eu des conséquences dramatiques pour les militants visés, incarcérés pendant des mois à des dizaines de milliers de kilomètres de chez eux, et contre lesquels l'Etat s'acharne encore, comme en témoigne l'appel du parquet de Paris suite à un non-lieu prononcé pour quatorze militants de la CCAT en juin dernier. Cette plainte met en lumière les rouages de la justice bourgeoise au service de la répression coloniale.

Interrogée par Révolution Permanente, Brenda Wanabo est revenue sur cette étape importante de l'affaire : « A Nouméa, on a vu que la justice était coloniale. On nous a fait passer devant le juge en fin d'après-midi, et on nous a fait partir le soir même. Un avion de l'armée de l'air ne peut pas être affrété deux heures avant pour partir en France. Le passeport urgent qu'on nous a fait signer dans l'avion, datait de la veille : cela veut dire qu'avant même la décision judiciaire, l'Etat avait déjà planifié notre déportation. On espère que cette plainte permettra que ce genre de manœuvres politiciennes ne puissent plus se faire. Tout peuple a le droit à son indépendance, et de lutter de toutes les manières que ce soit. »

En effet, la justice a été un levier essentiel pour le déploiement de la répression coloniale en Kanaky : l'interdiction du réseau social Tik-Tok le 15 mai 2024, afin d'empêcher la diffusion des images de violences policières, en est un exemple saisissant. Comme le rappelle Elsa Marcel dans son ouvrage Etat de droit, ordre bourgeois, l'Etat ne craint pas de prendre des décisions parfaitement illégales, puisqu'il peut toujours les justifier au nom de « circonstances exceptionnelles » qu'il désigne lui-même. La déclaration de l'état d'urgence, le siège militaire de la tribu de Saint-Louis pendant six mois, obligeant les habitants à subir quotidiennement des contrôles de gendarmes, mais aussi l'arrestation de plus de 2500 personnes et la mort de 11 Kanak, la démarche des militants indépendantistes Kanak est un point d'appui sur le terrain judiciaire, pour s'opposer à la criminalisation des luttes anti-impérialistes et anti-coloniales.

La plainte déposée par les militants indépendantistes kanak intervient alors que le dossier calédonien reste un sujet épineux pour l'Etat colonial français. En effet, depuis sa tentative de passage en force avec le dégel du corps électoral, qui a provoqué les révoltes de mai 2024. Si le gouvernement a tenté de refermer la crise avec l'accord de Bougival, celui-ci n'était en réalité qu'une tentative de renouvellement des termes de la domination coloniale français, en cédant des mesures symboliques pour mieux réaffirmer son rôle régalien sur l'archipel. Deux ans après la mobilisation, le racisme et les velléités sécessionnistes de la droite coloniale sont de plus en plus décomplexés : depuis son poste de présidente de la Province Sud, Sonia Backès a ainsi multiplié les mesures anti-sociales visant explicitement les classes populaires Kanak et océaniennes. Une logique de punition collective aggravant la précarité subie par la jeunesse Kanak à qui l'Etat et les loyalistes veulent faire payer leur détermination à lutter contre la domination coloniale française.

Les territoires dits d'Outre-mer sont au cœur du début de la campagne des élections présidentielles, et les candidats aspirant à prendre les rênes de l'Etat multiplient des discours et propositions visant à renforcer un impérialisme français qui s'appuie notamment sur la domination coloniale. Face à cela, nous pensons qu'il est donc plus que jamais nécessaire de dénoncer la nature coloniale de la présence française en Kanaky, et de nous tenir aux côtés du mouvement indépendantiste Kanak face à la répression, une tâche indispensable dans la lutte pour le droit à sa pleine autodétermination.

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