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Billet. Anasse Kazib répond à Houria Bouteldja : faut-il se ranger derrière Mélenchon en 2027 ?

Tue, 15 Sep 2026 21:05:17 CEST

Révolution Permanente

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Anasse Kazib revient sur le débat qui s'est ouvert avec Houria Bouteldja lors d'une table ronde à la Fête de l'Humanité, autour de la stratégie à adopter par le mouvement antiraciste en vue des élections présidentielles de 2027, et propose qu'un débat soit organisé sur ce sujet.

Du 11 au 13 septembre s'est tenue la Fête de l'Humanité. Lors d'une table ronde organisée par le collectif Stop Aux Violences d'Etat (SAVE) et intitulée « Défi de l'autonomie et rôle des contre-pouvoirs », un débat s'est ouvert entre Houria Bouteldja et Anasse Kazib autour de la stratégie à adopter pour le mouvement antiraciste, dans un contexte marqué par la campagne présidentielle de 2027. Nous publions ci-dessous le billet d'Anasse Kazib.

Je voulais revenir dans ce billet sur cet échange hier avec Houria Bouteldja, afin de donner quelques éléments de réponse à ceux qui s'interrogent sur cette séquence. J'ai été invité par SAVE, à un débat intitulé « Défi de l'autonomie et rôle des contre-pouvoirs ». Il devait y avoir Benjamin Lucas, Saïd Bouamama, Stathis Kouvelakis, Pierre Douillard-Lefebvre et moi-même. Finalement une grande partie de la table était absente, et le député Benjamin Lucas, qui était au PS lors de la première loi permis de tuer de 2017, est resté 15 minutes le temps de faire son intervention avant de prétexter devoir partir.

Mais la principale limite, c'est que la table-ronde s'est en réalité transformée en un débat très étroit sur la France Insoumise, comme si l'horizon du mouvement antiraciste était désormais uniquement de se positionner sur Mélenchon. Et comme si il fallait rappeler à l'ordre les militants comme moi qui se permettent de défendre une autre perspective que de soutenir LFI.

J'ai expliqué dans la discussion la logique de notre candidature révolutionnaire et l'impasse selon moi du projet institutionnel de LFI, dans une situation d'instabilité, de retour des tendances à la guerre, de renforcement de l'extrême-droite, mais aussi de potentialités dans la lutte de classes et d'aspiration à la radicalité. C'est pour ça que j'ai ouvert la discussion sur l'article de Houria Bouteldja, qui était en face de moi, et qui appelle à éviter de revendiquer des mesures comme la suppression de la loi de 2004 car il ne faut pas effrayer une partie de l'électorat. Pour moi, cela incarne à petite échelle le type de logique qui s'impose quand on décide de se ranger derrière un projet institutionnel.

C'est très bien qu'elle ait répondu, mais sa réponse masque le cœur du problème que j'ai pointé. Comme on ne m'a pas permis de répondre correctement, que la discussion s'est terminée avec des tensions et des hurlements incompréhensibles pour une simple discussion politique, je vais expliquer ma position.

Pour Houria, les positions problématiques de Mélenchon sont soi-disant des évidences, mais il faut les oublier tactiquement dans le cadre de l'élection. Elle explique qu'elle serait totalement consciente de toutes les limites et très critique de LFI. Mais en même temps, elle dit que l'antiracisme politique est mort, que maintenant l'heure est à se ranger derrière Mélenchon qui aurait repris une partie des revendications des antiracistes, et que ce serait ça la seule position antiraciste correcte en 2027.

D'abord je trouve assez impressionnant cette posture de voix de l'antiracisme politique, qui explique quand l'antiracisme peut exister, et quand il doit se taire ou faire des compromis. Il me semble que le mouvement antiraciste est un peu plus large et hétérogène que Houria Bouteldja, et qu'elle n'a pas le monopole de ce qui est bon ou mauvais sur ces questions. C'est sa position que je discute, et elle me semble erronée.

Ensuite, je ne partage pas la présentation qu'elle fait de sa logique, comme si elle était totalement indépendante de LFI. Pour moi, PDH est aligné derrière la France Insoumise et bourré d'illusions sur ce que pourrait faire la gauche au pouvoir. Tout le discours sur le Frexit décolonial, le patriotisme internationaliste, que nous avions déjà discuté dans des émissions l'année dernière, vont dans ce sens. D'après elle, avec la gauche au pouvoir, on pourrait « fissurer le pacte racial », lutter contre l'impérialisme, changer nos vies, etc. Je pense que c'est une impasse.

Pas parce que j'aurais un problème personnel avec LFI, mais parce que c'est une stratégie qui a une longue histoire de défaites derrière elle. Parce que le projet de LFI ne prépare pas l'affrontement avec le grand patronat, veut défendre les intérêts du capitalisme français, et que nous sommes dans une période de crise profonde où ce type de projet est condamné à l'impuissance. Mais aussi parce que je suis anti-impérialiste, et que je suis totalement opposé à soutenir la présence française sur les 5 continents, l'industrie militaire française, ou à faire passer les leviers économiques de notre impérialisme pour des alliés pour améliorer nos conditions de vies.

Je doute pas que PDH peut « critiquer » certains discours sur ces questions. Le problème c'est qu'ils sont au CŒUR de la stratégie de la France Insoumise et que c'est contradictoire avec les revendications anti-impérialistes élémentaires, qui impliquent de lutter contre notre propre impérialisme.

Je ne peux pas revenir sur l'ensemble des éléments, et c'est pour ça que hier j'ai formulé une proposition de débat sur l'ensemble de la situation politique, 2027, la stratégie, etc... Je renouvelle cette proposition.

Pour conclure, je ne partage pas non plus le pessimisme qu'affirme Houria pour défendre sa position, en minimisant ce qui s'est passé sous les deux quinquennats de Macron sur le terrain de la lutte de classes, l'instabilité et la crise politique en cours. Houria explique en gros qu'il ne peut pas y avoir de « peuple révolutionnaire » en France, que les travailleurs blancs ne pensent qu'à leurs salaires, etc… Cette position défaitiste prépare des renoncements et des capitulations. Il me fait penser à celui des bureaucrates syndicaux à la fin des grèves, quand ils expliquent que les ouvriers n'ont pas assez lutté et que c'est pour ça qu'il faut aller négocier ou se contenter de quelques miettes. Je ne partage pas non plus sa vision de l'état de l'antiracisme, alors que nous avons connu des luttes très importantes, contre l'islamophobie, les violences policières, les révoltes après la mort de Nahel, etc...

Je combats profondément cette logique. Pas parce que j'idéalise la décennie qui vient de s'écouler, mais parce que je pense qu'il y a des contradictions profondes dans le pays, que les classes dominantes vont avoir du mal à les refermer, et que plutôt que plaquer son scepticisme sur les masses, il faut préparer les prochains combats, en partant des éléments de force des dernières années et en tirant les bilans de ce qui a manqué. C'est de tout ça qu'il faudrait débattre.

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