Sud-Liban : Israël provoque un séisme en dynamitant Ali al-Taher et poursuit son offensive coloniale
Mon, 14 Sep 2026 20:00:42 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAvec près de 1 100 tonnes d'explosifs, l'armée israélienne a dynamité vendredi dernier la crête d'Ali al-Taher, provoquant une secousse de magnitude 4,1 ressentie dans tout le Sud-Liban. Au-delà de la destruction spectaculaire d'un site stratégique, cette opération marque une nouvelle étape dans l'offensive israélienne au Liban et révèle la fuite en avant coloniale de l'État génocidaire.

Depuis le 5 mars, Israël poursuit son offensive coloniale contre le Liban et maintient son occupation militaire dans les territoires en-deçà de la « ligne jaune », soit 6 % du pays. Depuis le début du génocide à Gaza, les attaques israéliennes contre le Liban ont fait plus de 10 000 morts et de 30 000 blessés. Rien que depuis la reprise de l'offensive en mars 2026, 4 383 personnes ont été tuées tandis qu'une douzaine de villages frontaliers ont été progressivement rasés, certains presque entièrement.
Cette semaine, une scène terrifiante a secoué le pays : l'armée israélienne a dynamité la crête d'Ali al-Taher dans la région de Nabatiyeh avec près de 1 100 tonnes d'explosifs. La déflagration a provoqué une secousse dont la magnitude a été estimée à 4,1 sur l'échelle de Richter, ressentie dans les villages aux alentours. Ce n'est pas la première fois qu'une attaque israélienne provoque un séisme : en 2024, les bombardements de Tartous en Syrie avaient provoqué également une onde de choc gigantesque.Pour justifier cette attaque massive, Israël invoque la présence d'infrastructures souterraines du Hezbollah. Mais derrière les prétextes du gouvernement israélien, la coline d'Ali Al Taher revêt surtout une importance stratégique pour son projet expansionniste.
Dominant une large partie du Sud-Liban, Ali al-Taher offre un point d'observation privilégié sur la région. Sa position permet également de contrôler les axes reliant le Sud-Liban à la Békaa, tout en constituant une porte d'entrée vers les zones montagneuses de l'Iqlim al-Tuffah et du Jabal al-Rayhan. La crête porte aussi le souvenir de l'humiliation d'Israel en 2000, puis des combats acharnés de 2006 dont Ali al-Taher fut l'un des théâtres.
La vidéo de l'explosion, qui a fait le tour des réseaux sociaux, offre ainsi à Netanyahou des images triomphalistes à l'approche des élections, dans une campagne où les guerres sans fin d'Israël servent également de capital électoral à la coalition au pouvoir aux abois.
Sous les bombes israéliennes, le gouvernement libanais prépare sa cure d'austérité
Malgré la poursuite de l'agression, la droite libanaise et les secteurs pro-impérialistes du pouvoir, du premier ministre aux Forces libanaises et aux Kataëb, reste totalement silencieuse. Plutôt que de dénoncer Israël, le gouvernement a lancé une cabale politico-médiatique contre le Hezbollah, accusé d'avoir « sacrifié » Ali al-Taher en refusant de remettre la crête à l'armée. Une offensive politique qui sert surtout à faire monter la pression sur le parti pour le pousser à se désarmer et qui marginalise encore plus la confession chiite, alors que la région de Nabatiyeh se remet à peine du massacre israélien à Kfar Rumman. En effet, dans la nuit du 6 au 7 septembre, des frappes israéliennes ont détruit un immeuble résidentiel de trois étages, faisant 11 morts dont deux nourrissons. En trois jours, les bombardements israéliens dans la région ont fait au moins 27 morts, frappant également des bâtiments publics et des infrastructures sanitaires. Cette nouvelle escalade témoigne du fait que l'« accord-cadre » imposé au Liban par les États-Unis n'a rien d'un cessez-le-feu et laisse à Israël une large liberté d'action militaire totale.
Le gouvernement libanais profite aussi du fait que l'attention politique et médiatique est accaparée par la guerre pour faire avancer, en arrière-plan, des mesures économiques lourdes de conséquences pour la population. C'est notamment le cas du projet de loi sur « l'assainissement financier et la récupération des dépôts », plus connu sous le nom de « Financial Gap Law », qui est toujours en cours de préparation et constitue l'une des pièces centrales de la restructuration du système bancaire négociée avec le FMI. Présenté par Nawaf Salam comme une solution à la crise ouverte par l'effondrement des banques en 2019, il s'agit d'une nouvelle offensive austéritaire qui vise à faire payer à la population libanaise les dizaines de milliards de dollars de pertes accumulées par les banques privées et la Banque du Liban tout en soumettant le pays à l'impérialisme. Alors que depuis 2019, les Libanais subissaient déjà un effondrement historique du niveau de leurs conditions de vie, de leurs salaires et des services publics.
La guerre a encore aggravé la situation alors que des centaines de milliers de Libanais chassées par Israël des zones situées derrière la « ligne jaune » sont toujours déplacés et confrontés aux difficultés de scolarisation alors que la rentrée a déjà commencé, à la flambée des prix des loyers et aux attaques confessionnalistes dans plusieurs localités de Beyrouth et du Mont-Liban. En effet, le 20 mai, le gouvernement a ordonné l'évacuation de centaines de déplacés qui avaient trouvé refuge dans des campements sur le front de mer de Beyrouth, officiellement pour les transférer vers un terrain municipal voisin.
Une nouvelle offensive qui joue des divisions confessionnelles alors que le gouvernement n'applique toujours aucun plan d'urgence à la hauteur de la crise. Après l'explosion d'Ali al-Taher et sous la pression de la colère populaire, Joseph Aoun s'est rendu le 12 septembre à Nabatiyeh. Mais l'hypocrisie de son discours de solidarité avec la population est palpable alors qu'une nouvelle session de négociations avec Israël se prépare pour le mois d'octobre à Rome, sous médiation américaine.
La fuite en avant coloniale d'Israël
Depuis l'échec du MOU et la reprise des affrontements entre les États-Unis et l'Iran autour du détroit d'Ormuz, Israël n'a pas hésité à multiplier ses attaques contre le Liban pour tenter de sauver les apparences après l'échec complet de l'offensive impérialiste contre l'Iran. Confronté à une crise stratégique sans précédent dans son histoire – alors que la guerre impérialiste qui devait éliminer son principal rival dans la région a tourné au fiasco et s'est soldé au contraire par un renforcement des leviers de puissance de l'Iran –, Israël poursuit sa fuite en avant colonial bien au-delà du Liban.
En Syrie, l'armée israélienne occupe depuis décembre 2024 la zone tampon établie par l'accord de 1974 et a installé ses forces sur le versant syrien du mont Hermon. Netanyahou s'est vanté, le 9 septembre, du « contrôle absolu » exercé par Israël du mont Hermon à Yarmouk et jusqu'à la Méditerranée. En Cisjordanie, le gouvernement israélien a approuvé fin mars 2026 la création de 34 nouvelles colonies et la légalisation d'avant-postes. Israël a relancé en parallèle le projet E1, dont la mise en œuvre couperait pratiquement la Cisjordanie en deux et isolerait davantage Jérusalem-Est. À Gaza, où Israël contrôle encore une grande partie de la bande, le spectre d'une reprise d'une guerre génocidaire de haute intensité est de plus en plus palpable : Netanyahou a officiellement rejeté le plan Trump, au moment même où le Hamas commençait à capituler sur des conditions décisives du plan ultra-colonial de Washington, tandis que l'extrême droite au pouvoir, du Likoud à Force Juive, présente des plans de déportation de la totalité de la population gazaouie. Dans ce contexte, les frappes israéliennes regagnent en intensité, laissant craindre le pire pour les Gazaouis.
Ali al-Taher témoigne une nouvelle fois de la barbarie coloniale de l'État israélien. Pour y faire face, il faut une lutte combinée, qui s'appuie sur les masses populaires de toute la région, contre l'impérialisme et ses alliés et contre les gouvernements locaux qui leur servent de relai. Dans ce sens, une défaite consommée de l'impérialisme en Iran pourrait ouvrir de nouvelles brèches pour la lutte des classes. Au liban, la lutte de libération nationale passe par la construction d'un mouvement révolutionnaire capable de remettre en cause les divisions confessionnelles, historiquement institutionnalisées et instrumentalisées par les puissances coloniales et dont Israël et le gouvernement libanais cherchent aujourd'hui à se servir pour isoler et marginaliser la population chiite. Unifier les libanais contre l'invasion, l'occupation et la voie de la normalisation constitue une première pierre pour construire un mouvement révolutionnaire qui s'appuie sur la jeunesse et les travailleurs du pays. Une tâche qui suppose de dépasser l'impasse de la stratégie bourgeoise du Hezbollah, qui co-gère le capitalisme pourissant libanais et administre la division confessionnelle des classes populaires, et de défendre une autre perspective de lutte par en bas, fondée sur la mobilisation indépendante et l'auto-organisation des masses et des travailleurs, au-delà des divisions confessionnelles.