Offensive raciste sur le logement : Marine Le Pen veut mettre les précaires en concurrence
Mon, 14 Sep 2026 20:18:08 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'original« Préférence nationale » pour les logements sociaux, expulsions des « délinquants », suppression de la loi SRU… : à Hénin-Beaumont, la candidate RN a multiplié les annonces racistes, pro-patronales et favorables aux propriétaires. Une politique qui cherche à diviser les précaires entre eux, en faisant des étrangers les boucs émissaires de la crise du logement.

La météo a toujours bon dos. Ce dimanche 13 septembre, dans son fief électoral de Hénin-Beaumont, au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais, Marine Le Pen a prononcé un discours en forme de lancement de campagne. Mais la candidate a choisi d'annuler son bain de foule à la braderie locale par peur d'une métro capricieuse. Après avoir esquivé la foule en amont du meeting – peut-être un souvenir traumatique des huées qu'elle avait essuyées lors de son déplacement à La Flèche en juillet –, Marine Le Pen a continué sur sa lancée en prononçant un discours totalement apologétique de la propriété privée et des intérêts des propriétaires immobiliers.
En effet, Marine Le Pen a choisi de centrer son meeting sur le logement, une préoccupation centrale des travailleurs. Comme elle l'a elle même affirmé, il s'agit d'une dépense qui représente « au bas mot un tiers du budget des ménages ». Mais, loin d'offrir une solution qui s'affronte aux causes réelles du problème – la spéculation immobilière et les intérêts des propriétaires –, la candidate du RN a décidé de les recouvrir par un discours raciste, avec la préférence nationale pour centre de gravité. Elle a en effet promis de « donner la priorité d'accès au logement social aux Français » et d'appliquer le même critère de tri raciste aux APL. Un politique raciste qui radicalise les offensives du macronisme, avec la récente suppression des APL pour les étudiants étrangers et la hausse de leurs frais d'inscription à l'université à travers « Bienvenue en France », qui vise à opposer les travailleurs précaires entre eux.
Car, au-delà des travailleurs étrangers, l'extrême droite compte bien s'attaquer à l'ensemble des classes populaires. La candidate s'est notamment prononcée en faveur de l'« expulsion des familles délinquantes des HLM » et de leur exclusion du parc social pendant trois ans. Une mesure brutale alors même que les habitants des quartiers populaires, et tout particulièrement la jeunesse, subissent un harcèlement policier et judiciaire permanent. À la répression pénale s'ajouterait l'expulsion et la privation de logement.
Derrière ses propositions racistes, Marine Le Pen a surtout défendu les propriétaires, d'où une attaque en règle contre les logements sociaux qui permettent à de nombreux travailleurs et familles précaires de se loger. La candidate a tout simplement exigé l'abrogation de la Loi SRU, qui imposent à certaines communes de disposer de 20 à 25 % de HLM. Instrumentalisant l'aspiration populaire à la propriété, elle a également promis de vendre une partie du parc de logements sociaux, soi-disant pour financer de nouvelles constructions. Le Pen a ainsi annoncé défendre une « société de propriétaires ». Dans une veine thatchérienne, la dirigeante du RN en a profité pour pasticher Hayek : « Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le droit de propriété est autant attaqué, car il est intimement lié à la liberté. » Une véritable déclaration d'amour au patronat.
Mais défense des propriétaires immobiliers oblige, le progamme du RN fait la part belle aux attaques contre les droits des locataires : à tous les ménages des classes populaires qui peinent à payer leur loyer en fin de mois, Marine Le Pen n'avait que des expulsions à promettre, à travers un renforcement de la législation contre les squats. La loi Kasbarian-Bergé de 2023, portée par la majorité macroniste avec notamment le soutien du RN, avait déjà considérablement durci la législation : sanctions renforcées contre les squatteurs, procédures d'expulsion accélérées et nouvelles sanctions pénales pour les personnes qui se maintiennent dans un logement après une décision d'expulsion. Marine Le Pen assume une politique de fermeté encore plus absolue : « La lutte contre les squats ne peut être considérée comme un sujet secondaire. [...] Elle demande seulement du courage. »
Dans son discours de ce dimanche, Marine Le Pen a poursuivi la ligne pro-patronale et anti-ouvrière qui faisait le fil rouge de son intervention devant le Medef fin août : rassurer le plus possible les patrons et propriétaires tout en protégeant leurs intérêts derrière une épaisse couche de racisme. Si la candidate n'a pas repris la tirade anti-impôt qu'elle avait martelé pendant les rencontres, elle n'est pas venue les mains vides en proposant une relance tous azimuts de la construction et la suppression du dispositif « Zéro artificialisation nette », pour le plus grand bonheur des investisseurs du BTP.
Entre Bardella, le jet-setteur raciste amateur de homard, et Marine Le Pen, la campagne du RN demeure fidèle à elle-même : protéger la propriété, diviser les travailleurs entre eux et utiliser le racisme pour protéger les intérêts d'un patronat toujours plus arrogant auquel Le Pen a toujours fait les yeux doux.