« 90 €, ça change tout pour moi » : la suppression des APL enfonce les étudiants étrangers dans la précarité
Mon, 14 Sep 2026 21:14:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis juillet, Ilyes*, étudiant algérien à Rennes 2, ne perçoit plus les aides de la CAF en raison de son statut d'étudiant extra-européen. Pour Révolution Permanente, il témoigne des conséquences de cette mesure et appelle à la mobilisation pour la combattre.

Fin juin, Ilyes apprend qu'il perdra ses APL dès le 1er juillet. « Personnellement, je paie environ 263 € de loyer et je touche à peu près 90 € d'aide de la CAF chaque mois », explique-t-il. Une somme loin d'être négligeable pour son budget : « Sans cette aide, cela représente une difficulté supplémentaire pour payer mon loyer, mes courses, les transports, etc. »
Le gouvernement a en effet décidé de supprimer les aides au logement pour les étudiants dits « extra-communautaires », c'est-à-dire ceux qui n'ont pas la nationalité d'un pays de l'Union européenne et qui ne bénéficient pas d'une bourse sur critères sociaux. La mesure concerne environ 100 000 des 130 000 étudiants extra-européens qui percevaient une aide au logement.
Pour Ilyes, ces 90 € mensuels représentent ainsi une part importante de son budget. « C'est une somme qui peut sembler faible, mais pour un étudiant, 90 € par mois, ça change tout pour moi. » Ses APL représentaient en effet plus d'un tiers du montant de son loyer.
Cette situation intervient alors que la précarité étudiante atteint déjà des records et que des milliers d'étudiants sont contraints de faire la queue devant les banques alimentaires. Pour Ilyes, la suppression des APL vient donc aggraver encore une situation déjà difficile.
Cette mesure s'inscrit plus largement dans une politique qui fait payer toujours davantage les étudiants étrangers. Elle s'ajoute notamment au plan cyniquement baptisé « Bienvenue en France », qui multiplie par 16 les frais d'inscription pour les étudiants extra-européens : ils passent de 178 € à 2 902 € par année de licence et de 255 € à 3 950 € en master.
À cela s'ajoute la hausse du prix des timbres fiscaux nécessaires aux démarches en préfecture pour l'obtention d'un titre de séjour, passé de 75 € à 150 € pour les étudiants.
Ces mesures suivent toutes une même logique : faire payer davantage les étudiants étrangers et rendre leur accès aux études toujours plus difficile. Une politique qui reprend, jusque dans les universités, la logique de préférence nationale défendue par l'extrême droite et Rassemblement national.
En plus des attaques concernant les aides et les frais d'inscription, certains étudiants étrangers font aussi face à des restrictions racistes lorsqu'ils cherchent à travailler pour financer leurs études. « En tant qu'étudiant algérien, si je veux travailler à côté de mes études, je dois respecter des conditions liées à mon statut, notamment en matière d'autorisation de travail », explique Ilyes.
Les étudiants algériens ne sont en effet pas soumis aux mêmes conditions que les autres étudiants étrangers. Hérité de l'histoire coloniale, l'accord bilatéral de 1968 entre la France et l'Algérie les oblige à demander une autorisation de travail pour pouvoir être salariés et limite leur temps de travail à 50%de la durée annuelle pratiquée dans leur profession. Des conditions qui compliquent encore la possibilité de travailler pour financer ses études, d'autant que l'autorisation peut prendre plusieurs semaines à être délivrée selon les préfectures.
Pour Ilyes comme pour des milliers d'étudiants étrangers, ces mesures ont des conséquences très concrètes : elles précarisent leurs conditions de vie et menacent directement la poursuite de leurs études. Face à cette offensive raciste, une seule réponse : s'organiser et se mobiliser pour faire reculer le gouvernement !
À Rennes 2, plusieurs organisations étudiantes et de personnels se mobilisent de façon unitaire contre la suppression des APL pour les étudiants extra-européens et contre « Bienvenue en France ». Un comité d'action unitaire aura lieu le 22 septembre à 12h30 en L146 pour discuter des suites à donner à cette mobilisation.
Le Poing Levé organise également une réunion de rentrée le 16 septembre pour discuter de la situation politique et de la mobilisation sur le campus. Nous appelons aussi à rejoindre les mobilisations des 15 et 29 septembre contre les offensives racistes du gouvernement et pour une université gratuite et ouverte à tous !
*Le prénom a été modifié.